En imaginant un spectacle pour décrocher la lune et rendre enfin heureuse sa maman dépressive, Zelda Bourquin offre un émouvant cadeau de Fête des Mères. L’avis et la critique de Bulles de Culture.
Synopsis :
Au croisement de la fable et de la performance, Zelda Bourquin invente une Fête des Mères qui ne peut se célébrer que, seule en scène, dans un théâtre.
Désemparée par la tristesse de sa maman, une jeune fille tente chaque année de la sauver du naufrage. Devenue adulte, elle brave une dernière dois cette quête de l’impossible et lui offre un ultime cadeau : un spectacle. Là où les mots peuvent changer la matière du monde.
La Fête des mères : un féminisme joyeux sans renoncer à l’amour filial

Mais que faut-il donc faire pour sortir une personne aimée de la tristesse ou de la mélancolie ?
La question se pose depuis la nuit des temps et les pair-aidants, qu’ils soient parents, conjoints, enfants ou amis, ont bien du mal à faire face à ce que l’on qualifie aujourd’hui de dépression.
En d’autres temps, les personnes mélancoliques n’étaient pas traitées et considérées de la même manière. A l’origine, selon la médecine hippocratique, ce n’était pas un état négatif mais “un trouble des humeurs”. Aujourd’hui, cette tristesse est souvent associée à la dépression, et depuis la moitié du XXe siècle, la celle-ci est reconnue comme une pathologie devant être soignée.
Etrange coïncidence, comme le souligne Zelda Bourquin dans sa pièce, c’est aussi au milieu du XXe siècle que le Maréchal Pétain a officiellement institué “une journée nationale des mères”. De là à y voir un mauvais signe, il n’y a qu’un pas que l’auteure-interprète de la pièce La Fêtes des mères franchit allègrement !
Sa pièce est “d’un féminisme joyeux sans renoncer à l’amour filial”. En fil rouge, elle dénonce avec humour, mais force, nos sociétés patriarcales qui depuis des siècles emprisonnent les mères dans un carcan trop souvent à l’origine d’un mal être féminin.
La question mérite d’ailleurs d’être posée tant il est vrai que la dépression est une pathologie qui touche deux fois plus de femmes que d’hommes.
A l’origine les premières divinités étaient des déesses

Oh Seigneur ! serait t’on tenté d’implorer. Et c’est ce que fait Zelda Bourquin. Car pour elle, le divin pourrait être féminin !
“Maman, tu sais, c’est hyper intéressant, avant les dieux, les premières divinités étaient les déesses ! La première Fête des Mères c’est donc la fête des déesses-mères ? La Pachamana, Inanna, Hecate, Gaïa… les déesses de la terre ! Elles ne sont pas dans le ciel, elles sont dans le sol !”
En cela, l’auteure de La Fête des mères s’inscrit dans la logique de certains théologiens féministes qui affirment que Dieu, étant suprême, transcende les catégories humaines, telles que le genre, et que la masculinité et la féminité peuvent être comprises comme des métaphores, tout comme des attributs associés au féminin.
En pratique, Zelda Bourquin ne se démonte pas et téléphone au Vatican pour réclamer “une année des mères”, “histoire de voir ce qu’on allait voir” !!! Personnellement, je lui conseillerais peut-être de s’adresser à nos gouvernants pour lancer “l’année de la mère”, comme existe aujourd’hui, en 2025, “l’année de la santé mentale”. Au moins, on irait dans le sens de l’Histoire !
Notre avis ?
La pièce La Fête des mères de Zelda Bourquin, qui a reçu le soutien du Théâtre Jean Vilar à Suresnes puis du théâtre de La Reine Blanche à Paris, est un trésor d’ingéniosité. C’est aussi un cri du cœur, du corps et de l’esprit pour que sa maman (Mum) trouve ou retrouve le bien-être, le bonheur, l’énergie, l’amour, en somme l’envie d’avoir envie. Sa performance de comédienne est bluffante.
En savoir plus :
- La Fête des mères au théâtre de La Reine Blanche, à Paris, du vendredi 19 septembre au dimanche 12 octobre 2025. Les mercredi et vendredi à 21h et le dimanche à 18h
- Texte + jeu : Zelda Bourquin
Mise en scène : Julie Crantelle, Zelda Bourquin
Création lumière et régie : Antoine Gautier
Scénographie : Louise Digard
Confection de la couronne : Ivan Terpigorev
Manteau à fleur : Patricia Bouet
Regard extérieur à la reprise : Juliette Launay
Production : Compagnie Nagas
Coproduction : Théâtre de Suresnes Jean Vilar
Avec l’aide de : Théâtre Paris-Villette
Avec le soutien d’Elsa Granat
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