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Nos Meilleures Années affiche film cinéma drame
Affiche du film "Nos Meilleures Années"

♥ “Nos Meilleures Années” : projection gratuite et en plein air au festival Dolcevita-sur-Seine

À l’occasion des 20 ans de Nos Meilleures Années (La Meglio Gioventù, 2003), le festival Dolcevita-sur-Seine offre l’opportunité de revoir, le lundi 15 juillet, cette saga italienne coup de cœur de Marco Tullio Giordana sur grand écran et en plein air, à Paris. L’analyse, la critique et l’avis film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Rome, été 1966. Quatre amis trentenaires dont deux frères, Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo Carati (Alessio Boni), sont sur le point de finir leurs études et de partir en vacances. Tout va donc pour le mieux et leurs destins semblent bien tracés quand une rencontre avec une jeune fille, Giorgia (Jasmine Trinca), en fuite d’un institut psychiatrique, va bouleverser leur vie…

Nos Meilleures Années : une épopée récompensée au Festival de Cannes

Commandé par la chaîne de télévision italienne, la RAI, pour tout d’abord une diffusion télévisée en quatre épisodes, Nos Meilleures Années de Marco Tullio Giordana a rencontré un tel succès au Festival de Cannes 2003 (Prix Un certain regard) qu’il est programmé dans les salles de cinéma en deux parties.

Décryptage d’une incroyable saga familiale d’une durée de plus de six heures.

Deux parties donc deux génériques

Séparé en deux parties lors de sa sortie dans les salles de cinéma, Nos Meilleures Années a fait également appel à deux types de générique.

Ainsi, la première partie s’ouvre sur des images d’archives de manifestations et de répression dans une coloration d’images rouges et une musique de The Animals, The House of the Rising Sun.

La teinte rougeâtre des images souligne le caractère utopique, idéaliste de cette première période, qui s’étend de 1966 à la fin des Années 70. C’est en effet le début des manifestations libertaires de 1968 et un moment de l’histoire où s’affrontent différentes façons de concevoir la société.

Et le choix d’accompagner ces images de la chanson du groupe britannique The Animals, qui n’est autre que la version anglaise du Pénitencier, n’est pas anodin :

There is a house in New Orleans
They call the rising sun
And it’s been the ruin of many a poor boy
And god, I know I’m one

La deuxième partie de Nos Meilleures Années est ensuite plus sombre, moins ouverte.
C’est la couleur bleue qui prédomine dans les images.
La musique aussi a changé : c’est le titre Who wants to live forever ? de Queen.

There’s no time for us,
There’s no place for us,
What is this thing that builds our dreams, yet slips away from us.
Who wants to live forever,
Who wants to live forever….?

A partir des années 80, fini les illusions, c’est le dur retour à la réalité. Après le jour, c’est la nuit.

La plus belle image de Nos Meilleures Années qui symboliserait le mieux cette impression sera la vision des proches de Matteo (Alessio Boni) après son suicide : les visages endeuillés baignent dans une lumière bleutée du soir.

Mais c’est aussi la couleur de la liberté, cette liberté qu’ira chercher le fils de Matteo, Andrea (Riccardo Scamarcio), mais loin, très loin, là où tout aurait pu commencer : au Cap Nord, en Norvège.

Un scénario foisonnant

Raconter l’histoire de l’Italie sur une quarantaine d’années n’a pas dû être une mince affaire pour les deux scénaristes du film, Sandro Petraglia et Stefano Rulli.

Dans Nos Meilleures Années, le choix de porter l’attention du spectateur sur deux frères que le destin sépare, ainsi que sur leur famille et amis, a permis de brasser plusieurs évènements marquants de l’Italie de cette époque, situés à des endroits différents.

“Un film qui nous a toujours habités et qui parfois réaffleure dans notre travail est Rocco et ses frères [NDLR : de Luchino Visconti], a précisé Stefano Rulli.

De même, commencer juste avant 1968 permet aux scénaristes de débuter par la nouvelle ère qui s’annonçait alors en Italie et en Europe, un moment où les modèles habituels de la société étaient remis en cause.
Pour toute une partie de la jeunesse de cette époque, c’était un monde à repenser, à reconstruire.

Mirage de la vie de Douglas Sirk est notre autre film d’élection. Les troubles sentimentaux, l´idée du temps qui passe et les déchirements que cela comporte, la notion de famille comme creuset conflictuel…” a expliqué Sandro Petraglia.

La première partie de Nos Meilleures Années raconte donc une vie à construire pour chacun des personnages, symbolisée par la dernière séquence située lors du mariage d’un des protagonistes.
Mais sa fin annonce aussi la seconde partie du film, en entachant cet habituel moment de bonheur familial par le récent licenciement d’un des personnages.

La deuxième partie du film sera alors le bilan des erreurs de chacun mais aussi leur continuel tâtonnements pour avancer.
Certains personnages du film, et non des moindres, y laisseront leur vie.
Les survivants continueront d’avancer, métaphore lacustre de l’image finale, où la génération suivante pousse les limites jusqu’au Cap Nord.

La meglio gioventù n’est pas seulement le titre d´une poésie en langue frioulane de Pasolini, c´est aussi celui d´une chanson tragique des chasseurs alpins italiens qui allaient mourir au combat. Dans son acception romaine, c´est également une façon goguenarde de s´autodéfinir comme les meilleurs, ceux qui l’affirment étant au fond les premiers à n’en être guère convaincu…” a raconté Sandro Petraglia.

