Avec « Confessions II – The Film », Madonna fait revivre l’esprit de Confessions on a Dance Floor dans un court-métrage de dix minutes diffusé sur YouTube. Sabrina Carpenter, Feid, Kate Moss, le retour du producteur Stuart Price : on décrypte le clip événement qui lance son nouvel album, prévu le 3 juillet 2026.
Madonna, « Confessions II – The Film » : le dancefloor comme dernière utopie
Vingt et un ans après Confessions on a Dance Floor, Madonna revient sur les lieux qui ont fait sa légende. Pas une suite à proprement parler. Plutôt un retour. Mis en ligne lundi sur YouTube après une première au festival de Tribeca, Confessions II – The Film dure une dizaine de minutes et se déploie d’un seul tenant, enchaînant des séquences en une seule pièce. Six chansons, six chapitres, un thriller dansé. On en sort avec le sentiment d’avoir vu une carte de visite somptueuse, de celles qui rappellent qu’une piste de danse peut encore mériter un film.
Pour l’occasion, la chanteuse a rappelé Stuart Price, déjà aux manettes de Confessions on a Dance Floor en 2005, et confié la réalisation du film au duo TORSO, David Toro et Solomon Chase. Le film révèle les six premiers titres de l’album : « I Feel So Free », « Good for the Soul », « One Step Away », « Bring Your Love » avec Sabrina Carpenter, « Danceteria » et « Read My Lips » avec Feid. L’album quant à lui est prévu 3 juillet. La filiation avec le précèdent opus est dans le titre. Reste qu’on n’avait pas vu Madonna aussi à l’aise avec son propre passé depuis longtemps.
Tout commence par une déclaration d’intention. En gros plan, la chanteuse fixe l’objectif et pose sa thèse. « Les gens pensent que la dance music est superficielle. Mais ils ont tout faux », lâche-t-elle, avant de décrire la piste comme un seuil, un espace rituel où le mouvement remplace les mots. La phrase est belle. Le film passe les dix minutes suivantes à lui donner corps.
Visuellement, c’est tenu. Viseurs de caméra incrustés à l’image, mentions « Rec » qui clignotent, timecodes qui défilent, lumières bleu nuit qui dissolvent les corps dans la fumée d’un club. L’esthétique tient à la fois de la vidéosurveillance et du clip flamboyant des années 2000, et la direction artistique ne lâche jamais le fil. On y croise des paparazzi en tenue de SWAT, un crash de voiture, des saltos au-dessus du dancefloor. Transformer ses propres traqueurs en corps de ballet armé : voilà l’idée la plus maligne du film. Madonna a passé quarante ans sous l’objectif des autres. Elle les met enfin en scène, et ça en dit plus long sur la condition de star que n’importe quel discours.
Côté casting, on assiste à une fête où tout le monde a répondu présent. On reconnaît Lourdes Leon, Gwendoline Christie, Kate Moss, Benedict Cumberbatch, Julia Garner, Arca, Honey Dijon, Shygirl, Richard E. Grant ou encore Debi Mazar. Julia Garner, future interprète de Madonna dans un biopic encore en chantier, traverse la scène de « Bring Your Love ». Ailleurs, Arca et Benedict Cumberbatch dansent devant des cabines de toilettes, et Lourdes Leon, la fille de Madonna, clôt presque le film d’une réplique sèche : “I wish a motherfucker would”. Toute cette galerie ancre la chanteuse dans le milieu queer (le film est notamment soutenu par Grindr dont le mythique logo apparait sur le mur des toilettes) et avant-gardiste qu’elle fréquente depuis toujours, d’Arca à Honey Dijon.
Le rapport au mythe, justement, est ce qui surprend le plus. La nostalgie est partout, mais dosée. Une robe d’archive renvoie à l’époque « Ray of Light ». Le titre « Danceteria » ressuscite le club new-yorkais où elle a débuté. Rien d’un musée. Plutôt une artiste qui relit sa propre histoire sans s’y enfermer. Peu de pop stars peuvent convoquer quatre décennies de carrière sans avoir l’air datées.
Et puis il y a la musique, qui tient tout. Stuart Price ramène un disco élastique, des nappes house qui glissent d’un chapitre à l’autre sans qu’on sente la couture. Le film en fait même un principe, réinventant le format du clip à coups d’extraits d’une minute reliés en une seule pièce. L’arrivée de Feid sur « Read My Lips » ajoute une couleur latine et urbaine qui ouvre l’album sur d’autres sonorités. Preuve que Madonna regarde le présent autant que ses archives.
Alors, grand film ou teaser de luxe ? Les deux, sans doute, et c’est très bien comme ça. Confessions II – The Film est une cérémonie d’ouverture réglée au cordeau. Dix minutes de musique inédite, des images léchées, des invités triés sur le volet, et l’album servi sans jamais être éventé. Objet promotionnel, oui, mais d’une maîtrise rare. À soixante-sept ans, Madonna rejoue le pari de toute sa carrière, celui d’une piste de danse comme seul endroit où l’on est vraiment libre. Elle y croit encore. Et on la suit.
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