Pour son premier long métrage, Fario, Lucie Prost retourne sur les terres de son enfance pour y brosser un portrait de la jeunesse en 2024, entre réalisme et fantastique. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
Synopsis :
Léo (Finnegan Oldfield,), jeune ingénieur brillant et fêtard qui vit à Berlin, doit rentrer dans son village du Doubs pour vendre les terrains agricoles de son père à une entreprise de forage de métaux rares. Il retrouve sa mère, sa petite sœur, ses copains et son cousin, en désaccord avec le projet de mine. Rapidement, Léo observe d’étranges comportements chez les farios, ces truites qui peuplent la rivière. Il se lance alors dans une enquête hallucinée…
Des caves berlinoises à la forêt doubiste
Tout va bien ou rien ne va plus pour Léo ? Malgré la belle vie qu’il mène à Berlin, entre soirées techno, nouvelles rencontres et trips au LSD, il connaît quelques problèmes de virilité. Mais Léo, qui sait rester détendu, n’a pas le temps de s’en préoccuper longtemps car il doit rentrer dans son Doubs natal pour y vendre les terres dont il a hérité de son défunt père agriculteur à des exploitants miniers. S’il n’a dans un premier temps pas l’intention de s’y attarder après la signature, le fait de retrouver sa mère et sa maison perdue au beau milieu de la forêt verdoyante, de passer du temps avec sa petite sœur et de se baigner dans la rivière qui sillonne la forêt avec ses amis, comme ils le faisaient lorsqu’ils étaient enfants, lui donne envie de rester quelques jours de plus.
D’autant qu’il remarque quelque chose d’étrange chez les truites qui peuplent la rivière, comme si celles-ci mutaient. Il ne lui faut pas longtemps avant d’établir le lien entre les mines de forage de métaux rares en amont de la rivière et ses étranges observations. La vente de ses terres attendra donc un peu, pour l’heure Léo souhaite en avoir le cœur net et s’assurer qu’il ne va pas les céder à des industriels qui empoisonneraient les lieux de son enfance. Il s’embarque alors dans une enquête obsessionnelle pour expliquer des phénomènes qu’il semble être le seul à remarquer et qui va le confronter à ses propres angoisses, notamment le deuil de son père.

Entre réalisme et fantastique
Les personnages de Fario, jeunes actifs pour la plupart, sont intéressants. Le changement de génération s’est opéré et ce sont désormais eux qui font vivre la région. Le film dépeint une jeunesse déconstruite qui prend la vie avec légèreté sans pour autant fuir les défis qui se dressent devant elle. C’est un film réaliste en ce qu’il s’attache à montrer sans artifices la vie de ces jeunes gens, qui se retrouvent au bistrot du village pour boire des coups ou au bord de la rivière pour profiter de l’été, mais qui savent également travailler dur, à l’image de Gus, le cousin de Léo, devenu agriculteur.
En même temps, le lieu choisi par Lucie Prost pour son film est propice à l’intervention du merveilleux. Une forêt à perte de vue, un trou colossal dans un chantier minier, des truites aux écailles colorées qui captent l’attention d’un personnage troublé par ce retour dans le pays de son enfance. À cet égard, l’interprétation de Finnegan Oldfield est excellente car il parvient, sous ses airs de jeune homme sûr de lui, à dévoiler une grande détresse intérieure derrière ses répliques cinglantes.

A trop vouloir en faire…
Le problème de Fario est un peu le même que celui de Léo : c’est la débandade. Au même titre que se bousculent dans son esprit les souvenirs et les pensées qui l’ont poussé à s’exiler à Berlin pour ne pas avoir à les affronter, les thèmes abordés par ce film sont trop nombreux pour pouvoir être suffisamment développés. C’est à la fois un thriller psychologique, une enquête écologique, un film de genre, un portrait de génération, une histoire de deuil, d’amitié, d’amour… En voulant aller dans toutes ces directions à la fois, Fario finit par n’aller nulle part, ce qui est dommage car le talent de réalisatrice de Lucie Prost est évident, tant dans sa maîtrise de la photographie que dans le travail exceptionnel réalisé sur le son de ce long métrage.
Les thématiques citées sont intéressantes et plutôt bien amenées mais mériteraient chacune un film pour être efficacement traitées. À cet égard, on peut penser à l’excellent « Petit Paysan » d’Hubert Charuel (2017), qui ressemble à Fario dans ses thèmes et dans son propos, mais qui réussit, en jouant la carte du thriller psychologique à fond, à nous happer et à délivrer son message bien plus efficacement que Fario, qui reste dans l’ensemble assez confus.
Notre avis ?
Fario met en scène des thématiques et des personnages intéressants, incarnés avec justesse par d’excellents acteurs, mais le film ne parvient pas à captiver par son propos tant il tente d’aborder de sujets différents. Il aurait gagné en cohérence à choisir un angle d’attaque plus précis et à s’y tenir.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 23/10/2024
- Distribution France : Paname Distribution
- France / 2024 / 90mn / Scope / 5.1
Bulles de Culture Sur Bulles de Culture, chaque jour, la culture sort de sa bulle !
