Dernière mise à jour : juin 2nd, 2025 à 09:44 pm
La 78ᵉ édition du Festival de Cannes s’est achevée samedi 24 mai, sur fond de tensions géopolitiques et de panne d’électricité régionale, en consacrant des œuvres qui conjuguent exigence artistique et engagement politique. Découvrez le palmarès et la palme d’or de ce Cannes 2025.
Qui a remporté la Palme d’or 2025 ?
La cérémonie de clôture, présidée par l’actrice Juliette Binoche, a distingué des cinéastes dont le geste artistique est indissociable d’un combat. En remettant la Palme d’or à Un simple accident de Jafar Panahi, le jury a consacré un réalisateur emblématique de la dissidence iranienne, tout en affirmant le rôle du cinéma comme refuge – et outil – de la liberté d’expression.
C’est un moment de grande émotion qui a marqué la montée sur scène de Jafar Panahi. Privé de passeport pendant des années, plusieurs fois emprisonné par le régime iranien, le cinéaste a pu, à 64 ans, retrouver le Palais des Festivals qu’il n’avait plus foulé depuis quinze ans. Son film, Un simple accident, réalisé clandestinement, met en scène le dilemme moral d’anciens détenus confrontés à leur ancien bourreau. Une allégorie limpide de la violence institutionnelle et de la mémoire entravée, qui résonne avec le parcours de son auteur.
Lors de la remise du prix, Jafar Panahi, dans un discours poignant, lançait un appel à la liberté : «Le plus important, c’est notre pays et sa liberté. Arrivons à ce moment où personne n’ose nous dire ce qu’il faut porter. Le cinéma est une société. Personne n’a droit de dire ce qu’on doit faire ou pas faire ». Ce prix, au-delà de sa portée artistique, prend valeur de manifeste.
Un palmarès marqué par la diversité des formes et des engagements
Le Grand Prix a été attribué au Norvégien Joachim Trier pour Sentimental Value, chronique mélancolique portée par l’actrice Renate Reinsve, déjà révélée dans Julie (en 12 chapitres). Entre deuil, paternité absente et amour en suspens, le film confirme le talent introspectif du réalisateur scandinave.
Le Prix du jury a salué deux propositions formellement audacieuses : Sirat, d’Oliver Laxe, plongée sensorielle dans une rave-party angoissée, et Sound of Falling, de la réalisatrice allemande Mascha Schilinski, fresque transgénérationnelle centrée sur les femmes d’une ferme de l’ex-RDA.
Côté brésilien, L’Agent secret, thriller politique de Kleber Mendonça Filho, a obtenu deux distinctions : le Prix de la mise en scène et celui d’interprétation masculine, attribué à Wagner Moura pour son rôle d’ex-militant traqué dans le Brésil des années 1970.
Le retour des Dardenne, la révélation de Nadia Melliti
Le Prix du scénario a été décerné aux frères Dardenne pour Jeunes mères, portrait croisé de maternités précaires qui prolonge leur engagement humaniste. Sans atteindre une troisième Palme d’or, les cinéastes belges réaffirment ici leur maîtrise d’un cinéma social à hauteur d’homme.
Révélation de cette édition, Nadia Melliti a remporté le Prix d’interprétation féminine pour La Petite Dernière d’Hafsia Herzi. Inspiré du roman autobiographique de Fatima Daas, le film dresse un portrait pudique et juste d’une jeune femme musulmane en quête d’affirmation dans une banlieue française. Déjà récompensée par la Queer Palm, l’œuvre s’impose comme un jalon important dans la représentation des identités plurielles.
Le Prix spécial du jury est allé à Resurrection du Chinois Bi Gan, film labyrinthique célébrant un siècle de cinéma. Juliette Binoche a elle-même proposé cette distinction pour « une œuvre qu’on ne comprend pas toujours, mais qui vous retourne ».
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