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Nathalie Baye, Suzanne Flon, Bernard Le Coq, Benoit Magimel, Mélanie Doutey dans le film "La fleur du mal" de Claude Chabrol © Jérémie Nassif / 2003 MK2 Productions / France 3 Cinéma

“La fleur du mal” ce soir à la télé : quelle est l’importance de l’esthétique dans ce film de Chabrol sur ARTE ?

À voir à la télé ce soir et en streaming/replay : La fleur du mal (2002), un film de Claude Chabrol avec Nathalie Baye, Benoît Magimel, Bernard Le Coq, Suzanne Flon et Mélanie Doutey à la distribution. L’analyse de Bulles de Culture sur ce drame familial et provincial, à (re)voir sur ARTE.

Synopsis :

Après trois ans d’exil aux États-Unis, François Vasseur (Benoît Magimel) est de retour auprès des siens. Dans la grande demeure familiale, il est accueilli par son père, Gérard (Bernard Le Coq), un pharmacien coureur de jupons, sa belle-mère, Anne (Nathalie Baye), en pleine campagne pour les élections municipales, la fille de cette dernière, Michèle (Mélanie Doutey), dont il est épris depuis l’enfance, et la tante Line (Suzanne Flon), que tous aiment tendrement.

Mais les ambitions politiques d’Anne, que son mari regarde d’un mauvais œil, sont perturbées par la publication d’un tract venimeux à l’encontre des Charpin-Vasseur : y est notamment rappelé le meurtre du père de tante Line, collaborateur zélé pendant la Seconde Guerre mondiale, pour lequel celle-ci a bénéficié d’un non-lieu…

La fleur du mal : sous la surface, les secrets de famille

Réalisateur prolixe, Claude Chabrol a signé avec La fleur du mal son 50e long métrage. Pour celui-ci, nous sommes invités en Gironde, où le tournage a eu lieu, pour rencontrer une famille bordelaise dont la femme Anne Charpin-Vasseur, interprétée par  la comédienne Nathalie Baye, est en pleine campagne municipale. Le mari, Gérard Vasseur, dont l’acteur Bernard Le Coq prête ses traits, se sert de son bureau comme d’un boudoir, tandis que son fils François Vasseur, interprété par Benoît Magimel, revient après une longue absence inexpliquée.

Le film débute par un long plan-séquence où la caméra part du jardin de la maison familiale des Vasseur, pénètre dans leur demeure, passe devant une pièce où une femme, prostrée, pleure, puis s’arrête dans une chambre voisine où gît un cadavre. La caméra cadre ce dernier en plan serré, d’un geste mal assuré. Puis raccord brutal sur l’atterrissage d’un avion.

Le cinéaste Claude Chabrol (1930-2010) avait une passion pour les téléfilms. Aussi, pensons-nous assister dans cette séquence d’aéroport à des retrouvailles anodines entre un père, Gérard, et son fils, François, de retour d’Amérique. Sauf qu’à la fin de leur conversation, sur un sous-entendu du père (“Tu ne me demandes pas des nouvelles de Michèle ?”), François hésite puis lui répond évasivement pendant que la musique originale de Matthieu Chabrol installe un début de mystère.

Cette seconde séquence résume, en réalité, les tenants de La fleur du mal : Claude Chabrol va nous tenir en haleine pendant près d’une heure quarante d’une manière très subtile, ne faisant qu’affleurer à la surface les secrets de cette famille .

Et comme la chanson Un souvenir, interprétée par la chanteuse Damia, qui ouvre le film et revient plusieurs fois ensuite, le récit va dériver subrepticement, sans crier gare.

Politique et bourgeoise provinciale

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Suzanne Flon, Benoît Magimel, Mélanie Doutey dans le film “La fleur du mal” de Claude Chabrol © Jérémie Nassif / 2003 MK2 Productions / France 3 Cinéma
Si la bourgeoisie changeait, sur trois générations, ça devrait se voir. Or ces personnages n’ont que l’apparence du changement : ils se reproduisent, ils sont d’âges différents mais ce sont les mêmes à toutes les générations.
— Caroline Eliacheff, coscénariste

Bien que décrivant également dans La fleur du mal le démarchage politique et le cloisonnement familial de la bourgeoisie bordelaise, Claude Chabrol s’attache surtout à la personnalité ambiguë de la tante Line, interprétée par l’excellente et regrettée comédienne Suzanne Flon (1918-2005).

Ainsi, après un grand déballage familial où le bras droit d’Anne, Matthieu Lartigue, joué par Thomas Chabrol, a lu une lettre anonyme s’en prenant à la famille Charpin et Vasseur, le récit se focalise de plus en plus autour de cette tante et du lourd secret qu’elle semble garder depuis trop longtemps.

Durant cette séquence-clé du film, sur la musique de l’autre fils de Chabrol, Matthieu — compositeur donc de la bande originale du film, comme souvent dans les œuvres de son père —, la caméra effectue un travelling latéral gauche/droite de la tante vers un pot de fleur placé au premier plan. A partir de ce moment-là, cette tante va se mettre à mélanger de plus en plus fréquemment flash-back et réalités.

Un récit subtil et plaisant

Le propos du film La fleur du mal aborde donc ces lourds secrets des familles provinciales qui pèsent sur les générations suivantes. Et c’est donc tout à fait logiquement que nous pénétrons dans cette famille par l’entremise du fils prodigue que joue le comédien Benoît Magimel.

Vivant éloigné, celui-ci est en effet susceptible de ne pas être encore tout à fait marqué par cette filiation fatale. Et c’est par cet artifice que Claude Chabrol se joue de nous et surtout de ses personnages à travers une critique cynique de leur repli sur soi.

Notre avis ?

Le parti pris subtil du récit de La fleur du mal, où les secrets n’explosent jamais tout à fait, peut certes dérouter mais cet exercice de style, qui oblige à rester attentif jusqu’au bout, pourra aussi procurer un certain plaisir chez le cinéphile averti.

Un film à (re)voir donc.

Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?

  • Le cinéaste Claude Chabrol qui a disparu le 12 septembre 2010 à l’âge de 80 ans, après avoir réalisé 54 longs métrages.
  • La tournage du film a eu lieu en Gironde (Bassin d’Arcachon, Mérignac, Quinsac).
  • En plus de ses fils, le compositeur Matthieu Chabrol et l’acteur Thomas Chabrol, un autres membre de la famille du cinéaste est également présent au générique : sa troisième femme, la scripte Aurore Chabrol.

En savoir plus :

  • La fleur du mal est diffusé sur ARTE le mercredi le 29 janvier 2025 à 21h, puis le 02 février 2025 à 13h30 et le 13 février 2025 à 13h35
  • Le film est proposé en streaming et en replay sur Arte.tv
Jean-Christophe Nurbel

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