Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
en nous film juliette binoche photo
Ad Vitam

Critique / “En nous” (2026) de Juliette Binoche

Pour son premier film de réalisatrice, Juliette Binoche revient sur la création d’IN-I, spectacle conçu avec le chorégraphe Akram Khan. Entre répétitions éprouvantes et captation scénique plus convenue, En nous saisit la vulnérabilité d’une actrice qui cherche, par le corps, une autre manière d’habiter la scène. La critique et l’avis de Bulles de Culture. 

Synopsis :

En 2007, l’actrice française Juliette Binoche et le danseur et chorégraphe britannique Akram Khan décident de se lancer dans une aventure artistique inédite : Akram veut jouer, Juliette souhaite danser. Ensemble, ils vont écrire et créer IN-I, un spectacle qui les poussera à se dépasser. Avec ce premier film en tant que réalisatrice, Juliette Binoche propose au spectateur d’entrer dans l’intimité de la création, révélant les épreuves, les joies, les doutes qui mènent des répétitions au spectacle final. 120 représentations seront données à travers le monde.

En nous : Juliette Binoche, le vertige du corps à l’épreuve

Il y a quelque chose de vertigineux dans cette première démarche de Juliette Binoche en tant que réalisatrice. Elle choisit de s’exposer elle-même au dépouillement. Le défi était évident de filmer simplement la naissance d’une œuvre sans tomber dans la célébration convenue de l’artiste au travail. Juliette Binoche évite, au moins en partie, cette faiblesse en choisissant l’immersion plutôt que le commentaire. Lors des répétitions, les deux artistes apparaissent hors de leur zone de maîtrise. C’est précisément là que le film est le plus précieux. Juliette Binoche cherche dans le corps ce que le cinéma lui permet d’ordinaire de suggérer par le visage. Akram Khan, lui, doit trouver dans la parole et l’interprétation une autre forme de présence que celle que lui offre la danse. Les maladresses, les résistances physiques et les moments de doute produisent une matière rare, celle d’une recherche ouverte dont on ne connaît pas encore l’issue. La sueur, les chutes, la fatigue donnent au documentaire une dimension concrète, presque artisanale. À ses meilleurs moments, la réalisatrice filme la création non comme illumination, mais comme un effort qui ne s’obtient que dans l’abandon à l’autre et dans l’acceptation de l’inconfort. C’est en lâchant ses certitudes pour se plonger dans un territoire inconnu qu’on obtient le sublime.

en nous photo film juliette binoche 2
Ad Vitam

La structure du film en deux parties se révèle pourtant à double tranchant. Après les répétitions vient la captation du spectacle. Ce second acte s’avère plus lisse, plus maîtrisé, mais aussi moins surprenant, comme si l’on assistait parfois à une simple captation, sans véritable recherche cinématographique. On pourra également trouver l’ensemble un peu long, parfois trop confiant dans l’intérêt naturel de son matériau. La Juliette Binoche cinéaste fait encore trop confiance à la Binoche actrice, comme si la présence de l’une suffisait à garantir la tension de l’autre. Le film ne cherche pas à prouver la grandeur de ses interprètes, mais à montrer ce qu’il leur en coûte de se rendre vulnérables. 

Notre avis ?

Premier geste de cinéaste imparfait mais habité, En nous vaut surtout pour cette découverte de l’instant où l’actrice cesse de jouer la danseuse et commence, simplement, à prendre le risque d’en devenir une.

En savoir plus :

    • Date de sortie France : 3/06/2026
    • Distribution France : Ad Vitam
Antoine Corte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *