En salle depuis le 1er juillet 2026, « Ghost Elephants » suit la piste d’un troupeau d’éléphants que nul n’a jamais vus, dans les hauts plateaux d’Angola. Werner Herzog y retrouve son goût des quêtes impossibles, servi par des images somptueuses et desservi par un dispositif qui accuse son âge. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
Ghost Elephants : Werner Herzog filme la traque d’un troupeau d’éléphants que personne n’a jamais vu
Il faut mesurer ce que représente la longévité de Werner Herzog. Six décennies de cinéma, plus de soixante-dix films, un Lion d’or d’honneur reçu à la Mostra de Venise en 2025, et toujours cette silhouette penchée sur les obsessions humaines. Une telle permanence fait du cinéaste allemand une figure double. Iconoclaste, parce qu’il continue de filmer là où personne ne va, avec une liberté que peu de documentaristes s’autorisent encore. Suranné, parce que sa voix, ses méthodes, son romantisme d’explorateur semblent venus d’un autre siècle. « Ghost Elephants » relève tout entier de cette ambiguïté.
Le film accompagne Steve Boyes, biologiste sud-africain qui traque depuis dix ans un troupeau insaisissable dans les hautes terres d’Angola. Son point de départ se trouve à Washington, au Musée national d’histoire naturelle, où trône l’éléphant Fénykövi, le plus grand spécimen jamais recensé, abattu en Angola en 1955. Steve Boyes veut savoir si des descendants de ce géant foulent encore ces terres et s’ils forment une lignée distincte, peut-être une sous-espèce inconnue. L’enjeu taxinomique, disons-le, parle d’abord aux initiés. Déterminer si ces pachydermes s’apparentent ou non au colosse empaillé du musée relève d’un débat de spécialistes dont spectateur profane pourrait légitimement s’en détourner.
Or, cette quête de niche recèle une dimension proprement grandiose. À l’heure où chaque parcelle du globe a été cartographiée, où des satellites savent suivre un individu à la trace, il subsisterait donc un plateau boisé vaste comme l’Angleterre où des éléphants vivraient sans aucun contact avec l’homme. Cette seule hypothèse rend au monde une part de son opacité perdue. Werner Herzog l’a compris mieux que quiconque, lui qui demande au biologiste s’il ne vaudrait pas mieux ne jamais trouver ces animaux et les laisser à l’état de rêve. La traque devient alors une méditation sur le désir et le prix de son accomplissement, dans le droit fil de « Fitzcarraldo » ou de « Grizzly Man ».
Cependant, le cinéaste recourt à des codes documentaires que le cinéma a largement abandonnés, à commencer par cette voix off inlassable qui commente, interprète et surplombe chaque plan. Le procédé, qui fit jadis sa signature, tire aujourd’hui le récit vers le petit écran. Produit sous l’enseigne National Geographic, « Ghost Elephants » en épouse du reste la grammaire. Vues aériennes majestueuses sur les paysages angolais, lumières dorées, partition insistante. Les images sont très belles, souvent, mais d’une beauté calibrée, celle d’un programme de prestige plus que d’une œuvre pensée pour la salle.
Le film retrouve pourtant sa singularité auprès des pisteurs khoïsan qui guident l’expédition. Face à la science occidentale et à ses prélèvements ADN, Werner Herzog filme sans hiérarchie un autre rapport au vivant.
Notre avis ?
« Ghost Elephants » n’appartient pas aux sommets de la filmographie du réalisateur. Trop sage dans sa fabrication, trop confiant dans un commentaire qui sature l’image, il ressemble parfois à ce que Herzog aurait pu déléguer. Mais la question qu’il pose, celle d’un monde qui garderait un secret de dix-neuf tonnes, suffit à justifier qu’on s’y attarde montrant qu’un Herzog moyen demeure parfois mieux que bien des documentaires ambitieux.
En savoir plus :
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- Date de sortie France : 01/07/2026
- Distribution France : Blue Note Films
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