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Carole BIANIC, Lucy LOSTE BERSET, Nicolas GOB dans le téléfilm "Le combat d'Alice" de Thierry Binisti © Nicolas ROBIN - FTV - APRIMEGROUP

♥ Critique & Interview / “Le combat d’Alice” (2024) avec Nicolas Gob, Lucy Loste Berset et Carole Bianic

Après l’avoir programmé initialement en mars dernier, France 2 propose enfin Le combat d’Alice de Thierry Binisti, un téléfilm sociétal coup de cœur à ne pas manquer, avec Nicolas Gob, Lucy Loste Berset et Carole Bianic. L’avis et la critique de Bulles de Culture, ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis

Affectée par le décès de sa mère deux ans auparavant, Alice (Lucy Loste Berset), 16 ans, est exclue du lycée et se voit envoyée par son père, Joscelin (Nicolas Gob), à la campagne chez ses grands-parents. Elle se prend de tendresse pour un veau, mais elle comprend que l’abattoir attend le jeune animal. Prête à tout pour le sauver, Alice se rapproche d’un groupe de militants et s’engage avec toute la force et l’excès de son âge…

Le combat d’Alice : un téléfilm sociétal fort et profondément humain

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Carole BIANIC, Lucy LOSTE BERSET, Nicolas GOB dans le téléfilm “Le combat d’Alice” de Thierry Binisti © Nicolas ROBIN – FTV – APRIMEGROUP

Avec un scénario de Mikaël Ollivier, une image de Pierre Witzand, un son de Jérôme Gardon, des décors de Caroline Bourlier, des costumes de Valérie Adda, un montage de Julien Peray, une musique originale d’Olly Gorman et une réalisation de Thierry Binisti, Le combat d’Alice est un téléfilm inspiré du livre 8865 de Dominique Legrand, publié aux éditions Hugo Publishing en 2020.

Son récit nous conte l’histoire d’une jeune fille, l’Alice du titre incarnée avec la force et l’engagement de la jeunesse par Lucy Loste Berset, et son père Joscelin, interprété avec sensibilité et subtilité par Nicolas Gob, qui n’arrivent plus à communiquer depuis le décès de la mère. Aussi, quand Alice est exclue de son école pendant une semaine après une bagarre qu’elle refuse d’expliquer, Joscelin décide de la confier à ses parents maraîchers, auxquels Luce Mouchel et Pasquale d’Inca prêtent leurs traits.

A la campagne, loin de la ville, Alice fait la rencontre de Lola, une jeune militante écologiste et vegan jouée par Léonie Dahan-Lamort, et se prend d’affection pour une vache et son petit. Sauf que l’éleveuse Isabelle, interprétée par Carole Bianic, destine ses animaux à l’abattoir, même si elle milite pour conserver l’abattoir local “à taille humaine”. S’en est trop pour Alice qui se rapproche alors de l’activisme anti-viande, de la désobéissance civile, de l’écoterrorisme…

Notre avis ?

Avec habileté et dans toute sa complexité, le téléfilm Le combat d’Alice aborde une question de société (l’abattage des animaux destinés à la consommation humaine) à hauteur humaine et à travers le portrait intime d’une jeune fille en colère, en souffrance, en quête de sens et confrontée à une relation complexe et dysfonctionnelle avec un père aimant mais tout aussi perdu qu’elle.

Porté par un excellent binôme père/fille, ce film sociétal fort et profondément humain est un coup de cœur de Bulles de Culture.

Rencontre avec Pierre Sportolaro, Thierry Binisti et Nicolas Gob : “Pour moi, incarner des rôles humains, comme celui d’un père et sa fille, résonne plus que tout autre chose”

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Lucy LOSTE BERSET, Nicolas GOB dans le téléfilm “Le combat d’Alice” de Thierry Binisti © Nicolas ROBIN – FTV – APRIMEGROUP

C’est lors du Luchon Festival 2025 que Bulles de Culture a pu échanger avec le producteur Pierre Sportolaro (A Prime Group), le réalisateur Thierry Binisti et l’acteur Nicolas Gob.

