Le Jury Jeune du Festival International du Film Politique de Carcassonne offre une expérience unique à des collégiens passionnés de cinéma. Chaque année, quatorze élèves issus de deux collèges de la ville sont sélectionnés pour former un jury, accompagnés par une personnalité du monde du cinéma. Cette année, c’est la comédienne Suzanne Jouannet, révélée dans le film “La voie royale“, qui a endossé le rôle de marraine. Le jury a eu la responsabilité de visionner trois films de la sélection scolaire : “Poumon Vert et Tapis Rouge“, “Olympe, une femme dans la révolution” et “Louise Violet“. Au terme de leurs délibérations, c’est le film “Louise Violet” d’Eric Besnard qui a remporté leurs faveurs. Bulles de Culture a rencontré Suzanne Jouannet pour évoquer cette expérience enrichissante et discuter de sa vision du cinéma politique.
Suzanne Jouannet – « Je pense qu’un film politique peut exprimer une opinion, mais il peut aussi éveiller les consciences, ouvrir de nouvelles perspectives »
Bulles de Culture : En acceptant d’être la marraine du jury jeune du Festival International du Film Politique de Carcassonne, avez-vous repensé à un dispositif similaire pendant vos études qui aurait pu vous donner envie de devenir comédienne ?
Suzanne Jouannet : Non, pas du tout. Je n’ai pas eu cette chance. C’est une opportunité incroyable d’avoir accès à un tel dispositif, qui peut faire germer des vocations très tôt. J’ai souhaité exercer ce métier assez jeune, mais je trouve formidable de pouvoir voir des films et d’endosser le rôle de juge.
BdC : Comment est née cette envie de devenir comédienne, de faire du théâtre puis du cinéma ?
Suzanne Jouannet : Il y a mille et une raisons, et aucune à la fois. Je pense que c’est une combinaison de facteurs. Ma sœur faisait du théâtre, et j’avais envie de l’imiter. Mais c’était une activité comme les autres. Ce qui a été déterminant, c’est d’avoir assisté à une pièce jouée par des jeunes dans une école. Plutôt que de se tourner vers une pièce classique, j’ai vu ces jeunes interpréter un texte de Dostoïevski. J’ai trouvé cela incroyable et je me suis dit qu’on pouvait faire ça en parallèle de l’école, où je m’ennuyais beaucoup. J’y ai vu une porte de sortie et une véritable passion. Ma vocation est montée petit à petit, nourrie par des rencontres et des encouragements. Mais c’est sur le tard que je me suis lancée.
BdC : Aviez-vous déjà vu les films en compétition pour le Prix du Jury Jeune ?
Suzanne Jouannet : Non, je les ai découverts pour le festival. J’étais ravie de découvrir ces films, que je n’aurais peut-être pas vus sans cela.
BdC : Comment avez-vous échangé ensuite avec les élèves ?
Suzanne Jouannet : C’était formidable ! Ils étaient tous très motivés, ce qui a rendu les échanges très simples. J’appréhendais un peu, en me disant que certains n’auraient peut-être pas envie d’être là. Mais ils étaient investis, avec des idées plein la tête et des domaines politiques qui leur tenaient à cœur, ce qui m’a beaucoup surprise. Certains étaient sensibles à l’écologie, d’autres à la place des femmes. J’étais ravie de voir qu’ils avaient leur mot à dire dans le débat politique.
BdC : Y a-t-il des thématiques qui sont revenues lors de vos discussions, et qui vous semblent particulièrement importantes pour cette jeunesse ?
Suzanne Jouannet : La place des femmes et l’écologie. Bien sûr, c’était lié aux films présentés, mais ces sujets revenaient constamment. Ils ont beaucoup parlé de la planète, de la pollution et de la déforestation. La place des femmes était également très importante, aussi bien pour les filles que pour les garçons. Je sentais que c’était un sujet qui les touchait et qui suscitait beaucoup d’émotion.
BdC : En tant que jeune actrice, percevez-vous une évolution dans l’attention portée à ces sujets par rapport à votre propre génération ?
Suzanne Jouannet : Oui, ces sujets sont beaucoup plus centraux pour eux qu’ils ne l’étaient pour moi. Ils font partie de leur quotidien. Me retrouver dans cette position, face à eux, a créé une forme de transmission que je n’avais jamais connue auparavant. Je n’ai pas de petit frère ou de petite sœur, et je n’ai jamais enseigné. J’ai beaucoup aimé ce rôle.

BdC : Qu’est-ce que cela représente pour eux, selon vous, d’être jurés ?
Suzanne Jouannet : Je pense qu’ils ont adoré l’expérience et qu’ils ont envie de la renouveler. Cela leur a permis de rater les cours de maths, ce qui n’est jamais désagréable [rires]. Plus sérieusement, cela leur a permis de découvrir un festival, son ampleur, de voir des films et de se sentir considérés. Ils avaient un véritable impact sur le choix final, bien plus que moi en tant que marraine. Mon rôle était de les guider et d’échanger avec eux. Ils étaient très contents, passionnés par les films et investis dans leur mission.
BdC : Leur choix s’est porté sur le « Louise Violet » d’Eric Besnard. Quelles ont été leurs motivations ?
Suzanne Jouannet : Ils ont aimé tous les films, mais « Louise Violet » était le dernier qu’ils ont vu. Ils ont considéré que c’était le film le plus complet, le plus abouti cinématographiquement parlant. La mise en scène était plus proche de leurs références cinématographiques que les autres films. Il y avait plus d’action, plus d’humour, et surtout, le film abordait des sujets qui leur tenaient à cœur. Ils ont aimé le personnage de Louise Violet, une femme qui n’abandonne jamais, ce qui était très important pour eux. Le film évoquait également la condition des paysans et de leurs enfants, qui rêvent d’apprendre alors que les jeunes, eux, révéraient de sécher l’école. Le film leur a permis de réaliser la chance qu’ils avaient. Le thème de l’éducation et le personnage de l’institutrice ont également joué un rôle dans leur choix.
BdC : Pourquoi avoir accepté ce rôle de marraine ?
Suzanne Jouannet : C’était une nouvelle expérience pour moi. Le festival me tentait, et j’en avais entendu beaucoup de bien par l’ancienne marraine, Capucine Valmary, qui est une amie. J’aimais l’idée d’un festival politique, que je trouvais très intéressant. La fonction de marraine me plaisait. Je trouvais formidable de pouvoir accompagner ces jeunes, non pas comme un mentor ou une mère, mais plutôt comme une sœur, car nous n’avons pas une grande différence d’âge. Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir leur apporter, mais finalement, nous avions beaucoup de choses à partager. J’ai adoré cette position.
BdC : La conception d’un film politique est intéressante car il ne faut pas confondre un film qui véhicule une opinion politique avec un film politique au sens propre du terme. « Louise Violet » est un film politique, même s’il ne défend pas un parti ou une idéologie. Partagez-vous cette vision du film politique ?
Suzanne Jouannet : Je pense qu’un film politique peut exprimer une opinion, mais il peut aussi éveiller les consciences, ouvrir de nouvelles perspectives, aborder des sujets de société méconnus, nous apprendre des choses sur le monde et sur la manière dont on peut vivre ensemble. Il n’est pas forcément question de politique au sens strict du terme.
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