Le Festival International du Film Politique de Carcassonne a accueilli cette année encore un jury prestigieux. Parmi ses membres, Mounia Meddour, réalisatrice notamment primée du César du meilleur premier film en 2020 pour “Papicha“, a apporté sa vision artistique et son engagement social, essentiels pour éclairer les œuvres en compétition. Bulles de Culture a rencontré la cinéaste à cette occasion. Elle revient sur son parcours, son engagement et sa vision du cinéma politique.
Mounia Meddour : « Réaliser un film engagé, et pas forcément politique, est toujours complexe »
Bulles de Culture : Qu’est-ce qui vous a séduite dans l’initiative du Festival du Film Politique de Carcassonne et vous a donné envie d’y participer ?
Mounia Meddour : Deux éléments ont motivé ma venue. Tout d’abord, la présentation de mon film “Houria“, projeté ici en avant-première, il y a deux ans, puis à nouveau lors de cette édition. J’apprécie particulièrement l’échange avec le public, accompagner un film et répondre aux interrogations des spectateurs. C’est l’occasion d’aborder le travail réalisé en amont et pendant le tournage, de mettre en lumière le travail des comédiens et d’approfondir la thématique du film.
Ensuite, bien sûr, il y a le jury. Faire partie d’un jury est toujours une expérience enrichissante qui implique une certaine exigence. La thématique du festival me touche particulièrement car mes films sont engagés. Je soutiens ce type d’initiative car je sais combien il est difficile de pérenniser un festival. C’est la 7ème édition, elle repose sur le travail de 120 bénévoles : c’est un travail important pour la ville, qui inspire et incite à la découverte.
Issue du documentaire, j’ai une sensibilité particulière pour les thématiques de société. J’ai étudié le journalisme, réalisé des reportages : les sujets de société, nos questionnements, sont des sujets qui me touchent. La thématique du festival correspond donc parfaitement à mon univers.

BdC : Revoir un film quelques années après sa sortie, lorsqu’on est détachée de l’actualité de sa promotion et de sa tournée, offre-t-il un regard neuf ? L’échange avec le public est-il différent ? Avez-vous vous-même une autre lecture du film ?
Mounia Meddour : Redécouvrir son film sur grand écran est toujours un plaisir, tout comme revenir sur des moments passés et pouvoir échanger avec le public. Le recul nous permet d’avoir une analyse plus approfondie, de percevoir les défauts, les éléments que l’on aurait pu améliorer. C’est une opportunité d’analyser davantage des choix artistiques, conscients et inconscients. Revoir un film permet de s’interroger à nouveau sur le montage, la direction des comédiens, les dialogues : c’est un exercice indispensable pour un réalisateur.
BdC : Dans vos deux films de fiction, « Papicha » et « Houria » le politique était-il au cœur du projet initial ou s’est-il imposé en filigrane de l’histoire personnelle du protagoniste ?
Mounia Meddour : Mon point de départ est toujours une histoire personnelle. J’aime que mes personnages évoluent dans un contexte d’actualité, dans une société en mouvement, en mutation, en reconstruction. Ce sont des personnages qui interagissent avec l’actualité, qui doivent composer avec les préoccupations du moment. Indirectement, ils sont politiques car ils sont une réaction à des situations politiques.
Je commence par l’envie de suivre des personnages, des thématiques, et, indirectement, le film devient politique car il met en lumière une certaine réalité. Mes films parlent de l’Algérie, de ses femmes, de l’art, de la chorégraphie, de la langue des signes. Il y a une dénonciation, un point de vue particulier : le film devient politique.
BdC : Pensez-vous qu’il soit difficile de faire du cinéma politique ?
Mounia Meddour : Faire des films est déjà un challenge en soi. Tous les genres sont difficiles à monter, y compris la comédie. Réaliser un film engagé, et pas forcément politique, est toujours complexe.
Cela dépend des réalisateurs, de la cause qu’ils défendent, du message qu’ils souhaitent faire passer. Personnellement, ce qui me touche au cinéma, c’est l’émotion. C’est mon premier critère : à quel point le film m’a-t-il impactée, embarquée dans l’histoire et l’univers du réalisateur ? J’aime que le cinéma mette l’accent sur la différence, qu’il y ait un point de vue.
La sélection du festival propose des films passionnants qui abordent des thématiques fortes. C’est tout l’intérêt du cinéma : susciter des émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Un film peut provoquer le plaisir, la gêne, le divertissement, la colère … L’important est qu’il génère une réaction, une réflexion.
J’aime ressortir d’une salle de cinéma transformée, avec un nouveau regard sur le monde.

BdC : Parlons des difficultés du cinéma en général, et du cinéma politique en particulier. Pensez-vous qu’il existe une différence entre les difficultés rencontrées par une femme réalisatrice et celles d’un homme réalisateur ?
Mounia Meddour : C’est difficile pour tout le monde. Mais malheureusement, les financements sont plus difficiles à obtenir pour des films réalisés par des femmes. Ils sont moins bien financés aussi. Les contrats et les salaires des femmes sont systématiquement inférieurs.
Il est primordial de revaloriser le travail des femmes réalisatrices car nous avons besoin de leurs histoires, au même titre que celles des hommes.
Une femme derrière la caméra, c’est un autre regard, une autre sensibilité. Un film réalisé par une femme peut éveiller l’intérêt pour une thématique féminine tout en ayant une portée universelle. Il est primordial de tendre vers une plus grande égalité entre les femmes et les hommes, dans le cinéma comme ailleurs.
BdC : Vous avez débuté par le documentaire. Selon vous, pourquoi l’image est-elle le moyen le plus efficace de témoigner et de dénoncer ?
Mounia Meddour : L’image véhicule une émotion particulière. Nous sommes plus touchés par une image travaillée par un artiste, un réalisateur, que par un discours purement médiatique dénué de dimension artistique. L’accès à l’émotion est plus direct, notamment à travers la fiction …
En savoir plus :
- Critique / “Papicha” (2019) de Mounia Meddour
- Site officiel du Festival International du Film Politique de Carcassonne
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