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trois amies film photo 2024
Copyright Pascal Chantier

Critique / “Trois amies” (2024) d’Emmanuel Mouret

La sortie DVD le 6 mars 2025 des « Trois amies » d’Emmanuel Mouret est l’opportunité de redécouvrir cette enthousiasmante réalisation grand oublié de la cérémonie des Césars alors que les interprétations dans ce film choral sont éminemment savoureuses. Avec un sens de la mise en scène élégamment composé et des dialogues écrits avec une grande finesse d’esprit quant à l’approche psychologique des personnages, Emmanuel Mouret propose une réflexion passionnante sur l’amour et le désir de faire couple. La critique et l’avis sur le film

Synopsis :

Il était trois fois, trois histoires d’amour vécues par des amies complices à Lyon qui ne se disent pas toujours tout quant à leurs histoires d’amour et pour cause pour l’une d’elles.

Cet article vous ait proposé par Cédric Lépine

Depuis le début des années 2000 Emmanuel Mouret enchaîne les films autour des thématiques amoureuses dont il redistribue sans cesse les cartes tout en gardant les mêmes thématiques. Il en résulte autour de la filmographie qu’il développe au fil des années un monde particulièrement identifiable qu’il a pris confiance à développer avec ses équipes devant et derrière la caméra, de son public et encore de la critique. Il se situe en héritier à la fois de Marivaux, de Guitry, de Rohmer et de Woody Allen avec une pudeur dans l’approche des relations amoureuses qui fait sans cesse sortir ses personnages dans leur inscription sociologique contemporaine. Il s’agit en effet d’un environnement où les dynamiques des conflits sociaux n’ont pas besoin d’être reflétées, dans un refus absolu de la modernité pour mieux se laisser irriguer par les époques de l’amour courtois non révolues. Morale et conscience de l’autre s’invitent ainsi dans les problématiques des personnages les amenant à se construire où la pensé raisonnante vient tout de suite questionner dans un dialogue ouvert l’attraction physique.

Comme en témoigne de manière concise et explicite ce nouveau film, ce sont trois visions de l’amour qui sont vécues par des femmes liées entre elles par l’amitié. Comment l’amour dans un couple sans passion réciproque peut-il être le terreau épanouissant des individualités ? Telle est l’une des questions morales du personnage incarné par India Hair qui va lancer la première intrigue. Les hommes sont quant à eux ici des personnages secondaires, faire valoir élégants des premiers rôles même si le narrateur en voix off est le fantôme d’un personnage masculin disparu, qui met en scène son récit en véritable alter ego du metteur en scène. Les personnages sont très finement écrits avec des dialogues savoureux dans chacune des scènes rendant encore plus délicieuses les explorations des sentiments avec la confrontation entre les idéaux et la réalité pragmatique de la complexité du cœur. Les liens se font et se défont tout au long du film en fonction des disponibilités et des croyances du cœur avec des synchronicités sans cesse en mouvement, ce qui offre un véritable ballet des émotions entre les personnages. Cela aboutit également à des drames sans pour autant que ceux-ci viennent assombrir le tableau impressionniste d’un récit qui s’installe parmi les couleurs de l’automne à Lyon.

Emmanuel Mouret connaît également le grammaire cinématographique sur le bout des doigts avec des cadrages et des mouvements de caméra qui viennent sans cesse rappeler le positionnement des personnages et leurs interactions. Ainsi, les séquences filmées dans les appartements mettent en scène l’enfermement des personnages, notamment de la volonté de faire couple et donc foyer dans un projet qui ne se révèle pas partagé.

Les couples se font et se défont au fur et à mesure pour des raisons dont s’alimente largement l’intrigue tout en rappelant la manière dont les cœurs répondent à des spontanéités préétablies selon les histoires de vie de chacun. Le monde des professeur es permet ici d’ailleurs, en dehors d’une réalité contemporaine qui n’intéresse pas le cinéaste, de témoigner d’un cocon de personnages qui restent dans un entre-soi où l’accès à la maîtrise de la connaissance rassure alors que les mouvements du cœur les plongent dans une profonde vulnérabilité faute de contrôle et d’horizon de projections explicites.

Tout en mettant en avant le jeu lumineux à la psychologie introvertie d’une douce innocence tragique d’India Hair, Emmanuel Mouret fait vivre et les différentes figures de la féminité avec Camille Cotin et Sara Forestier, leurs fantasmes masculins qui témoignent tous d’une touchante vulnérabilité dans des interprétations qui concordent avec précision à une musique d’orchestre à l’harmonie saisissante.

En savoir plus :

Trois amies
d’Emmanuel Mouret

Avec : India Hair (Joan Belair), Camille Cottin (Alice), Sara Forestier (Rebecca Maillard), Damien Bonnard (Thomas Duval), Grégoire Ludig (Éric), Vincent Macaigne (Victor Harzouian), Éric Caravaca (Stéphane Leroi), Mathieu Metral (Martin), Hugues Perrot (Antonin), Laurent Roth (le CPE), Louise Vallas (Nina), Hanaé Alves (Héloïse), Philippe Chareyron (le proviseur), Laurent Crozet (le gendarme), Brice Fournier (l’agent immobilier), Louis Séguin (Léo), Pauline Andriot (la mère de Joan), Audrey Gomis, Jimmy Delourneaux, Aurore Ballerat, Maroussia Frolin, Sacha Niedermayer-Imbert, Thomas De la Teyssonnière, David Belmonte, Thibaut De Raymond Cahuzac
France – 2024.
Durée : 117 min
Sortie en salles (France) : 6 novembre 2024
Sortie France du DVD : 6 mars 2025
Format : 2,35 – Couleur
Langue : français – Sous-titres : français.
Éditeur : Pyramide

Bonus :
Entretien avec Emmanuel Mouret (10’)
4 scènes coupées (14’)
« Place aux vivants » : analyse du film par Louise Dumas, critique de cinéma (10’)

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