Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
nothing compares dinard documentaire
© Showtime

Dinard 2022 / « Nothing Compares », le documentaire choc sur Sinéad O’Connor

Dernière mise à jour : octobre 5th, 2022 at 02:17

Le Dinard Festival du Film Britannique 2022 a présenté le documentaire choc de Showtime, Nothing Compares, sur l’ascension fulgurante puis la descente aux enfers de la chanteuse irlandaise Sinéad O’Connor. Le film réalisé par Kathryn Ferguson explique a posteriori les choix controversés de la chanteuse qui ont mis un coup d’arrêt brutal au succès de sa carrière. 

Nothing Compares : Sinéad O’Connor entre 1986 et 1993

Pour la génération Bod Dylan, Sinéad O’Connor est la chanteuse populaire du début des années 90 connue pour son titre phare écrit par le chanteur Prince, Nothing Compares 2 U. Chanteuse iconique en tête de tous les charts mondiaux, elle disparait subitement des écrans après une performance controversée dans l’émission Saturday Night Live dans laquelle elle déchire une photo du pape Jean-Paul II en affirmant qu’il représentait « l’ennemi ». Les médias font alors disparaitre des radars cette musicienne torturée, si bien qu’on ne connaissait peu les raisons de ce geste radical.

Nothing Compares, qui revient sur la vie de la chanteuse entre 1986 et 1993, permet de découvrir la personnalité fascinante de l’interprète de Mandinka. Le film montre également l’avant-gardisme de l’artiste, se battant pour l’avancée des causes sociales en Irlande, telles que le droit des femmes ou l’égalité raciale. Ces luttes, dont Sinéad O’Connor était précurseur, sont aujourd’hui soutenues par de grandes personnalités médiatiques comme Pussy Riot, Lady Gaga ou Billie Eilish.

La voix de Sinéad O’Connor accompagne le documentaire pour commenter son parcours. La chanteuse confie avoir débuté la musique à la place de voir un psychologue. Lors de son ascension, le public ne connait que son côté rebelle lorsqu’elle était présentée par la presse comme une adolescente perturbée qui a dû changer plusieurs fois d’écoles. Pourtant, derrière son obsession pour Bob Dylan et sa voix hors du commun se cachent en réalité la douleur d’une mère violente. Celle-ci battait son enfant. Seule la voix meurtrie de Sinéad O’Connor pouvait parfois apaiser sa génitrice de ses accès de colère.

C’est quand elle est envoyée dans un centre de rééducation que la chanteuse prend goût à la musique grâce à une professeure de guitare. Arrivée à Londres, la jeune adulte prend contact avec groupe et commence à jouer dans les bars. Elle se fait vite repérer avec cette voix cathartique dont il est dit dans le documentaire « qu’elle passait d’un octave à l’autre, d’un murmure à un hurlement« . L’agent de U2 la prend sous son aile pour l’accompagner sur son premier album The Lion and the Cobra. 

Là où la maison de disque l’attendait avec les cheveux longs et jupes courtes, la chanteuse irlandaise se rase la tête en hommage à sa ville natale où on préférait se battre durant les concerts qu’écouter tranquillement de la pop formatée. En parallèle de la sortie de son premier opus, Sinéad O’Connor tombe enceinte. Une catastrophe pour ses producteurs qui lui ont demandé d’avorter pour ne pas que sa grossesse ait un impact sur les investissements réalisés pour le lancement de son album. L’artiste refuse bien évidemment et s’émancipe de ces contraintes matérialistes.

Sur son premier album, la chanson Troy revient sur les sévices qu’elle a subi de sa mère. L’artiste évoque la période où cette dernière la faisait vivre plusieurs jours dans le jardin sans pouvoir gagner la maison. Sinéad O’Connor prend alors son envol et commence à s’engager pour le droit des femmes en jouant dans le film, Hush-a-Bye Baby, pro-avortement, sorti alors que la femme n’avait même pas le droit à la contraception dans une société irlandaise puritaine et religieuse.

Les désamours entre le public et la chanteuse

Avec son deuxième album I Do Not Want What I Haven’t Got , le succès arrive grâce notamment au titre Nothing Compares 2 U de Prince, numéro un des charts dans le monde entier. Dans le clip de ce tube, on y voit l’artiste pleurer avouant dans le documentaire que ses larmes sont pour sa mère.

En pleine tournée pour soutenir son album, le premier désamour entre la chanteuse et le public survient quand elle refuse que l’hymne américain soit diffusé avant son concert pour protester contre la censure musicale qui se développe sur les ondes outre-atlantique. Sinéad O’Connor se prend la vindicte populaire et la censure des radios. Puis, elle boycotte la cérémonie des Grammys awards en 1991 pour mettre en avant le manque d’engagement de l’industrie contre la guerre du Golfe. Elle devient la « diablesse » qu’il faut détruire pour le titres de presse, à l’image de ses CD qui sont jetés sur la place publique avant d’être écraser par un compresseur. Son intervention au Saturday Night Live met définitivement fin à sa carrière médiatique. Elle est bannie des studios et moquée par tous. Pourtant, son geste incompris est en réalité une volonté de rendre public les abus sexuels perpétrés par les prêtres contre des enfants, couverts à l’époque par l’Eglise et notamment par le pape Jean-Paul II au courant de ces sévices.

La pression médiatique finit par faire taire Sinéad O’Connor. Le documentaire montre néanmoins que son combat est aujourd’hui gagné. L’Irlande s’est enfin aboli de ses influences conservatrices néfastes, votant la loi pour l’avortement en 2018 (!!!) ou le mariage pour tous en 2012. Grâce à ce documentaire, le nom de Sinéad O’Connor est enfin blanchi et ses luttes désormais entendues.

Nothing Compares ne revient pas sur les difficultés rencontrées par la chanteuse depuis 1993, notamment ses multiples tentatives de suicide ou sa santé mentale défaillante. Les dernières images montrent à l’inverse une artiste aujourd’hui apaisée qui remercie son public en chanson de l’avoir écouté. Le documentaire ne diffuse pas non plus le titre emblématique de la chanteuse, Nothing Compares 2 U, les ayants droit de Prince ayant refusé son utilisation pour le long métrage. Néanmoins, son absence est d’autant plus forte que le poids de ce succès résonne dans la tête du spectateur à la fois comme une arme de destruction qui a précipité Sinéad O’Connor dans sa chute, mais également comme un emblème de la pugnacité à toute épreuve de la chanteuse .

En savoir plus :

Antoine Corte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.