Bulles de Culture : Quelle est la genèse du Combat d’Alice ?

Pierre Sportolaro : Je cherchais un projet cinématographique qui ne soit pas un thriller, mais plutôt compatible avec une diffusion télévisée, et qui explore des moments de la société et des personnages incarnant des luttes ou des résistances. Lorsque Mikaël Ollivier [NDLR : le scénariste] m’a présenté son synopsis, basé sur le livre, j’ai tout de suite été emballé. C’est ainsi que l’idée a germé.

Bulles de Culture : Comment est venu l’idée de Nicolas Gob pour incarner le rôle du père ?

Pierre Sportolaro : Ce que j’ai toujours apprécié chez Nicolas, c’est cette combinaison de douceur et de potentielle violence dans son jeu. Il y a une délicatesse dans sa manière de jouer qui, je trouve, convient parfaitement au rôle du père.

Thierry Binisti : Nous recherchions un acteur capable d’incarner le père avec toute sa rigueur, son empathie, sa force et ses faiblesses, d’autant plus que le personnage est récemment veuf. Il était évident pour nous que Nicolas pouvait exprimer toutes les émotions du rôle et tisser une relation subtile avec sa fille.

Bulles de Culture : Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à ce projet ?

Nicolas Gob : C’est un désir profond de se confronter à des sujets de société simples et clivants qui nous touchent tous. Pour moi, incarner des rôles humains, comme celui d’un père et sa fille, résonne plus que tout autre chose.

Bulles de Culture : Quelle a été la porte d’entrée pour vous pour emparer de ce personnage ?

Nicolas Gob : C’est l’humain qui me parle le plus. Et ce film ne donne pas de leçons, mais incite à la réflexion à travers une simplicité humaine poignante.

Thierry Binisti : Oui, on n’aime pas recevoir de leçons et les films sont des fenêtres qui s’ouvrent sur notre propre monde. A travers les personnages et les situations incarnés, il y a un effet miroir qui interpelle et nous questionne. Poser des questions suffit, c’est ensuite au spectateur de trouver son propre chemin et d’ouvrir de nouvelles perspectives.

D’ailleurs, ce qui est bien dans les récits télévisés, c’est qu’on s’empare souvent de sujets de société en passant par l’intime, créant ainsi une connexion puissante avec le spectateur. Ici, le film explore le travail de deuil que les personnages doivent accomplir, chacun à leur manière. Il y a un manque béant dans leur vie, qui est la mère qui a disparu. Et c’est pour ça que la dernière scène…

Cliquer pour afficher le spoiler sur la fin du téléfilm Le combat d'Alice
… est très belle quand elle lui dit “J’ai compris”. Parce qu’elle est en souffrance et elle en veut à son père pour diverses raisons. Pourtant, malgré tout, celui-ci continue de s’occuper des bêtes, etc. ce qui aide sa fille à avancer sur le chemin de la réconciliation avec lui. Il n’y pas de leçon ici, il y a juste de l’intime et de l’humain. La dernière scène dans la voiture est hyper touchante.

“Lucy Loste Berset m’a profondément ému au casting”

Bulles de Culture : C’est aussi un téléfilm qui montre un autre aspect de vous, de vos habituels rôles de policier…

Nicolas Gob : En réalité, je suis bien plus proche de ce genre de rôles que des rôles de flics. La police ne m’intéresse pas particulièrement, je préfère les rôles où le personnage, qu’il soit policier, boucher ou autre, sert de tremplin pour explorer de l’humain.

Ce qui m’anime le plus, c’est d’aller chercher, tricoter l’humain dans la “dentelle” de ce qui nous anime. J’adore jouer dans L’art du crime par exemple, mais ce qui m’anime le plus, c’est de jouer des films de société, des films “humains” et des films qui sont traversés par un sentiment.

Bulles de Culture : Comment s’est effectué le choix de Lucy Loste Berset pour jouer Alice ?

