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Critique / « Nomadland » (2020) : l’errance de l’âme

Nomadland de Chloé Zhao (The Rider, 2018), a été récompensé par 3 Oscars: meilleur film, meilleure réalisation et meilleure actrice. Mais ces trois statuettes sont-elles justifiées ? La critique et l’avis de Bulles de culture sur le film. 

Synopsis :

Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada où elle vivait, Fern décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. De vrais nomades incarnent les camarades et mentors de Fern et l’accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain.

De prime abord, Nomaldand semble à la croisée des chemins entre Out of Africa de Sydney Pollack et Into the wild (2008) de Sean Penn. Dans chacune de ces œuvres, les protagonistes vouent un véritable amour pour les étendues sauvages et sont pourvus d’un caractère indomptable, refusant le conformisme de leur société.
Dans Nomadland, la caméra de Chloé Zhao (The Rider, 2018) s’attarde sur une femme en perte de repère, Fern interprétée par l’actrice mutli-oscarisée Frances McDormand (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance, 2018 ; Moonrise Kingdom, 2012 ; Burn After Reading, 2008 ; Fargo, 1996).

Nomadland : en pleine évasion

Nomadland de Chloé Zhao image film cinéma
Photo Courtesy of Searchlight Pictures. © 2020 20th Century Studios All Rights Reserved

Le voyage est généralement perçu comme une quête vers la connaissance, une volonté de s’ouvrir à l’autre ou de contribuer au monde. L’odyssée entrepris par Fern incarne un désir de s’échapper de soi même, de fuir les vestiges de sa vie passée.

Le récit s’ouvre sur le départ de Fern, debout, face à son box. L’actrice trie ses affaires, sélectionne les plus utiles et les plus chargées en souvenirs pour en remplir son van. Une fois terminé, elle ne se peut se résoudre à se débarrasser du reste. Le passé sera lourd à transporter et guidera sa route.

Le parcours du personnage, empruntant les traits de Frances McDormand (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance, 2018 ; Moonrise Kingdom, 2012 ; Burn After Reading, 2008 ; Fargo, 1996), ressemble davantage à une transhumance où elle se déplace d’un petit boulot à un autre, au gré des saisons, afin d’obtenir l’argent suffisant à l’entretien de son van et ses besoins quotidiens. C’est une vie rude.

Elle fait partie des personnes que l’on ne voit pas. Celles que nos clics de souris commandent d’emballer nos achats dans les colis Amazon. Celles qui nettoient nos sanitaires, que l’on néglige ou que l’on ne croise jamais.
Ainsi Nomadland interroge. Cette vie itinérante est-elle réellement un choix ou est-ce l’issue intangible des ouvriers, à laquelle conduit notre univers capitaliste ?

L’interprétation

Nomadland de Chloé Zhao image film cinéma
Photo Courtesy of Searchlight Pictures. © 2020 20th Century Studios All Rights Reserved

L’errance favorise les entrevues avec d’autres Homo sapiens. Sa rencontre avec Dave, incarné par David Strathairn (Godzilla 2 – Roi des Monstres, 2019 ; Billions – saisons 4, 2019 ; American Pastoral, 2016) cristallise les causes de son périple et les rende ainsi plus éclatantes pour le spectateur. A cet instant, les véritables motifs de son départ se dessinent. L’horizon suivi, n’en était pas un.

Tandis que les étendues sauvages donnent la couleur au film, le jeu impeccable de Frances McDormand et David Strathairn lui donne sa substance. Subtilité et pureté sont véritablement le fil d’Ariane de cette œuvre.

C’est un véritable plaisir de retrouver les salles obscures, notamment pour cette poésie visuelle, belle et incisif à la fois. Mais j’imagine que vous n’aviez pas besoin de cette piqûre de rappel pour vous en souvenir.

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 09/06/2021
  • Distribution France : Searchlight Pictures
Pierre L.