Dernière mise à jour : juin 2nd, 2025 à 09:45 pm
Huit ans après Petit Paysan, Hubert Charuel revient sur ses terres avec Météors. Avec sa co-scénariste fidèle, Claude Le Pape, ils signent ensemble un film d’une gravité contenue, intime et politique, sur la dépendance, la fidélité et les territoires en souffrance. Une œuvre sombre mais traversée d’une humanité têtue, comme ces étoiles filantes qui, avant de s’éteindre, laissent derrière elles une traînée de lumière.
« Daniel, c’est un météore. Il brûle en faisant de la lumière. » Cette image, livrée par Claude Le Pape, co-réalisatrice de Météors, éclaire à elle seule toute l’intention du film : suivre des trajectoires instables, lumineuses, mais condamnées à l’impact. C’est autour de cette question simple et terrible – « Peut-on empêcher la chute de quelqu’un ? » – qu’Hubert Charuel et Claude Le Pape ont construit leur deuxième collaboration au long cours, huit ans après le remarqué Petit Paysan.
Météors, c’est l’histoire de trois amis d’enfance dans une ville moyenne de la diagonale du vide, Saint-Dizier. Tony, chef d’entreprise, semble avoir réussi. Mika et Dan, eux, végètent entre petits boulots, apéros quotidiens et rêves sans suite. Une nuit, tout bascule. Le coma éthylique de Dan agit comme un électrochoc pour Mika, qui décide de l’aider à décrocher. « Ce film, c’est une tentative de sauver quelqu’un de fictif, faute d’avoir pu sauver quelqu’un de réel », confie Claude Le Pape. À l’écran, cette tentative est traversée d’élans sincères, d’impuissances douloureuses, d’espoirs ténus.

Le film évite les clichés du drame social. Il ne filme ni corps ravagés ni scènes de déchéance. « On ne voulait pas d’un portrait misérabiliste de l’alcoolisme », explique Hubert Charuel. « Ça ne se voit pas toujours, une dépendance. C’est aussi ça, le problème : on vit avec, à côté, sans la voir. » C’est d’ailleurs la position choisie : non pas celle du personnage dépendant, Daniel, mais de Mika, son ami, qui assiste, tente, échoue, recommence. Un point de vue rare, éthique, assumé. « On ne sait pas ce que pense Daniel. En revanche, on sait très bien ce qu’on ressent quand on est à côté, qu’on assiste impuissant. »
Au cœur de cette relation, il y a aussi le territoire. Et chez Hubert Charuel, le territoire n’est jamais un simple décor. C’est une mémoire, un poids, une empreinte. Le film se déploie dans l’Est français, entre Saint-Dizier et les forêts où l’on enfouit, en silence, des déchets nucléaires. « J’ai grandi là, au milieu de tout ça, sans même m’en rendre compte », raconte le réalisateur. « C’est en partant que j’ai compris. Et encore aujourd’hui, on ne les voit pas, ces poubelles nucléaires. Elles sont cachées, enterrées à 500 mètres. Comme les dépendances. »

Cette contamination invisible devient la métaphore du film. Le territoire est intoxiqué, les personnages aussi. Une résignation collective flotte dans l’air. « L’argent du nucléaire a permis de rénover la ville, d’ouvrir des commerces. Mais est-ce que ça améliore vraiment la vie des gens ? » interroge Claude Le Pape. « Il y a une forme d’empoisonnement accepté, volontaire. Comme quand on boit pour tenir la journée. »
Malgré tout, Météors n’est pas un film de désespoir. Il y circule une chaleur, une loyauté silencieuse, une pudeur précieuse. Le casting y est pour beaucoup : Paul Kircher, Idir Azougli et Salif Cissé forment un trio aussi dissonant qu’attachant. « On a mis du temps à les trouver, mais une fois qu’ils étaient ensemble, c’était une évidence », se souvient Charuel. « Ils avaient cette vérité, ce mélange de fragilité et de droiture. »
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