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Oscar Isaac campe Dante Alighieri dans les séquences florentines en couleur de In the Hand of Dante, de Julian Schnabel. © Netflix

Critique / “In the hand of Dante” (2025) sur Netflix : Julian Schnabel se perd dans son propre labyrinthe

Disponible sur Netflix depuis le 24 juin 2026, In the hand of Dante,  le nouveau film de Julian Schnabel réunit une distribution vertigineuse (Oscar Isaac, Gal Gadot, Gerard Butler) autour du manuscrit perdu de Dante. L’ambition est là, le plaisir parfois aussi, mais l’édifice finit par ployer sous le poids de ses propres détours. La critique et l’avis sur le film.

In the Hand of Dante : Schnabel se perd

On reconnaît un projet de Julian Schnabel à la démesure de son sujet. Peintre devenu cinéaste, l’auteur de Basquiat et du Scaphandre et le papillon a toujours filmé des artistes brûlés par leur création, jusqu’à confondre l’œuvre et la survie. Avec In the Hand of Dante, adapté du roman foisonnant de Nick Tosches, il s’attaque à une matière périlleuse : celle d’un manuscrit autographe de la Divine Comédie exhumé d’une cave vaticane, qui transite par un parrain new-yorkais avant d’échouer entre les mains d’un écrivain chargé d’en certifier l’authenticité. Le film tisse deux époques, le Florence du XIVe siècle où Dante achève son poème et l’Amérique contemporaine d’un romancier qui lui ressemble comme un double.

Dans son livre original, Nick Tosches avait conçu un récit où le crime côtoie la passion littéraire. Julian Schnabel en tire d’abord un thriller d’érudition assez prenant. Le manuscrit devient un objet de convoitise presque sacré. Le film sait alors faire vibrer à l’évocation de l’objet inestimable. On pense à un Da Vinci Code qui aurait troqué le tourisme ésotérique contre une plongée dans les bas-fonds ou à un Benjamin Gates moins lisse et plus crépusculaire.

La distribution étourdissante constitue à la fois l’argument du film et l’un de ses pièges. Oscar Isaac, cheveux longs et morgue affûtée, porte le double rôle de l’écrivain et du poète avec une conviction qui n’appelle aucune réserve. Autour de lui, Gerard Butler et John Malkovich s’amusent visiblement à camper leurs truands, tandis que l’apparition de Martin Scorsese en mentor barbu vaut le détour. Mais cette accumulation de noms finit par desservir l’ensemble. Chacun semble jouer dans un film différent. La galerie de personnages secondaires, dont un exécuteur incarné par Jason Momoa que l’accent italien rend franchement improbable, encombre un récit déjà saturé d’embranchements.

Oscar Isaac, en peignoir et cheveux mouillés, braque un revolver depuis un bureau encombré de livres, dans une séquence en noir et blanc
Oscar Isaac incarne l’écrivain Nick Tosches, pris dans l’engrenage criminel du présent, filmé en noir et blanc dans In the Hand of Dante, de Julian Schnabel. © Netflix

C’est là que le projet se grippe. À force de multiplier les angles, le théologique et le mafieux, le médiéval et le contemporain, la méditation spirituelle et la fusillade pulpeuse, le réalisateur complique son propre dispositif au lieu de le clarifier. Les bifurcations s’enchaînent sans qu’on saisisse toujours leur nécessité, et les allers-retours entre les siècles diluent l’enjeu plutôt qu’ils ne l’aiguisent. Le film veut transcender la simple narration pour atteindre une forme d’extase mystique sur l’amour, mais cette ambition philosophique reste plaquée, jamais vraiment digérée par le récit.

Le soin esthétique est pourtant indéniable. Julien Schnabel reste un plasticien, et certaines images possèdent une beauté composée. Reste que plusieurs de ses partis pris sonnent creux. L’alternance du noir et blanc pour le présent et de la couleur pour le passé relève davantage du procédé que du sens. On cherche en vain ce que cette bascule chromatique éclaire vraiment, sinon le désir d’afficher une signature. Quant à la reconstitution médiévale, elle manque d’étoffe. Les séquences florentines évoquent une parure historique sans densité, comme si le cinéaste se passionnait davantage pour l’idée de Dante que pour son époque.

Notre avis ?

Julian Schnabel signe un film qui n’est jamais convenu. Mais le panache ne tient pas lieu de maîtrise. In the Hand of Dante laisse l’impression d’une œuvre qui contient un beau film plus court, étouffé sous ses propres ornements. On ressort partagé, séduit par fragments, lassé par l’ensemble, devant une ambition qui n’a pas trouvé sa forme.

En savoir plus :

    • Disponible sur Netflix depuis juin 2026
Antoine Corte

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