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Soy Libre affiche film

Critique / « Soy Libre » (2021) de Laure Portier

Dernière mise à jour : avril 17th, 2022 at 07:03

2 ans après le court Dans l’œil du chien (Prix du Cinéma du réel), Laure Portier se lance dans le long avec Soy Libre, une immersion troublante et une fois de plus très personnelle. La critique et l’avis de Bulles de Culture.

Synopsis :

Arnaud c’est mon petit frère. Un jour je me suis rendue compte qu’il était déjà grand. Il est né là où on ne choisit pas et cherche ce qu’il aurait dû être. Libre.

Innocence perdue

Soy Libre suit Arnaud dans sa recherche de liberté, grâce à un subtil montage d’images filmées par lui-même et celles de sa sœur avec comme fil conducteur des dessins de ce dernier.

Face à la caméra, Arnaud raconte son histoire et nous fait découvrir son parcours on ne peut plus singulier, voire effrayant. La liste de facteurs potentiellement traumatisants est en effet impressionnante. Il semble presque irréel d’avoir déjà concentré autant de malheurs en si peu de temps. On passe de l’indignation à une certaine résignation en se rappelant que cela doit être malheureusement le chemin emprunté par de nombreux jeunes. Cette jeunesse qui est devenue invisible car abandonnée par ceux censés la guider.

En cela, Soy Libre fait (délibérément?) d’Arnaud la voix de tous ces délaissés qui, confrontés à une société qui ne respecte les règles qui devraient les protéger, choisissent les leurs. Cela n’est du coup pas sans conséquences et si les images d’Arnaud les montrent sans les justifier, le documentaire de Laure Portier nous amène sans doute à éviter d’être moins prompt à les juger.

Ce qui saisit tout de suite le spectateur, c’est le contraste entre la gravité des événements rapportés et son ton calme et posé. C’est sans doute ce contraste magnétique qui va l’accrocher et l’agripper au visage malgré tout angélique.

SOY_LIBRE_photo film
© Les Alchimistes

Résilience et (re)naissance

Ce qui est constant chez Arnaud c’est sa fuite en avant, sa volonté d’extraire à tout prix de ce système, quitte à vivre chichement. La recherche identitaire est évidente, même si cernée par une précoce maturité. La résilience habite dans la seule certitude qu’il semble avoir, celle d’avoir la vie qu’il aura choisi. Il refuse la cage/ l’enfermement qui revient souvent dans ses dessins.

Soy Libre c’est aussi le refus d’Arnaud de sombrer dans l’obscurité. On a le cœur serré quand celle-ci semble inévitablement le rattraper, quand la violence jusque là peu illustrée se manifeste par son impatience moins bien dissimulée. On comprend la frustration de la sœur à qui on n’a pas dû laisser plus de choix qu’une forme d’accompagnement.

SOY_LIBRE_photo film
© Les Alchimistes

Notre avis ?

Laure Portier fait de Soy Libre un témoignage aussi puissant qu’émouvant, du début à cette fin judicieuse sous forme de bouffées d’espoir. L’efficacité du montage, la fausse impression de dépouillement de l’ensemble et la force narrative qui en découle donnent envie d’écouter les prochaines histoires de vie que la réalisatrice choisirait de nous raconter.

En savoir plus :

Fanny N.

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