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Critique / “Les guerriers de l’Hiver” (2024) d’Olivier Norek

Olivier Norek, auteur reconnu de romans policiers, s’aventure dans la littérature blanche avec Les guerriers de l’Hiver chez Michel Lafon dans un somptueux roman historique qui couvre la guerre d’agression menée par l’URSS contre la Finlande, du 30 novembre 1939 au 13 mars 1940, où s’illustra Simo Häyhä, tireur d’élite, devenu héros national, surnommé La Mort Blanche, Belaya Smert, par l’Armée rougeLa critique et l’avis du Film

Cet article vous est proposé par Chris. L

Les guerriers de l’Hiver ne se résument pas aux exploits d’un seul homme. Ainsi les principaux protagonistes militaires et politiques, concernés de près ou de loin par le conflit, sont bien présents, évoqués dans leurs forces ou faiblesses, avec leur courage ou lâchetés. Mais incontestablement ceux et celles qui dominent le roman sont ces hommes et ces femmes qui se battent, qui soignent, qui s’entraident, eux dont la jeune république n’a qu’à peine vingt-deux ans. Ils vont  mettre en échec les troupes de Staline, aux ressources humaines sans limite, mais si hétéroclites où ceux qui ne sont pas russes sont de la véritable chair à canon. Malgré un équipement militaire surabondant mais en l’absence d’officiers aguerris tant ayant été victimes de purges, et face à l’aveuglement des commissaires politiques, inaptes à la moindre action militaire, la stratégie simple mise en œuvre par le général Carl Gustaf Emil s’avère pertinente ; une mobilisation locale où chacun au front connait son compagnon s’agissant, d’un frère, d’un cousin, d’un voisin, d’un ami. C’est ainsi que se traduit le Sissu, l’état d’esprit incarnant l’héroïsme finlandais.

Les conditions de vie sont extrêmes en cet hiver particulièrement rigoureux, avec des températures variant  de moins trente à moins cinquante degrés. Dans un paysage d’une blancheur totale, entre neige, lacs gelés, au milieu des forêts chaque geste est compté, chaque effort doit être mesuré dans ce véritable enfer blanc. Mais la folie de certains comme celle de L’Horreur du Maroc (Aarne Juutilainen), l’ancien de la Légion étrangère, alcoolique invétéré, sanguinaire, conduit à des actions folles de harcèlement et d’extermination des troupes adverses pour prendre leur matériel de guerre, indispensables pour poursuivre le combat, tant les armes escomptées sont rares et distribuées avec parcimonie. La Finlande avec ses « trois millions et demi d’âmes » tient tête à l’ogre de « cent soixante et onze millions d’habitants ». Tombés au combat les soldats finlandais sont respectés en étant rendus à leurs familles ou enterrés sur place. Rien de tel chez leurs adversaires, où la vérité désastreuse doit être cachée ; il n’y a pas eu de pertes ou si peu. L’Histoire doit être réécrite pour plaire au Petit père des peuples, Joseph Djougatchvili, futur Staline, afin d’éviter la mort ou le goulag. À l’arrière front, les hôpitaux sont en effervescence permanente, où les lottas, ces femmes qui prennent soins des combattants, raccommodent inlassablement les vêtements des défunts pour qu’un autre homme puisse bénéficier d’un paquetage de bric et de broc.

Avec un talent de conteur incontestable, un sens du rythme affirmé, appuyé par des chapitres courts tout comme pour les paragraphes, Olivier Norek réussit à dresser des portraits sobres des principaux protagonistes, des descriptions de paysages durs et inquiétants compte tenu des circonstances. Aux côtés de Simo, homme de la terre, le lecteur apprend ce que doit faire ou ne pas faire un sniper, découvre comment piéger un adversaire, comment se concentrer, viser et tirer. Et si Simo réussit si bien c’est que depuis son plus jeune âge il sait manier les armes, qu’il a appris toutes les astuces pour devenir un bon chasseur auprès de son père. Il fait ce qui est attendu de lui : éliminer un adversaire, sans joie, seulement par obligation, par devoir.

Des larmes, du sang, de la violence, des blessés, des morts, traversent Les guerriers de l’Hiver. Cependant « aucun fait d’armes n’a été inventé, ni aucune anecdote. Aucun acte de bravoure n’a été exagéré. » Un livre sans esbroufe, sans lyrisme, qui restitue, après une longue enquête en Finlande, la rencontre d’historiens, une réalité pleine de sobriété, de contradictions. Étayé par trois cartes sur les fronts où résistèrent les troupes finlandaises, et des photos des principaux acteurs du livre, Olivier Norek donne du corps à son excellent roman historique, porté par une écriture souple et agréable. Les guerriers de l’Hiver, factuel et éclairant, permet de découvrir une guerre oubliée ou méconnue, celle « Des colonnes de chars contre de vieux fusils. Un million de soldats rouges contre des ouvriers et des paysans. » La réussite d’un écrivain qui continue d’affirmer son talent.

En savoir plus :

  • Les guerriers de l’Hiver, Olivier Norek, Michel Lafon, aout 2024, 448 pages, 21,95 euros
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