Mathias Mlekuz signe avec À Bicyclette !, dans les salles aujourd’hui, un film à la croisée entre le road movie et le récit intime, où le voyage devient un moyen de renouer avec l’absence de son fils décédé. Né d’une démarche profondément personnelle, ce projet s’est transformé en une aventure cinématographique unique, portée par l’amitié et l’improvisation. Entre émotion, humour et spontanéité, le réalisateur revient sur la genèse du film, son tournage hors norme et l’écho qu’il trouve aujourd’hui auprès du public. Rencontre avec un cinéaste qui a laissé la vie dicter son récit.
Bulles de Culture : Le projet du film est-il né d’abord de l’idée d’un road trip sur les traces de votre fils, ou l’envie de faire un film a-t-elle précédé cette démarche ?
Mathias Mlekuz : À l’origine, après le décès de mon fils, Yuri, j’ai cherché un moyen de me rapprocher de lui. J’ai voyagé avec mon fils Joseph au Brésil et j’ai proposé à Philippe (Rebbot) de refaire une partie du voyage à vélo. Il m’a répondu : « Si on fait ça, on va craquer, on est trop vieux. Par contre, tu es comédien, je suis comédien, tu es réalisateur, tu as déjà fait un film… faisons un film !”.
J’ai donc présenté le projet à un producteur en lui expliquant que je voulais raconter l’histoire d’un père endeuillé refaisant le voyage de son fils. Il m’a encouragé à partir sans scénario précis, en improvisation. C’est ainsi que le projet a pris forme, avec le soutien de Jean-Louis Livi, Christophe Lemaire, Canal+ et Ciné+.
Bdc : Vous connaissez Philippe Rebbot depuis longtemps. Comment est né votre lien ?
Mathias Mlekuz : Nous nous sommes rencontrés il y a vingt-cinq ans sur un téléfilm. Philippe travaillait à la régie et moi, j’étais comédien. Il était tombé amoureux d’une costumière sur le tournage, et je l’avais coaché pour que son histoire fonctionne. C’est ainsi qu’est née notre amitié.

Bdc : Le film montre de nombreuses rencontres que vous avez faites sur votre chemin. Certains personnages sont-ils directement inspirés des personnes réellement croisées par votre fils ?
Mathias Mlekuz : Quelques-unes, oui. Par exemple, nous nous sommes arrêtés chez des “warm showers”, une communauté de cyclistes qui offrent un hébergement gratuit aux voyageurs. Mon fils avait séjourné dans un de ces foyers, et nous avons fait de même. En revanche, certains personnages sont des adaptations. Yuri avait séjourné dans un Airbnb à Vienne, mais je n’avais pas l’adresse. Il m’avait raconté que la propriétaire était très stricte sur les règles de l’appartement. Je me suis inspiré de ce souvenir pour créer de toute pièce une scène avec Adriane Gradziel, qui joue son propre rôle.
Bdc : Le film repose en grande partie sur l’improvisation. Comment avez-vous géré cet aspect sur le tournage ?
Mathias Mlekuz : Nous n’avons fait qu’une seule prise pour chaque scène. Tout était capté sur le vif. Nous étions une équipe réduite de sept personnes, en immersion totale, vivant et filmant au jour le jour. Ça donnait une liberté immense et un aspect authentique à l’ensemble. L’humour émergeait naturellement des situations, comme la scène de la douche où je me retrouve réellement coincé dans la cabine. C’était un vrai moment de panique que nous avons transformé en comédie.
Bdc : Comment avez-vous concilié la dimension intime de votre histoire avec la réalisation d’un film ?
Mathias Mlekuz : Je n’avais pas une démarche classique de réalisateur. Je laissais les cadreurs filmer comme ils voulaient. Il n’y avait pas de repérages, tout se décidait sur le moment. La mise en scène s’est véritablement faite au montage, où nous avons assemblé 180 heures de rushs pour en faire un film de moins de deux heures.

Bdc : Ce film était-il une manière de rassembler les “pièces manquantes” autour du suicide de votre fils ?
Mathias Mlekuz : Philippe parle en effet de “pièce manquante” en évoquant la raison du suicide de mon fils. Cette réponse, je ne l’aurai jamais. Je continue inconsciemment à chercher des explications, mais j’apprends à vivre avec ce manque.
Bdc : Maintenant que le film va être diffusé en salles, comment percevez-vous son appropriation par le public ?
Mathias Mlekuz : Lors des premières projections, j’avais très peur de la réaction des spectateurs. Mais l’accueil a été incroyablement chaleureux. Le public se projette dans le film, y trouve une résonance personnelle. Cela me permet de prendre du recul et d’accepter qu’il ne m’appartienne plus.
Bdc : Ce film a-t-il changé votre manière d’aborder la réalisation ?
Mathias Mlekuz : Complètement. Pour mes futurs projets, j’aimerais conserver cette part d’improvisation. L’écriture de comédie repose souvent sur des dialogues précis, mais les situations drôles naissent souvent de l’imprévu. J’ai découvert que laisser les acteurs s’exprimer librement pouvait donner naissance à des moments uniques, impossibles à prévoir sur le papier.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 26/02/2025
- Distribution France : AdVitam
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