Thierry Binisti : Nous avons longuement hésité à choisir une actrice plus âgée pour porter et incarner ce rôle de 16 ans. Ce qui nous a finalement convaincus, c’est que nous ne pouvions pas tricher avec la jeunesse du personnage. Son engagement, son amour pour l’animal et sa relation avec son père devaient être authentiques. Si on lui ajoutait deux ans de plus, le film devenait factice.

Pierre Sportolaro : Surtout que même si Alice a parfois des “aspérités” — Il y a des séquences où tu sens la genèse de la petite femme qu’elle sera — il fallait préserver ce côté conte avec l’amour de l’animal.

Thierry Binisti : D’ailleurs, la solitude d’un père face à une jeune fille, qui devient une femme, quand il n’y a pas de mère, c’est une vraie question. Comment élève-t-on une jeune fille qui est en train de devenir une femme, sans la maman ? Ce n’est jamais dit dans le film, mais on sent que leur incapacité à communiquer, c’est parce que lui ne trouve plus les mots et elle ne lui fait plus confiance.

Bulles de Culture : Un mot sur votre partenaire, Lucy Loste Berset, qui joue votre fille…

Nicolas Gob : Quand ils m’ont montré ses essais au casting, j’ai été profondément touché. Elle m’a bouleversé. Dès le casting, elle s’est emparée du sujet avec une telle intensité qu’on sentait qu’elle avait quelque chose à exprimer. Elle a utilisé ce rôle pour libérer toutes ses émotions, et cela m’a profondément ému.

“Il n’y pas de leçon ici, il y a juste de l’intime et de l’humain”

Bulles de Culture : Est-ce qu’il y a eu une scène particulière pour vous ?

Thierry Binisti : Comme je l’ai dit, c’est la scène finale qui me bouleverse profondément. Lorsque les films parviennent…

Cliquer pour afficher le spoiler sur la fin du téléfilm Le combat d'Alice

… à réparer un lien brisé, c’est ce que j’attends d’un film : qu’il me montre le chemin pour réparer un lien brisé. Et là, je sens que le lien se retisse et cela me remplit de bonheur, de joie et d’émotion.

Nicolas Gob : Moi aussi. Pourtant, Lucy Loste Berset a mis un point d’honneur à réussir sa scène dans la forêt où elle dit tout. Elle avait mis une vraie intention là-dessus. La scène est super et elle y est extraordinaire, mais ce n’est pas celle qu’on retient. En vrai, c’est celle de la bagnole, qui est une scène qu’on n’attend pas, qui est plus simple…

Bulles de Culture : Pour conclure, un mot sur la musique originale d’Olly Gorman

Thierry Binisti : J’aimais bien cette touche qu’il pouvait apporter au film, avec une sonorité rappelant un peu Liverpool. Ses chansons apportent une distance au film, qui permet d’éviter le pléonasme des compositeurs de musique de film plus classiques. Il permet de prendre un peu de hauteur.

Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?

  • Le titre initial était Le sanctuaire.
  • Le tournage a eu lieu en 2024 en Auvergne-Rhône-Alpes, dans les départements du Rhône (Chaussan, Lyon, Messmy, Meyzeu, Mornant, Saint-Martin-en-Haut, Thurins, Yzeron) et de l’Ain (Miribel).
  • La distribution comprend aussi Véronique Frumy (vue dans la série Nos vies en l’air), Jérémy Barrière et Jacques Chambon.
  • Le film a été projeté en compétition officielle au Festival de la Fiction de la Rochelle 2024 et hors compétition au Luchon Festival 2025.
  • Initialement prévue le mercredi 26 mars 2025, la diffusion de cette fiction unitaire avait finalement été reportée au profit d’une interview du président ukrainien Volodymyr Zelensky

En savoir plus

  • Le combat d’Alice est diffusé sur France 2 le mercredi 21 mai 2025 à 21h10
  • Le téléfilm est proposé en streaming gratuit et en replay gratuit sur France.tv
Jean-Christophe Nurbel

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