Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
put your soul on your hand and walk de sepideh farsi image film cinéma documentaire ACID Festival de Cannes 2025
Fatma Hassona dans le film documentaire "Put Your Soul on Your Hand and Walk" de Sepideh Farsi © Rêves d'Eau Productions

Critique / “Put your soul on your hand and walk”

Sorti en salles le 24 septembre 2025, Put Your Soul on Your Hand and Walk est l’écho fragile d’une voix réduite au silence. Présenté à l’ACID du Festival de Cannes 2025, le film de Sepideh Farsi s’appuie sur l’ultime correspondance vidéo avec Fatma Hassona, jeune photojournaliste palestinienne tuée à Gaza, pour transformer un dialogue intime en mémorial cinématographique. La critique et l’avis de Bulles de Culture.

Put Your Soul on Your Hand and Walk : un tombeau d’images pour une voix fauchée

Présenté à l’ACID du Festival de Cannes 2025, Put Your Soul on Your Hand and Walk retrace l’ultime correspondance entre la réalisatrice franco-iranienne Sepideh Farsi et Fatma Hassona, jeune photojournaliste palestinienne de 25 ans, recluse à Gaza. Pendant plus de deux cents jours, les deux femmes échangent via des appels vidéo, traversant ensemble, à distance, les tourments d’un territoire assiégé.

Le 16 avril 2025, la veille de l’annonce de la sélection du film à Cannes, Fatma est tuée lors d’une frappe aérienne israélienne. Réalisatrice iranienne exilée en France depuis quarante ans, Sepideh Farsi n’est pas novice dans l’art de documenter les zones grises de l’intime et du politique, comme en témoignent Tehran Without Permission (2009), immersion clandestine dans les rues de la capitale iranienne, ou La Sirène (2023), récit animé autour de la guerre Iran-Irak. Confrontée à l’impossibilité de pénétrer dans la bande de Gaza, elle imagine une solution alternative. En avril 2024, lors d’un séjour au Caire, un homme lui parle d’une « jeune, brillante et talentueuse photographe » restée dans l’enclave. De cette rencontre fortuite naît une correspondance bouleversante.

put your soul on your hand and walk de sepideh farsi image film cinéma documentaire ACID Festival de Cannes 2025
Fatma Hassona, Sepideh Farsi dans le film documentaire “Put Your Soul on Your Hand and Walk” de Sepideh Farsi © Rêves d’Eau Productions

Entre ces deux femmes que tout sépare — l’âge, la géographie, les conditions de vie — se tisse un fragile cordon ombilical numérique. La réalisatrice filme avec son téléphone les conversations vidéo tenues avec Fatma, entrecoupées de longues coupures de courant. L’approche formelle adoptée par Sepideh Farsi est d’une simplicité radicale : pas de voix off, pas de musique. Cette épure confère au film une sincérité brute, mais elle en accentue aussi les limites. La monotonie visuelle peut parfois lasser, en dépit des tentatives d’intégrer les photographies réalisées par Fatma, d’une saisissante beauté. Le grain numérique, les pixels qui se figent, les voix qui grésillent deviennent les métaphores concrètes d’un monde qui se délite. Pourtant, ce qui tient le film debout, c’est la présence lumineuse de Fatma Hassona. À l’écran, elle sourit, inlassablement, comme pour conjurer la violence qui l’entoure. Elle évoque les morts, les bombardements, les pénuries, sans jamais sombrer dans l’apitoiement.

Une dignité poignante émane de ses mots et de ses silences. « Je cherche à trouver de la vie dans cette mort », confie-t-elle, dans un anglais fragile, mais d’une poésie désarmante. On découvre aussi une artiste complète : photographe, poétesse, musicienne. Ses clichés ponctuent le film comme autant de cris muets : un fauteuil trônant au milieu des décombres, une main d’enfant émergeant des gravats, des ruelles balayées de lumière. À travers son regard, Gaza cesse d’être un simple théâtre de guerre pour redevenir un lieu habité. La fin tragique de Fatma confère au documentaire une portée que la réalisatrice n’avait pas anticipée. Le film devient un tombeau d’images pour une voix fauchée. « Elle aurait dû être parmi nous », dira Juliette Binoche lors de l’ouverture du Festival de Cannes. Le cinéma ne peut pas tout, mais il peut en tous cas faire durer ce qui aurait été effacé.

Notre avis ?

À travers une correspondance vidéo avec une jeune photojournaliste palestinienne recluse à Gaza, Sepideh Farsi signe un documentaire d’une sobriété radicale, devenu, après la mort tragique de sa protagoniste, un témoignage posthume.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 25/09/2025
  • Distribution France : New Story
Antoine Corte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *