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Moonlight Distribution

Critique / “Sans pitié” (2026) de Julien Hosmalin

Avec Sans Pitié, Julien Hosmalin ne se contente pas de livrer un simple thriller urbain ; il orchestre une descente aux enfers d’une maîtrise formelle stupéfiante, confirmant qu’il est l’une des voix les plus singulières de la nouvelle garde française. La critique et l’avis de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Maria (Laura Sepul) élève seule ses deux fils, Ryan (Tewfik Jallab) et Dario (Adam Bessa). À eux trois ils tiennent le stand de tir dans une petite fête foraine. Après une balade en moto avec son grand frère, Dario disparait et reste introuvable. C’est seulement le lendemain qu’il réapparait blessé et muré dans le silence. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les deux frères se retrouvent. Dario a reconstruit sa vie au Canada, alors que Ryan est lui, resté à Ferris Wheel, vivant du stand et de petites combines. Dario redécouvre cette vie foraine, presque oubliée, et la famille qui la compose. Mais un soir, parmi l’entourage de Ryan, il se retrouve par hasard, face à l’un de ses ravisseurs. De ce jour, les deux frères doivent composer avec d’un côté la vengeance, et de l’autre, le pardon…

Sans pitié : une virée en apnée dans le monde des forains

Dès l’ouverture, le film impose une grammaire visuelle radicale. Loin du naturalisme grisâtre qui colle souvent à la peau du cinéma social hexagonal, Julien Hosmalin opte pour une esthétique de l’urgence, stylisée à l’extrême. La caméra, nerveuse mais jamais confuse, traque les corps dans une chorégraphie de l’enfermement. Chaque plan semble suinter la tension, baigné dans une photographie nocturne où les néons crades et les ombres portées dessinent un espace, aussi fascinant qu’oppressant.

C’est là toute la force du film : réussir l’alchimie périlleuse entre le cinéma de genre pur et dur et le drame intimiste. Si la mécanique du scénario est implacable, avançant avec la précision d’une horlogerie tragique, elle n’écrase jamais l’humanité de ses personnages. Au contraire, la mise en scène, en collant au plus près des visages et des regards, capture la détresse muette qui précède l’explosion de violence. Le réalisateur parvient à filmer la fatalité non pas comme un concept abstrait, mais comme une matière physique, presque palpable, qui alourdit l’air et les gestes.

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Moonlight Distribution

Il faut également saluer la direction d’acteurs, d’une intensité rare. Les interprètes ne jouent pas la peur ou la colère ; ils les incarnent organiquement. Cette performance viscérale donne au film son assise émotionnelle, transformant ce qui aurait pu n’être qu’un exercice de style brillant en une tragédie moderne poignante. On y lit la fracture sociale, non pas par de grands discours explicatifs, mais par l’énergie du désespoir qui traverse l’écran.

Notre avis ?

Sans Pitié est une œuvre qui frappe fort et juste. C’est un cinéma de l’impact, sec et sans fioritures, qui rappelle par moments la virtuosité sèche des frères Safdie, tout en conservant une identité profondément ancrée dans nos réalités territoriales.

En savoir plus :

  • Pour Cinéma
    • Date de sortie France : 14/01/2026
    • Distribution France : Moonlight Distribution
Antoine Corte

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