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Mon inséparable photo film 2024
Copyright Les Films du Losange

Interview / Anne-Sophie Bailly filme le handicap dans son premier film « Mon Inséparable »

Présenté en compétition au Festival du Film de société de Royan 2024, Mon Inséparable, premier long-métrage d’Anne-Sophie Bailly, aborde avec sensibilité la relation complexe entre Mona, une mère célibataire, et son fils Joël, trentenaire en situation de handicap. Joël, employé dans un ESAT, vit une relation amoureuse avec Océane, également en situation de handicap. Lorsque Mona découvre qu’Océane est enceinte, la dynamique fusionnelle mère-fils vacille, ouvrant la voie à une double émancipation. Le film, au cinéma depuis le 25 décembre, est porté par Laure Calamy, Charles Peccia Galletto et Julie Froger. Nous avons profité du passage de la réalisatrice au festival pour lui poser quelques questions.

Interview Anne-Sophie Bailly

Bulles de Culture : Votre premier long-métrage, Mon Inséparable, aborde de nombreuses thématiques autour de la maternité et du handicap.  Quel est le sujet prédominant du film selon vous ?

Anne-Sophie Bailly : Mon Inséparable parle avant tout du lien filial. Ce lien parent-enfant est universel, même s’il prend ici une dimension particulière. Beaucoup de jeunes peuvent se reconnaître en Joël, et de nombreuses mères, en Mona. Cette histoire m’a été inspirée par une expérience personnelle : lorsque j’étais adolescente, j’ai accompagné ma mère, infirmière, dans une maison de retraite. Là, j’ai rencontré un duo mère-fille inséparable : la mère, octogénaire, et sa fille, sexagénaire, atteinte d’un léger retard intellectuel. Leur relation mêlait amour inconditionnel, protection exacerbée, mais aussi ressentiment et conflits. Cette situation m’a frappée : le handicap amplifiait les tensions et les interdépendances propres à toute relation parent-enfant.

Bulles de Culture : Le titre Mon Inséparable illustre bien cette interdépendance. Contrairement au processus habituel où l’enfant finit par s’émanciper, ici, l’attachement semble permanent.

Anne-Sophie Bailly :  Absolument. Normalement, une mère prépare son enfant à voler de ses propres ailes. Mais Mona vit avec la peur que les rôles ne s’inversent jamais, et se demande : « Qui prendra soin de Joël quand je ne serai plus là ? » Cette inquiétude est au cœur du film. J’ai aussi voulu explorer comment la dépendance peut être réciproque : Joël dépend de sa mère pour des aspects pratiques, mais Mona, elle, est dépendante de son rôle d’aidante. Elle trouve son identité dans cette position, ce qui rend leur séparation d’autant plus difficile.

« L’aidant est une figure qui me fascine »

Bulles de Culture : Votre propre expérience auprès votre famille, principalement des soignants, a-t-elle nourri ce regard sur la figure de l’aidant ?

Anne-Sophie Bailly : Tout à fait. L’aidant est une figure qui me fascine. C’est un rôle noble mais complexe : il y a du don de soi, mais aussi une certaine attente en retour, un besoin de reconnaissance. C’est pour cela que Mona n’est pas une « pure mère courage ». Elle a ses failles, et Joël, à sa manière, lui permet de lâcher prise et de retrouver ses propres désirs.

Bulles de Culture : Vous avez choisi deux acteurs en situation de handicap pour interpréter Joël (Charles Peccia-Galletto) et Océane (Julie Froger). Était-ce une évidence pour vous ?

Anne-Sophie Bailly : Absolument. Dès le départ, je savais que je ne voulais pas confier ces rôles à des comédiens valides. Il y avait un enjeu de représentation, mais aussi une authenticité que je recherchais. J’ai découvert Julie et Charles à travers des ateliers d’improvisation en ESAT, et leur alchimie a été une révélation. Julie a un charisme et une sensibilité extraordinaires, et Charles apporte une profondeur rare à son rôle.

Bulles de Culture : Le film aborde aussi la question de l’isolement des parents d’enfants handicapés. Était-ce un aspect important pour vous ?

Anne-Sophie Bailly : Oui, c’est une réalité sociale que je voulais montrer. Beaucoup de mères se retrouvent seules, le père ayant souvent du mal à accepter la situation. Cet isolement, parfois choisi, parfois subi, m’intéressait. Mona est isolée, mais le désir d’émancipation de Joël vient la bousculer, la forçant à se repositionner et, finalement, à se libérer elle-même.

Bulles de Culture : La maternité, comme vous la dépeignez, est à la fois sacralisée et déconstruite.

Anne-Sophie Bailly : Oui, et c’était essentiel pour moi. Mona n’est pas une mère parfaite, et c’est en acceptant cela qu’elle trouve sa liberté. Le film parle d’une double émancipation

En savoir plus :

Mon Inséparable

D’Anne-Sophie Bailly avec Laure Calamy et Charles Peccia-Galletto

En salle depuis le 25 décembre 2025

Antoine Corte

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