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history of sound photo film 2025 josh o connor
D.R.

À Cannes 2025, Josh O’Connor en double jeu

Dernière mise à jour : juin 2nd, 2025 à 09:44 pm

Le Festival de Cannes 2025 consacre cette année une figure majeure du cinéma contemporain : Josh O’Connor. L’acteur britannique crée l’événement en apparaissant dans deux films en compétition officielle – un doublé rare, qui assoit un peu plus encore sa place parmi les interprètes les plus audacieux de sa génération. Tour à tour héros romantique et voleur mélancolique, il est l’un des visages les plus marquants de cette 78e édition, avec The History of Sound d’Oliver Hermanus et The Mastermind de Kelly Reichardt.

Une sensibilité à fleur de peau

Révélé en 2017 dans Seule la Terre (God’s Own Country) de Francis Lee, Josh O’Connor s’est très vite imposé comme un interprète à part, habité par une forme de vulnérabilité intense. Né en 1990 dans le sud de l’Angleterre, il se forme à la Bristol Old Vic Theatre School avant de faire ses armes à la télévision. C’est pourtant sur grand écran que son jeu tout en intériorité prend toute sa mesure, entre tension contenue et expressivité muette.

Cette capacité à incarner des personnages fuyants, cabossés ou ambigus, le conduit à des collaborations exigeantes : Alice Rohrwacher pour La Chimère, Luca Guadagnino pour Challengers, ou encore Peter Morgan pour The Crown, où il livre une composition remarquée du prince Charles, couronnée par un Emmy et un Golden Globe.

Chanter l’amour et la mémoire : The History of Sound

Dans The History of Sound, adapté d’une nouvelle de Ben Shattuck, O’Connor interprète David, un étudiant en composition qui tombe amoureux d’un autre jeune homme, Lionel (Paul Mescal), sur fond de Première Guerre mondiale. Ensemble, ils traversent l’Amérique rurale, collectant des chants populaires.

Sous la direction sensible d’Oliver Hermanus, le film explore la mémoire sonore comme vecteur d’émotions enfouies. Josh O’Connor, qui a appris le chant et le piano pour le rôle, y livre une performance d’une grande délicatesse, jamais démonstrative, dans un récit où la musique devient un moyen d’inscrire l’amour dans le tissu fragile du monde.

mastermind photo film 2025 josh o connor
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Voleur mélancolique : The Mastermind

Changement radical de registre dans The Mastermind, où il incarne JB Mooney, un artiste marginal qui organise le vol d’œuvres d’art pendant la guerre du Vietnam. Kelly Reichardt, cinéaste américaine de l’épure et du silence, lui confie un rôle plus trouble, presque opaque, où l’ironie le dispute à la mélancolie.

Le choix des marges

Ce qui distingue Josh O’Connor de la plupart de ses contemporains, c’est une manière très assumée de se tenir à distance de l’industrie hollywoodienne. Il choisit ses projets avec soin, privilégie les auteurs à forte personnalité, accepte de se métamorphoser, de se taire, de disparaître parfois derrière ses personnages.

Sa silhouette longiligne, son regard inquiet, ses oreilles légèrement décollées — qu’il assume avec une simplicité désarmante — composent une présence atypique à l’écran. Il ne surjoue rien, n’impose rien, mais capte avec acuité les nuances d’une émotion, les fractures d’une intériorité.

Spielberg, Guadagnino, Rian Johnson : cap vers l’avenir

Loin de se reposer sur ses lauriers, l’acteur multiplie les projets. Josh O’Connor tourne actuellement dans un film de science-fiction réalisé par Steven Spielberg, présenté comme un hommage à son cinéma des années 1980. Il retrouvera également Luca Guadagnino pour Chambres séparées, une romance européenne face à Léa Seydoux, et figurera au générique du troisième opus de À couteaux tirés de Rian Johnson.

Mais c’est bien à Cannes que Josh O’Connor marque les esprits, en s’imposant comme un acteur capable de naviguer entre les genres et les esthétiques, sans jamais trahir son style ni sa rigueur. Une double présence qui ne dit pas seulement la réussite d’un acteur, mais le renouvellement possible d’un certain cinéma d’interprétation.

Antoine Corte

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