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little jaffna de lawrence valin image (c) guy ferrandis
Lawrence Valin dans le film "Little Jaffna" de Lawrence Valin © Guy Ferrandis

Interview / Little Jaffna – rencontre avec le réalisateur et acteur Lawrence Valin : “Je ne voulais pas attendre qu’on me donne ma chance

Acteur de formation, Lawrence Valin a sorti au cinéma le 30 avril prochain, Little Jaffna, son premier long métrage, qu’il réalise et interprète. Thriller d’infiltration ancré dans le quartier tamoul du nord parisien, le film mêle tension urbaine, quête identitaire et mémoire d’un conflit oublié. Avec une mise en scène nerveuse et stylisée, le cinéaste signe une œuvre personnelle et politique, portée par l’urgence de raconter son histoire — et celle d’une communauté trop souvent invisible.

Bulles de Culture : Vous signez Little Jaffna en tant que réalisateur et acteur principal. Comment vous est venue l’envie de porter ce projet de bout en bout ?

Lawrence Valin : Le déclic, ça a été le jeu. Je suis comédien avant tout. Le besoin de jouer, c’était mon moteur principal. Je ne voulais ni être réalisateur, ni scénariste à la base. Mais après plus de dix ans à attendre un rôle marquant sans succès, je me suis dit : « Pourquoi attendre ? » J’ai compris qu’il fallait me créer ma propre opportunité. J’ai donc commencé à écrire, à me former, à suivre des masterclass, notamment avec John Truby. Puis, j’ai été accepté à la Résidence de la Fémis, où j’ai réalisé mon court métrage Little Jaffna. C’est là que tout a démarré.

Bulles de Culture: Et de là, vous avez enchaîné vers le long métrage ?

Lawrence Valin : Après mon court, qui a été primé à Clermont-Ferrand, j’ai eu des propositions. Mais je voulais encore apprendre. Ce n’est qu’après un deuxième court, plus long et plus ambitieux, que je me suis dit : « Ok, maintenant, je suis prêt. »

Bulles de Culture : Le film mêle l’action avec un style très auteur. Était-ce une volonté dès le départ ?

Lawrence Valin : Complètement. J’aime les films qui mélangent le spectacle et la profondeur. Pour moi, Little Jaffna, c’est un « blockbuster d’auteur ». Je voulais parler du conflit au Sri Lanka, de l’identité, mais avec les codes du cinéma populaire, celui qui m’a formé. Le tout en assumant des effets de style : ralentis, ruptures de ton… Dès le début du film, j’annonce la couleur. On passe d’un cadre très documentaire à une esthétique ultra-cinématographique. L’idée, c’est de dire au spectateur : « Laisse-toi porter. »

Bulles de Culture : Vous abordez un conflit méconnu en France, celui entre le gouvernement sri-lankais et les Tamouls. Pourquoi ce choix ?

Lawrence Valin : C’est une guerre de trente ans, achevée en 2009, mais dont les répercussions continuent. Je n’ai pas grandi là-bas, donc je ne voulais pas parler à la place de. Mais je peux parler de ce que ce conflit provoque ici, en France, dans nos familles, dans les identités. C’est un film sur les échos d’une guerre lointaine, vécus de près.

Bulles de Culture : Et justement, vous incarnez ce tiraillement dans votre personnage. Est-ce que c’est aussi le vôtre ?

Lawrence Valin : Complètement. J’ai toujours ressenti cette double appartenance. Je suis français, mais on m’a renvoyé une autre image. Et j’ai voulu comprendre, assumer, puis transformer ça en force. Mon personnage effectue ce chemin-là : jongler entre deux identités sans avoir à choisir. Ce n’est pas un parcours figé.

Bulles de Culture : Vous avez également travaillé avec un coach pour ce rôle. Pourquoi ce choix, alors que vous êtes vous-même acteur expérimenté ?

Lawrence Valin :
Parce que quand on joue et qu’on réalise, on a besoin d’un miroir. Moi, sur le plateau, je ne suis pas Lawrence, je suis mon personnage. Et j’ai besoin d’un regard extérieur pour évaluer mon jeu. C’est là que mon coach, Larbi Oubaida, entre en jeu. Il me suit depuis mes débuts, on a une confiance mutuelle totale qui s’est installée. Je suis très exigeant avec moi-même. D’ailleurs, au montage, je suis le plus dur avec mes propres scènes. Je veux que ce soit irréprochable.

Bulles de Culture : Le film aborde aussi la question de la représentation. Est-ce que c’était un moteur pour vous ?

Lawrence Valin : Énormément. Plus jeune, je manquais de modèles. Quand on ne voit personne qui nous ressemble à l’écran, c’est dur de se sentir légitime. Je voulais faire un film français, avec des visages comme le mien, avec nos histoires. Et affirmer que ce film est pleinement un film français. Ce n’est pas parce qu’on est issus de l’immigration qu’on doit être cantonnés à un sous-genre. Ce film, j’ai pu le faire ici, en France, et j’en suis fier.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 30/04/2025
  • Distribution France : Zinc Films
Antoine Corte

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