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Cannes 2026 / “L’inconnue” (2026) d’Arthur Harari

Avec L’Inconnue présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2026, Arthur Harari transpose le motif fantastique de l’échange des corps dans un cinéma naturaliste, grave et cérébral. Porté par Léa Seydoux et Niels Schneider, le film fascine autant qu’il agace. Prototype étrange sur la transformation, la disparition et l’identité, le film déploie une mécanique conceptuelle ambitieuse, mais froide.

Synopsis :

David Zimmerman (Niels Schneider), photographe presque invisible, approche la quarantaine dans une existence recluse, hantée par les paysages disparus de la banlieue parisienne et par l’ombre d’un père mort. Entraîné un soir dans une fête, il croise une femme, Eva (Léa Seydoux), dont le visage semble l’appeler comme un souvenir mal classé. Ils font l’amour. Au réveil, David découvre qu’il habite le corps de cette inconnue. Commence alors une enquête inquiète : retrouver son propre corps, comprendre qui l’occupe désormais, et tenter de survivre à cette dépossession qui n’est ni un rêve, ni une métaphore commode, mais une catastrophe intime.

L’Inconnue, d’Arthur Harari : la mue impossible

Avec L’Inconnue, présenté en compétition à Cannes 2026, Arthur Harari signe son troisième long-métrage de réalisateur après Diamant noir et Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, tout en revenant auréolé de son travail de co-scénariste sur Anatomie d’une chute. Le film, avec Léa Seydoux et Niels Schneider, trouve son origine dans la bande dessinée, Le Cas David Zimmerman, imaginée avec Lucas Harari, frère du cinéaste. Le long métrage se présente moins comme une adaptation classique que comme une variation plus noire, plus physique, sur une idée de départ presque archaïque : que reste-t-il de nous quand notre corps cesse de nous appartenir ?

Arthur Harari a souhaité un « body swap » réaliste, arraché au registre de la comédie ou du pur fantastique. Il insiste sur le fait que son film ne traite pas directement de transidentité, mais de disparition, d’effacement et de dissolution du moi. L’Inconnue est une sorte de film prototype. Non pas un objet fini, poli, aimable, mais une machine d’essai, un dispositif lancé à pleine vitesse dans une chambre noire. Il y a là quelque chose d’admirable et d’irritant. Admirable, parce que le cinéma français produit rarement des œuvres aussi frontalement spéculatives, où le fantastique n’arrive pas par la porte du spectacle mais par celle du quotidien Irritant, parce que le film donne beaucoup le sentiment de contempler sa propre intelligence.

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La particularité la plus évidente de cette oeuvre tient à ce naturalisme paradoxal. Arthur Harari filme l’impossible comme un fait divers intime. Le merveilleux ne scintille pas, il colle à la peau. David, devenu Eva, traverse une lente panique organique. Le spectateur est sommé d’accomplir un exercice mental constant : voir une femme et penser qu’elle est un homme ; voir un homme et deviner qu’il abrite la conscience d’une femme. Ce décalage produit une fatigue féconde, presque philosophique. Le film ne cesse de demander où se loge l’identité.

Léa Seydoux emporte une grande partie de cette croyance. Son jeu ne consiste pas à « imiter » un homme, piège qui aurait condamné le film à l’artifice, mais à se raidir contre son propre corps, à l’habiter comme une chambre trop lourde. Niels Schneider, de son côté, apparaît spectral, presque effacé avant même la métamorphose. En ce sens, son personnage, David, n’est pas dépossédé parce qu’il change de corps, il change de corps parce qu’il était déjà en voie de disparition.

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Notre avis ?

L’Inconnue est donc cette œuvre étrange que l’on regarde à la fois avec dédain et fascination. Reste pourtant que L’Inconnue ne s’oublie pas facilement, précisément parce qu’il échoue avec grandeur à se rendre aimable. Arthur Harari signe une œuvre imparfaite, inhospitalière, qui semble avoir été conçue non pour séduire mais pour contaminer.

Antoine Corte

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