Avec “Le Dossier Maldoror”, dans les salles le 15 janvier, Fabrice Du Welz plonge dans les zones d’ombre de l’affaire Dutroux à travers une fiction à la fois sombre et poignante. En compagnie d’Anthony Bajon, qui incarne un jeune gendarme obsédé par l’affaire, le réalisateur explore les méandres du mal. Rencontre avec les deux artistes.
Interview : « L’affaire Dutroux est une affaire complexe et douloureuse » (Fabrice Du Welz)
Bulles de Culture : Pourquoi avoir intitulé le film « Dossier Maldoror » ?
Fabrice Du Welz : Cela vient des “Chants de Maldoror” écrit sous le pseudo Lautréamont, un recueil de poésie qui a beaucoup compté pour moi durant mon adolescence. J’étais fasciné par la vie de son auteur, Isidore Ducasse, ce jeune homme mort à seulement 24 ans. Les thématiques des “Chants”, notamment leur réflexion sur le mal, ont résonné avec celles que je voulais explorer dans le film. Par ailleurs, l’”Opération Othello”, mise en place durant l’affaire Dutroux par les gendarmes, m’a inspiré ce rapprochement littéraire.
Bulles de Culture : Vous abordez l’affaire Dutroux à travers le regard d’un jeune gendarme. Pourquoi avoir choisi cet angle ?
Fabrice Du Welz : Ce choix me permettait d’être moralement irréprochable. L’affaire Dutroux est une affaire complexe et douloureuse, et il était crucial d’adopter une perspective respectueuse. En plaçant un jeune gendarme au centre, je pouvais confronter l’innocence à un monde gangrené par la corruption et le chaos. Cette dynamique m’intéressait. C’était aussi une manière d’emmener le spectateur, notamment les plus jeunes qui connaissent peu ou pas cette affaire, dans les méandres de l’histoire.

Bulles de Culture : Anthony, comment avez-vous rejoint ce projet ?
Anthony Bajon : Fabrice m’a contacté via Manuel Chiche, le producteur. Fabrice m’a parlé de son film et j’ai tout de suite été conquis. Je ne connaissais pas tous les détails de l’affaire Dutroux, mais j’ai apprécié la manière dont Fabrice souhaitait traiter le sujet. Très rapidement, on a été sur la même longueur d’onde.
Bulles de Culture : Votre personnage semble être animé par des obsessions profondes. Comment avez-vous travaillé sur cet aspect ?
Anthony Bajon : Avec Fabrice, on a imaginé l’histoire personnelle de mon personnage. Son obsession grandit au fil du film, à mesure qu’il s’enfonce dans l’affaire. Il perd beaucoup — son épouse, son enfant, son uniforme — mais il garde son intégrité. Cette spirale l’entraîne à ne jamais abandonner, malgré tout.
Bulles de Culture : Fabrice, bien que votre film évoque l’affaire Dutroux, il s’éloigne de la réalité pour s’inscrire dans une fiction. Pourquoi ce choix ?
Fabrice Du Welz : Si j’avais voulu être factuel, j’aurais réalisé un documentaire. Ce qui m’intéressait, c’était la puissance de la fiction pour transcender une tragédie. La fiction permet de toucher des émotions profondes et d’ouvrir une compréhension plus universelle des événements. Je voulais que “Maldoror” soit un film de fiction à part entière.

Bulles de Culture : Qu’est-ce que l’ambiance de la ville de Charleroi, lieu du tournage et de l’intrigue, a apporté à votre travail ?
Anthony Bajon : À Charleroi, on ressent l’empreinte du passé. Cette précarité et cette douleur silencieuse, je les connaissais déjà, mais être sur place a confirmé l’atmosphère que Fabrice voulait transmettre. Cela m’a aidé à ancrer mon personnage dans son environnement.
Fabrice Du Welz : Charleroi est liée à l’affaire Dutroux, mais c’est aussi une ville chargée d’histoire et de contrastes. Au XIXe siècle, elle était l’une des plus riches du monde. Aujourd’hui, elle porte les stigmates de sa chute, mais sa population reste chaleureuse et bienveillante. Ce cadre offrait une richesse à la fois esthétique et émotionnelle pour le film.
Bulles de Culture : Comment l’affaire Dutroux continue-t-elle d’imprégner fortement la Belgique ?
Fabrice Du Welz : Le traumatisme est profond. L’affaire a ébranlé la société belge, et ses conséquences continuent de se faire sentir. Il y a une honte latente, un silence qui persiste. Mon film tente de revenir sur ces événements pour, peut-être, apaiser une partie de cette douleur collective.
Bulles de Culture : Anthony, comment avez-vous travaillé pour représenter un personnage sur plusieurs années ?
Anthony Bajon : C’est un défi, surtout quand on ne tourne pas dans l’ordre chronologique. Physiquement, on joue sur des détails — la coupe de cheveux, les costumes — mais le vrai travail se situe dans l’évolution émotionnelle. Avec le temps, un personnage perd de sa fraîcheur, gagne en lourdeur. Cela se reflète dans les regards, les silences, la posture. Chaque scène doit traduire cette transformation.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 15/01/2025
- Distribution France : The Jokers
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