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Critique / “Le rêve du jaguar” (2024) de Miguel Bonnefoy

Le cinquième roman de Miguel Bonnefoy, Le rêve du jaguar paru aux éditions Rivages en aout 2024, vient de décrocher deux distinctions littéraires recherchées ; le grand prix du roman de l’Académie française et le Prix Femina. Le jeune auteur franco vénézuélien au talent incontestable, tisse entre Chili, Venezuela et Paris un roman dynamique inspiré de l’histoire familiale, où réalité, traditions, mythes et légendes s’imbriquent parfaitement à la fiction permettant de déployer une impressionnante galerie de personnages, acteurs pour la plupart de l’évolution agitée du Venezuela.

Cet article vous est proposé par Chris. L

Avis et critique du livre “Le rêve du jaguar”

Dès la première phrase, le ton est donné, « Au troisième jour de sa vie, Antonio Borjas Romero fut abandonné sur les marches d’une église dans une rue qui aujourd’hui porte son nom ». Ainsi Le rêve du jaguar annonce une aventure extraordinaire dont les principaux protagonistes, Antonio, Ana Maria, Venezuela, Cristóbal, ont certains traits des grands parents maternels de l’auteur, de sa mère, et de lui même. L’imagination débordante de l’écrivain, polit et magnifie la légende familiale. Entre réalisme, onirisme, Histoire, Le rêve du jaguar déroule l’existence aux multiples rebondissements d’Antonio, des marches d’une église de Maracaïbo à sa renommée finale comme cardiologue et fondateur d’une université. Élevé par une mendiante muette, destiné à devenir un petit vaurien, un temps vendeur de cigarettes, employé dans l’industrie du pétrole, ou homme à tout faire d’une maison close, il échappera à cette destinée par des rencontres opportunes dont celle avec son père biologique, Élias, sans rien dévoiler du lien qui les unit. Il lui remet « un papier plié en quatre » destiné à don Victor Emiro, avocat et père de huit enfants, qui permet à Antonio d’être pris en charge par cet homme, et enfin d’accéder à quatorze ans à l’écriture, à la lecture, et de rattraper allègrement le retard éducatif accumulé.

Et que dire de sa première rencontre avec Ana Maria Rodriguez, « jeune femme mince, très discrète » pour tenter de gagner un billet de cinéma. Rien de particulier si ce n’est que ce fut une rencontre décisive et complexe. Avec cette jeune fille, digne descendante de son père typographe aux idées socialistes, entre en scène une personnalité au fort caractère, aux convictions affirmées, acharnée.  Ainsi « l’homme qui me racontera la plus belle histoire d’amour », pourra envisager d’être son mari seulement après qu’elle soit devenue médecin. Antonio ne lui livra non pas la plus belle histoire d’amour, mais déposa à ses pieds un cahier en contenant mille, recueillies auprès des voyageurs de la gare centrale.

Conteur hors pair, Miguel Bonnefoy jongle avec les histoires, les personnages. Il choisit avec exactitude chaque mot et chaque phrase est travaillée et retravaillée jusqu’à ciselée à la perfection. Énergie, soif de vivre, inébranlable amour de liberté traversent les membres de cette famille qui approchent certaines personnalités comme le fantôme ou le magicien fou, portés avant tout par la démesure. Roman foisonnant, plein de vie, de couleurs, de musicalité, teinté de poésie, flamboyant et tempétueux Le rêve du jaguar réussit avec succès à agréger à la saga familiale l’amour de l’auteur pour le Venezuela. Des faits Historiques qui ont marqué la population y trouvent leur place comme la richesse inespérée qui a dégouliné des années durant sur le pays suite à l’exploitation des gisements de pétrole, ou les périodes écoulées sous des dictatures synonymes de tortures, de peines de prison, et les espoirs récompensés d’opposants ou de révolutionnaires. Et quel plus beau symbole, le 23 janvier 1958 date de la fin de treize ans de dictature, que naisse la fille d’Ana Maria et d’Antonio tout juste libéré des geôles, et qu’elle soit prénommée Venezuela. Au sein d’une famille établie, en pleine réussite, dévouée à la cause médicale, aux droits de femmes et à la diffusion de la culture, la fille unique tracera son parcours, hors des sentiers battus par ses parents et hors de son pays avec détermination.

À son imagination inépuisable, Miguel Bonnefoy greffe de petites anecdotes essentielles au bon déroulement de son roman. Ainsi en est il avec la découverte d’un pingouin, un gorfou sauteur, devenu une curiosité locale puis une célébrité au destin tragique. Le petit pingouin renaîtra du génie d’un joailler ; une magnifique broche « avec des plumes de feuilles d’or, des émeraudes incrustées à la place des pattes, un bec fait de lapis-lazuli et un œil de rubis ». Bijou inestimable, qui échut par héritage à Ana Maria puis à Venezuela lui permettant de partir pour Paris. Pour en savoir plus, beaucoup plus, sur Le rêve du jaguar, rien de tel que d’accompagner  Miguel Bonnefoy dans ce voyage et d’apprécier son écriture chaleureuse et généreuse.

En savoir plus :

  • Le rêve du jaguar, Miguel Bonnefoy, Rivages, aout 2024, 304 pages, 20,90 euros
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