L’exposition « Trésors sauvés de Gaza – 5000 ans d’histoire », visible depuis le mois d’avril à l’Institut du monde arabe (IMA), donne à voir une sélection rare de vestiges archéologiques issus de la bande de Gaza. Pour la première fois, 130 objets, mis à l’abri à Genève depuis plus d’une décennie, sont présentés au public français. Leur présence à Paris tient autant à leur valeur historique qu’à leur survie : ces artefacts ont été préservés de justesse, loin d’un territoire aujourd’hui largement détruit.
Les pièces rassemblées à l’IMA ont été découvertes à Gaza au fil de plusieurs campagnes archéologiques menées depuis les années 1990, notamment par des équipes franco-palestiniennes. Certaines proviennent de fouilles organisées avec le soutien de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. D’autres appartiennent à la collection privée de l’entrepreneur et amateur d’art Jawdat Khoudary, qui avait fondé, en 2008, un musée sur les ruines antiques du site de Blakhiyah, à l’ouest de la ville de Gaza.
Ce musée a été détruit début 2024 lors d’un bombardement. Mais une partie significative de la collection avait été expédiée à Genève dès 2007, dans le cadre d’un prêt au Musée d’art et d’histoire (MAH), devenu entre-temps le gardien de ce patrimoine empêché de retour. À mesure que la situation dans la bande de Gaza se détériorait, ce dépôt provisoire s’est mué en refuge permanent. L’exposition actuelle est le fruit d’une collaboration entre l’IMA, le MAH, le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités, et la Direction des antiquités de Gaza.
Le parcours, organisé selon une trame chronologique, s’étend de l’Âge du bronze ancien au début du XXᵉ siècle. Il met en lumière la continuité d’occupation d’un territoire souvent réduit à ses conflits récents, mais dont la richesse archéologique témoigne d’une histoire longue, dense, et largement méconnue.
Amphores destinées au commerce du vin, lampes à huile romaines aux décors parfois figuratifs, figurines féminines en terre cuite, stèles funéraires, éléments architecturaux, bijoux et outils forment le socle de cette exposition. À travers ces objets, ce sont les grandes civilisations de la région — cananéenne, égyptienne, grecque, romaine, byzantine, islamique, ottomane — qui redeviennent visibles.

Deux œuvres majeures rythment le parcours. D’abord, une mosaïque byzantine du VIᵉ siècle, mise au jour dans le quartier de Dayr al-Balah. Ornée de motifs animaliers et végétaux, elle provient du sol d’une église disparue. Ensuite, une statue d’Aphrodite en marbre blanc, datée de l’époque hellénistique et repêchée par un pêcheur au large de Gaza. Ces pièces sont accompagnées d’un trésor monétaire composé de 17 000 pièces d’argent, d’un vase en albâtre orné de lotus, et d’une stèle funéraire de 1917, conçue à partir d’un fût de colonne byzantine.
Conçue par les architectes Elias et Yousef Anastas, la scénographie adopte une esthétique sobre et mobile. Les objets sont présentés sur des structures métalliques montées sur roulettes, sans mise en scène spectaculaire. L’éclairage est diffus, les dispositifs explicatifs limités à l’essentiel. Ce choix de neutralité met l’accent sur les objets eux-mêmes, sans hiérarchisation, ni dramatisation.

Dans une seconde salle, l’exposition aborde l’actualité récente du patrimoine gazaoui. Des cartes, des photographies et des images satellites documentent les destructions intervenues depuis octobre 2023. Selon une évaluation de l’UNESCO, 76 sites culturels ont été endommagés ou détruits à Gaza. Parmi eux figurent le palais du Pacha, l’église Saint-Porphyre, la mosquée al-Omari ou encore le musée de Gaza, lui-même gravement touché.
Le monastère Saint-Hilarion, un site byzantin situé au sud de la bande de Gaza, a été inscrit en urgence sur la Liste du patrimoine mondial en péril début 2025.
Loin de tout commentaire politique, l’exposition privilégie une approche documentaire et patrimoniale. Elle entend rappeler que Gaza fut un carrefour culturel majeur pendant des millénaires. Son objectif affiché : montrer ce qui a été sauvegardé, sans masquer ce qui a été perdu.
Pour le président de l’IMA Jack Lang, l’initiative relève d’un « acte de résistance culturelle ». Elle permet aussi, par la médiation du musée, de redonner une visibilité à un patrimoine que la guerre et l’oubli menacent tout autant.
En savoir plus
– Exposition “Trésors sauvés de Gaza – 5000 ans d’histoire”
Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5ᵉ
Du 16 avril au 2 novembre 2025
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Fermé le lundi.
Billetterie en ligne : www.imarabe.org
– Catalogue de l’exposition
Trésors sauvés de Gaza, éd. Hazan / Institut du monde arabe, 2025, 192 pages, 35 €.
– À lire aussi :
• Un patrimoine en péril : le rapport de l’UNESCO sur Gaza (février 2025)
• Le site du Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH)
• Présentation du projet par Elias & Yousef Anastas, architectes de l’exposition
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