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Les Lèvres rouges de Harry Kümel image film cinéma
© Malavida

Critique / « Les lèvres rouges » (1971) de Harry Kümel : l’heure du 50e anniversaire

Il y a exactement 50 ans sortait en salles un film de série B, voire Z, aujourd’hui auréolé d’une aura culte : Les lèvres rouges. L’année 2020 l’a vu ressortir deux fois au cinéma (confinement n° 1 oblige), puis en DVD. Des événements qui préparaient cet anniversaire. L’héroïne de ce film n’est autre que Delphine Seyric, une comédienne engagée qui avait notamment travaillé avec Jacques Demy. Pour les amateurs d’univers vampirique érotique, Bulles de Culture dit tout sur le long-métrage Les lèvres rouges tourné en 1971 à Ostende, en Belgique.

Synopsis :

Valerie (Danielle Ouimet) et Stefan (John Karnel), immobilisés à Ostende, séjournent dans un vaste hôtel désert en cette morte-saison. Le couple fait alors la connaissance de l’inquiétante comtesse Bathory (Delphine Seyric) et de sa protégée Ilona (Andrea Rau), ténébreuses créatures de la nuit. Insidieusement, elles envoûtent d’abord le jeune homme, fasciné par des meurtres mystérieux perpétrés dans la région, puis Valerie, intriguée par l’étrange relation qui unit les deux femmes…

Les lèvres rouges a 50 ans : le sang de la jeunesse éternelle

« Anachronique, démodée, qui traîne son spleen d’une ville à une autre… » et notamment dans des villes belges (Bruges, Bruxelles, Meise, Ostende). Delphine Seyric était, il y a 50 ans la la comtesse Élisabeth Báthory de Ecséd. Internet raconte qu’au 17ème siècle cette Hongroise comptait des dizaines d’assassinats – pour la plupart des jeunes filles – à son actif pour se donner jeunesse éternelle. Cette personnalité très trouble est à l’origine du « mythe du vampire ». Un mythe à l’identité si marquée qu’il fallait une actrice au charisme indéniable pour incarner une version moderne à l’ouverture des années 70 : Delphine Seyric, féministe de poigne.

Delphine Seyric : les lèvres de l’audace

Un an après le long-métrage Peau d’âne de Jacques Demy dans lequel elle était la Fée des Lilas, Delphine Seyric tournait donc en Belgique Les lèvres rouges sous la direction de Harry Kûmel (25 novembre 1971). Elle y fait revivre celle qui est décédée en août 1614 et qui continue de fasciner les milieux satanistes. Il est intéressant de noter que le mythe d’une figure féminine incandescente et mystérieuse, à savoir la sorcière, est encore ici source de tous les maux. En tant qu’ardente défenseuse des droits des femmes, Delphine Seyric s’est donc laissée séduire. A travers la figure de Bathory, elle laisse le testament de sa carrière cinématographique, celui de l’élégance et de l’irrévérencieux. Elle était fée rebelle contre le patriarcat dans Peau d’âne, elle est dans Les lèvres rouges une voyageuse qui traque la beauté des jeunes femmes et vit ses fantasmes avec elles en mode latente psycho-killer. Elle affecte, fascine et terrifie, comme les figures de l’altérité que la comédienne engagée défendait corps et âme sur les plateaux de télévision.

Les lèvres rouges : un objet arty recélébrée dans les années 2020

Les lèvres rouges fait partie de ces films noirs qui ne semble obéir à aucun référent, et qui sont donc communément appelés « films de genre ». Même si vous pensez l’avoir étiqueté, le film vaut le détour pour sa photographie, le jeu de son actrice principale (qui éclipse celui des autres) et sa bande originale signée par le célèbre Françoise de Roubaix qui est même sorti en vinyle. De l’aveu de plusieurs internautes, l’objet n’a cependant pas été peint en rouge. Quel dommage !

Lèvres rouges de Harry Kümel image DVD film cinémaSurtout une adaptation libre de l’ouvrage gothico-fantastique Carmilla de l’irlandais Joseph Sheridan Le Fanu sorti en 1872, Les lèvres rouges a été remis en avant par le distributeur Malavida Films le 11 mars 2020 mais en ne restant, hélas, que 4 jours à l’affiche (durant lesquels quelques 1500 tickets ont été achetés) avant l’activation du confinement suite à la pandémie mondiale de Covid-19. A nouveau sorti fin juin de la même année quand les salles obscures furent réouvertes, il avait déjà eu les honneurs d’une édition DVD flambant neuve sept ans plus tôt.

De plus, c’est au format Blu-ray qu’il sortira courant 2022, car le distributeur Malavida Films nous annonce bientôt commencer le travail sur cette version augmentée.

Et pour les intéressé·es de « la légende », un autre film intitulé La Comtesse (réalisée par une Française !), dont voici un aperçu, est sorti en 2009.

En savoir plus :

  • Les lèvres rouges, un film de Harry Kümel
    Date de sortie DVD France : 29/08/2013
    Date de sortie Blu-ray 4K [Edition Import] : 16/10/2020
  • Distribution France : Malavida Films
  • Bonus :
    Livret (16 pages) :

    – Interview d’Harry Kümel par Olivier Rossignot
    – Analyse du film par Olivier RossignotVidéo :

    – Les lieux des ténèbres : itw de Kumel et Drouot (22 mn)
    – Jouer la victime : itw de Danielle Ouimet (15 mn)
    – La fille des ténèbres : itw d’Andrea Rau (8 mn)
    – Bande-annonce
Luigi Lattuca
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