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SHE SAID cinema film photo
© 2022 Universal Studios. All Rights Reserved.

Festival du Film de Pessac 2022 / « She Said » : le mouvement #Metoo analysé

Dernière mise à jour : novembre 26th, 2022 at 06:48

Le Festival International du Film d’histoire de Pessac 2022, qui s’est tenu du 14 au 21 novembre dernier, a diffusé en avant-première le film She Said de Maria Schrader sur l’affaire Weinstein. La diffusion du long métrage, dans les salles depuis le 23 novembre, s’est suivie d’un débat autour du mouvent #Metoo. L’affaire d’harcèlement sexuel dans le milieu du cinéma a-t-il provoqué une vraie révolution sociétale mondiale ? Les intervenants ont tenté de répondre à cette question délicate. 

Affaire #Metoo : de quoi on parle ?

Le 5 et 10 octobre 2017, deux quotidiens américains, le New York Times et le New Yorker, publient une enquête m’étant en cause le producteur de cinéma Harvey Weinstein dans de nombreuses affaires de viols et d’agressions sexuelles. Quelques jours plus tard, l’actrice Alyssa Milano (Charmed) poste un message sur Twitter invitant toutes les victimes de crimes sexuels à poster un tweet en utilisant le nsymbole #Metoo. En 24 heures, ce slogan, utilisé pour la première fois en 2004 par la travailleuse sociale afro-américaine Tarana Burke, sera repris 500.000 fois sur twitter et par plus de 12 millions de post sur Facebook. Nombreuses femmes sortent du silence et n’hésitent pas à révéler les sévices dont elles sont victimes.

She Said, premier film sur l’affaire Weinstein

Le film, She Said, est le premier film post #Metoo.  A la manière de Spotlight (2015) ou Les hommes du président (1976), le long métrage suit l’enquête des deux journalistes du New York Times autour de l’affaire Weinstein. Privilégiant des plans posés à une caméra en mouvement, le film se construit davantage avec scènes de dialogues entre les journalistes et les victimes du producteur plutôt qu’avec des moments d’action. L’émotion se transmet par la parole alors que celle-ci se libère. On s’immerge dans les multiples témoignages qui crée le dégoût à l’égard des agissements pervers de l’ancien associé de Disney. On se rend vite compte que son pouvoir lui a fait perdre le sens de l’humain.

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© 2022 Universal Studios. All Rights Reserved.

Parmi l’une des confessions les plus marquantes du film, celle d’une ancienne assistante du patron de la Weinstein Company qui savait qu’il ne fallait pas s’approcher trop près de l’individu. La femme brisée raconte être contrainte de mettre plusieurs collants pour avoir « le temps de s’extirper en cas d’attouchements ». Le silence des dirigeants de Disney, propriétaire de la structure de l’accusé, pourtant au courant des agissements de Weinstein, est assourdissant. Le seul échappatoire pour cette victime a été de signer une transaction avec la société de production dans laquelle cette dernière garantissait que le bourreau allait prendre des mesures curatives pour se guérir de ses addictions. Le culte du secret était tel que la plaignante n’eut même pas droit à garder une copie papier du contrat qu’elle signa.

#Metoo : une vraie révolution sociétale mondiale ?

Pour accompagner la diffusion du film, le Festival International du Film d’histoire de Pessac 2022 a organisé une table ronde autour de la question :#Metoo : une vraie révolution sociétale mondiale ? Lors de cette rencontre, Manon Garcia, spécialiste en philosophie féminine, décortique #Metoo. Selon elle, le mouvement ne date pas de 2017 : « On connaissait tout cela avant que l’affaire éclate. C’est juste que la question du doit des femmes était mise sous la tapis. Je soutenais ma thèse sur le féminisme quelques mois avant l’affaire Weinstein, cela n’intéressait personne« . Georges Vigarello, historien français spécialiste de la représentation du corps, évoque dans #Metoo un mouvement contre la domination masculine : « on ne parle pas de viol dans cette affaire, mais de domination. Il y a une réflexion depuis de longues années pour savoir ce qu’est exactement un acte de domination. En 68, on peut déjà citer l’apparition du slogan évocateur « non, c’est non ». »

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Ivan Jablonka, professeur d’histoire à l’université Sorbonne Paris Nord et auteur de l’ouvrage Un garçon comme vous et moi qui s’intéresse aux frontières incertaines entre masculin et féminin., veut voir dans #Metoo un mouvement de libération des femmes. Il constate cependant un silence des hommes dans les médias à la sortie des articles du New York Times et du New Yorker : « on était dans un long silence assourdissant. Les hommes se sont sentis mis en accusation. Du coup, l’enjeu autour de #Metoo n’est pas uniquement de libérer la parole des femmes mais également de se poser la question : de quel homme la société a-t-elle vraiment besoin ? ». L’écrivain veut quand même voir une avancée réelle pour la cause féministe avec le mouvement #Metoo : « #Metoo est un jalon positif du 21ème siècle« . Il rappelle néanmoins que le mouvement avait commencé bien avant 2017 : « L’affaire DSK  en était les prémices. L’homme politique avait alors été fermement défendu par des hommes qui étaient son clone. En 2016, la présentatrice Flavie Flament publiait également un livre relatant son viol par un photographe célèbre ».

Manon Garcia donne à #Metoo une ampleur importante : « Depuis #Metoo, les règles du jeu sexuel ont évolué. On sait désormais qu’on ne peut pas aborder une femme dans la rue de n’importe quelle façon« . Néanmoins, l’auteure du livre la conversation des sexes témoigne de l’hyper préparation des agresseurs qui sont toujours à l’affût : « Du point de vue des femmes, j’estime que la révolution sexuelle n’a pas eu lieu« .

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Antoine Corte

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