Avec « De la Comédie-Française », en salle depuis le 22 juillet, Martin Darondeau et Bertrand Usclat filment les trois heures qui précèdent une première salle Richelieu. Le résultat tient du sprint burlesque, porté par une troupe qui joue son propre théâtre avec un plaisir désarmant. La critique et l’avis de Bulles de Culture
De la Comédie-Française : la troupe en plein sprint burlesque
Il fallait une certaine audace pour installer une caméra dans la maison de Molière et en faire le décor d’une comédie de catastrophe. Venus de la pastille satirique en ligne, où leur format Broute avait aiguisé un sens précis de la parodie, Martin Darondeau et Bertrand Usclat signent avec ce premier long métrage, quadruplement primé au Festival de l’Alpe d’Huez en janvier, un objet plus tendre que corrosif. Le postulat est d’une simplicité imparable. Nina, jeune sociétaire, s’apprête à dévoiler sa première mise en scène, un Macbeth dont chacun sait qu’il traîne derrière lui sa légende maudite. Trois heures avant le lever de rideau, tout se dérègle. Et puisqu’à la Comédie-Française on n’annule jamais, il faudra bien que la représentation ait lieu.
La grande réussite du film tient à son interprétation collective, d’une vitalité rare. Pauline Clément, qui a également participé à l’écriture depuis l’intérieur de l’institution, concentre à juste titre une bonne part des éloges. Lumineuse et élastique, elle tient le compte à rebours sur ses épaules sans jamais tirer la couverture à elle, ce qui est peut-être la définition même de l’esprit de troupe que le film célèbre. Autour d’elle, Laurent Stocker compose un Macbeth à l’ego froissé qui se fissure joliment, Marina Hands, Christian Hecq, Danièle Lebrun ou Benjamin Lavernhe s’emparent chacun de leur partition avec une gourmandise immédiatement communicative. On sent des comédiens ravis de jouer, souvent à contre-emploi, leur propre folklore. Cette autodérision consentie, tournée dans les vrais couloirs du théâtre, donne au film son parfum singulier de fiction documentée, quelque part entre le vaudeville et le faux reportage.

L’autre force du film est son rythme. Construit comme une course contre la montre, il enchaîne les avaries techniques, les susceptibilités blessées et les petites lâchetés avec une efficacité de mécanique bien huilée. Dès la scène d’ouverture, où Nina se heurte à un badge oublié et à un gardien ivre de son petit pouvoir, savoureux Guillaume Gallienne, le ton est donné. Les dialogues fusent, la mise en scène transforme les coulisses en machine à quiproquos, et les soixante-quinze minutes du récit filent sans temps mort. Cette brièveté est d’ailleurs à double tranchant. Elle garantit la nervosité de l’ensemble mais laisse certains personnages à l’état d’esquisse, et l’on devine que le projet, initialement pensé pour la série, aurait pu creuser davantage ses figures secondaires.
On pourra aussi objecter que les ressorts convoqués, la malédiction de la pièce écossaise, la couleur verte qui porte malheur, le cocu qui s’ignore, appartiennent au fonds de commerce le plus balisé de la comédie de théâtre. Le film ne renverse pas la table, il la dresse avec soin. Mais ce classicisme assumé est régulièrement transcendé par la justesse du regard porté sur l’institution, respectueuse sans être révérencieuse, et par quelques pointes d’émotion glissées avec discrétion dans la pagaille générale.
Notre avis ?
Ce que racontent finalement Martin Darondeau et Bertrand Usclat, c’est qu’un spectacle ne tient jamais à un seul talent mais à la confiance obstinée d’un collectif. En ces temps de comédies françaises calibrées pour le box-office, cette célébration artisanale du spectacle vivant, drôle sans vulgarité et tendre sans mièvrerie, fait un bien réel. Le rideau se lève, et l’on applaudit volontiers.
En savoir plus :
- Pour Cinéma
- Date de sortie France : 23/07/2026
- Distribution France : Zinc