C’est aussi cela qui donne ce caractère si fort, si universel et si vivant à ce film, cette omniprésence de la mort qui peut ronger ou interrompre brutalement la vie d’un personnage à tout moment.

Mais ce sont aussi à de belles trouvailles scénaristiques qui participent à l’immense qualité du long métrage Nos Meilleures Années.
C’est tout d’abord l’image forte et lyrique d’un piano à queue qui sous les mains blanches de Giulia Monfalco (Sonia Bergamasco), se met à égrener des airs classiques au milieu de la boue de la ville de Florence inondée.
C’est ensuite cette petite phrase prononcée par Angelo Carati (Andrea Tidona), le père de Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo, à leur mère, Adriana (Adriana Asti), lors de la première partie (“Tu n’entends pas les castagnettes ?”) que l’on comprendra plus tard, dans la seconde partie, être une référence à un souvenir partagé par les deux parents.

Un tournage dantesque

Le tournage du film Nos Meilleures Années s’est étalé sur vingt-quatre semaines. Il a été tourné avec une caméra super 16. Deux cent quarante décors ont été utilisés. Le budget final du film a avoisiné les 6 500 000 euros.

Mettre en scène une saga…

C’est un véritable ballet de personnages, de rencontres et d’évènements que met en scène le réalisateur Marco Tullio Giordana dans Nos Meilleures Années.
Et c’est aussi au niveau sonore, qu’il nous fait entendre différents accents de l’Italie.
Et c´est à ses personnages que sa caméra s´attache.

“Le casting est pour moi très important, j’y consacre pratiquement toute la préparation du film. J´ai besoin de choisir jusqu’au dernier figurant, de savoir qu´ils seront tous sur la même tonalité, à la manière d´un orchestre”, a raconté Marco Tullio Giordana.

… et des personnages

Pendant les six heures du long métrage Nos Meilleures Années, nous nous attachons à la vie de plusieurs personnages.
Nous les voyons grandir, vieillir et changer au fil des ans.
Mais ils ne seront pas tous présents sur la dernière ligne droite.

“Il s´agit du reste d’une constante de tous les personnages de Nos Meilleures Années : une passion qui les guide, qui les réchauffe. Certains d’entre eux parviennent à la vivre jusqu’au bout, à s’ouvrir au monde ; d’autres se font emporter par elle”, a précisé la comédienne Sonia Bergamasco, alias le personnage de Giulia Monfalco.

Notre avis ?

Nos Meilleures Années de Marco Tullio Giordana est donc une grande épopée à travers l’Italie de la fin du vingtième siècle.
Une entreprise cinématographique titanesque qui nous traverse de part en part pendant plus de six heures.
Une expérience à vivre.
C’est un film coup de cœur de Bulles de Culture.

Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?

  • Nos Meilleures Années est le 6e long métrage de Marco Tullio Giordana.
  • Roberto Forza (directeur de la photographie) : “Marco Tullio aime utiliser les espaces ; les personnages sont toujours envisagés en fonction du décor. Et les pièces sont toujours pleines d’objets (qu’on ne filme jamais frontalement mais selon des points de fuite ou de nombreux plans perspectifs). Cela veut donc dire qu´il faut souvent éclairer trois ou quatre espaces en même temps et qu´il faut éviter tout obstacle au maniement de la caméra qui est presque toujours en mouvement parce que le point de vue ne cesse de changer.”
  • Elisabetta Montaldo (chef costumière) : “Du point de vue des costumes, Nos Meilleures Années a été un film aussi épique qu’une campagne militaire ! Tout d’abord à cause du grand nombre de personnages : plus de deux mille acteurs et figurants avec des scènes de foule (à Florence et à Turin) très complexes. (…) Ces Années révolutionnèrent également une mode variant considérablement selon les groupes sociaux, les aires géographiques, les générations, [avec] influences [de l’] Outre-Manche dans les années 1960.”
  • Franco Ceraolo (chef décorateur) : “Nous avons trouvé l´immeuble de via del Vantaggio. C’était un bâtiment de cinq étages à deux pas de la piazza del Popolo, totalement vide car les propriétaires devaient entamer sa rénovation. (…) On y a donc aménagé l’appartement des Carati, une maison à coursive turinoise pleines d’immigrés venus du Sud, des prisons de haute sécurité, des planques de terroristes, une maison délabrée des quartiers pauvres de Palerme, la baraque de la jeune prostituée, les souterrains des Offices inondés lors de la crue de 1966 — ce fut certainement le décor le plus difficile à réaliser car il nous a fallu creuser dans les caves une véritable piscine de 200 mètres carrés.”
  • Roberto Missiroli (chef monteur) : “Donc ce travail fut pour moi un long voyage à travers les émotions et les sentiments des personnages du film. J´ai toujours pensé que le montage ne devait pas se voir, que ce travail ne devait pas se doter d’une personnalité propre ; le montage devait en revanche faire voir le film. Et surtout dans ce cas puisqu’il s´agissait de montrer les émotions, les pensées, les sentiments des personnages, souvent intérieurs, parfois négatifs et refoulés. Évaluer une pause, un silence, un regard…”
  • Le film a été distribué en salles, en France, par une société de distribution aujourd’hui disparue, Ocean Films, le 9 juillet 2023.

En savoir plus :

  • Nos Meilleures Années est projeté gratuitement et en plein air, aux Arènes de Lutèce de Paris, dans le cadre du festival franco-italien Dolcevita-sur-Seine 2024, le lundi 15 juillet à partir de 17h30
Jean-Christophe Nurbel

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