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Critiques Cannes 2016 / « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach, « Ma Loute » de Bruno Dumont

Dernière mise à jour : mai 25th, 2021 at 04:27

Que ce soit Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) de Ken Loach ou Ma Loute de Bruno Dumont, on est sur des oppositions de classes sociales. On cultive nos différences et on méprise la personne qui ne vient pas du même milieu. Pour se raffermir, on n’oublie pas de ponctuer la soirée sur la terrasse du Palais du Festival au Mouton Cadet. Les avis et critiques films de Bulles de Culture.

Moi, Daniel Blake : une caricature réussie

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© Le Pacte

Synopsis :

Daniel Blake (Dave Johns) est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Son médecin lui a interdit de travailler mais les services sociaux lui donne l’obligation de rechercher un emploi sous peine de sanction. Daniel va croiser la route de Rachel (Hayle Squires), mère célibataire de deux enfants, prises dans l’engrenage des aberrations administratives de la Grande-Bretagne.

Ken Loach avait annoncé que Jimmy’s Hall (2014) serait son dernier film. Il n’a pas pu s’empêcher de continuer le cinéma pour revenir ce qu’il fait de mieux : Moi, Daniel Blake, un film résolument social.

Moi, Daniel Blake a cette particularité d’être terriblement émouvant. On y voit notamment Rachel allant jusqu’à la prostitution pour nourrir ses enfants, Daniel vendant ses effets personnels pour survivre. Les scènes sont extrêmement touchantes mais teintées d’un ton décalé, résolument comique. L’apprentissage de l’informatique par Daniel est atypique lorsque ce dernier croit qu’il faut mettre la souris sur l’écran pour faire bouger le curseur.

La performance de Dave Johns dans Moi, Daniel Blake est brillante, guidée par ses expériences dans le stand-up.

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© Le Pacte

Dans Moi, Daniel Blake, On apprend énormément du contexte social en Grande-Bretagne. On prend conscience que l’être peut être complètement abandonné. Ils ne sont que des chiffres sur un ordinateur. Raisonnement en capitaliste, l’administration doit faire baisser à tous prix les taux du chômage et refusant le plus possible l’accès à l’aide sociale aux administrés.

Cette satire extrêmement efficace est tout de même assez caricaturale. Ken Loach est dans l’excès dans Moi, Daniel Blake perdant un peu de crédibilité.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 26/10/2016
  • Distribution France : Le Pacte

Ma Loute : un beau n’importe quoi

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© Roger Arpajou

Synopsis :

Été 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L’improbable inspecteur Machin (Didier Despres) et son sagace Malfoy (Cyril Rigaux) (mal)mènent l’enquête. Ils se retrouvent bien malgré eux, au cœur d’une étrange et dévorante histoire d’amour entre Ma Loute (Brandon Lavieville), fils ainé d’une famille de pêcheurs aux mœurs bien particulières et Billie (Raph) de la famille Van Peteghem, riches bourgeois lillois décadents.

Bruno Dumont avait présenté sa série Le P’tit Quinquin au Festival de Cannes en 2014. Il revient en compétition officielle cette année avec le burlesque Ma Loute.

L’écriture du film est axée sur le thème de prédilection du cinéaste : la différence sociale entre deux mondes. Ici, il fait une peinture d’une famille bourgeoise excentrique de Lille qui vient passer ses vacances annuelles dans la Baie de Slack. Cependant, des mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L’inspecteur Machin est sur le coup.

Une très belle brochette de comédiens talentueux est à l’affiche de Ma Loute : Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valéria Bruni Tedeschi…. Ils sont d’un théâtral monumental. Surtout Juliette Binoche qui fait rire à l’excès avec ses mimiques délurées. Elle joue dans la caricature mais elle fait craquer les codes.

MA LOUTE.Photo R. Arpajou ∏ 3B_ref.ARP4139_RR
© Roger Arpajou

Avec Ma Loute, on prend une bonne dose de comédie. Parfois, c’est du grand n’importe quoi mais on aime tellement le bordel ! Le réalisateur n’hésite pas à jouer des préjugés, prenant les gens du Nord pour des attardés cannibales. On est dans une métaphore sociale trépidante.

La lumière de Ma Loute laisse croire au crépuscule. Les décors mettent en valeur une région riche et luxuriante. La maison de famille, inspirée de l’époque ptolémaïque, est un ovni architectural à l’image d’un film bien barré.

MA LOUTE.Photo R. Arpajou ∏ 3B_ref.ARP3201
© Roger Arpajou

On peut cependant reprocher à Ma Loute un gros défaut de montage, faisant apparaitre un film beaucoup trop long dont la fin aurait méritée d’être coupée.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 13/05/2016
  • Distribution France : Memento Films Distribution

Après toutes ces émotions, on prendrait bien un petit coup de Mouton Cadet pour se donner du courage pour la suite du festival… Mille excuses !

Antoine Corte

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