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“Nino” : Pauline Loquès et Théodore Pellerin, la poésie au cœur de la douleur

À l’orée de ses trente ans, Nino – interprété avec une délicatesse bouleversante par Théodore Pellerin – découvre qu’un cancer de la gorge menace son existence. Dans le Paris bruissant de la vie quotidienne, trois jours suffisent à bouleverser son rapport à lui-même, aux autres et au temps. Pour son premier long métrage, Pauline Loquès réussit ce que peu osent : faire surgir la poésie au cœur de la douleur, en entremêlant vulnérabilité masculine, sensualité des silences et lumière fragile de l’ordinaire. Nous avons rencontré la réalisatrice en compagnie de son acteur principal.

Nino : dans l’annonce du diagnostique

Le film tire son origine d’une expérience intime de la réalisatrice. Confrontée à la maladie brutale d’un proche, elle raconte avoir basculé dans « une autre catégorie de personnes : celles qui savent ce que c’est qu’un cancer ». De cette épreuve est née l’envie d’écrire, non pas un récit réaliste sur le combat contre la maladie, mais une histoire parallèle, lumineuse, concentrée sur le moment précis où l’annonce vient bouleverser une vie. Le choix de resserrer la temporalité sur trois ou quatre jours s’est imposé comme une évidence : « Je voulais observer ce que cela provoque intérieurement, avant même que le corps ne soit atteint », explique-t-elle. Elle ajoute : « J’aime ces temporalités resserrées, elles permettent d’explorer les interstices, les petits détails qui racontent beaucoup plus qu’une grande fresque. »

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Pour incarner Nino, Pauline Loquès a choisi Théodore Pellerin, acteur venu du Québec qui se fait connaitre notamment avec le film Chien de garde, dont elle savait qu’il pouvait habiter le silence avec une intensité rare. Le film repose en grande partie sur cette économie de mots, sur ces regards où tout se joue. « Dans le scénario, le silence n’était jamais un vide, mais au contraire l’endroit où tout se raconte », souligne l’acteur. Il ajoute : « Je crois que Nino est très différent de moi. Lui, il reste dans la ville, contraint d’affronter les autres, alors que moi, j’aurais eu tendance à m’enfermer, à disparaître si on m’avait diagnostiqué une telle maladie. C’est précisément ce décalage qui m’a intéressé : jouer quelqu’un qui fait face, malgré lui. »

“Pour moi, les silences étaient les passages les plus riches”

Entre les non-dits, les hésitations et les retraits, se tisse la matière même du film. Pauline Loquès confie : « Je n’ai pas eu besoin de diriger Théodore sur les silences. Je savais qu’il pouvait les habiter de lui-même. Tout se jouait déjà dans son intensité. » Théodore Pellerin, lui, poursuit : « Pour moi, les silences étaient les passages les plus riches, les plus denses, ceux où tout se décidait. Jamais je ne les ai vécus comme un vide : c’était là que se trouvaient les réponses. »

Le choix d’un cancer de la gorge, causé par le papillomavirus, n’est pas anodin. Il reflète à la fois la difficulté du personnage à s’exprimer et met en lumière une réalité méconnue : si les campagnes de prévention ciblent surtout les jeunes filles, les garçons restent peu concernés par celles-ci, alors qu’ils peuvent développer eux aussi ce type de cancer. « Je trouvais important de montrer cette dimension masculine et ce retard dans la prévention », souligne Pauline Loquès. Ce lien avec la sexualité donne au récit une résonance supplémentaire, à la fois intime et universelle.

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La question de la fertilité, elle aussi, s’est invitée presque malgré la réalisatrice. La scène où Nino doit recueillir son sperme pour le congeler, inspirée d’une pratique courante en oncologie, confronte brutalement le personnage à une interrogation que les femmes connaissent dès l’adolescence : celle du temps biologique. « Cela m’intéressait de confronter un jeune homme à cette urgence, presque cruelle », confie Pauline Loquès. Théodore Pellerin ajoute : « C’est une scène qui m’a marqué. Il y a dans cette peur quelque chose de très contemporain : la crainte de transmettre son propre mal-être, de condamner son enfant à hériter de ses doutes et de ses blessures. »

“Paris est un personnage à part entière”

Paris devient le décor essentiel de cette errance. Loin des images de carte postale, la caméra explore des quartiers plus bruts, plus doux aussi, où l’on ne peut jamais vraiment être seul. Une contrainte qui reflète l’inconfort de Nino, forcé à la rencontre, absorbé par la ville. « Paris est un personnage à part entière, à la fois anonyme et grouillant de vie », observe le comédien. Pauline Loquès complète : « J’ai toujours pensé qu’à Paris, on n’est jamais seul dehors. C’est à la fois une ressource et une oppression, et cela convenait parfaitement au sentiment d’étouffement de Nino. »

Enfin, le film se permet des échappées vers le fantastique, notamment avec l’apparition du personnage interprété par Mathieu Amalric. Ces moments de poésie visuelle rappellent que la fiction s’invite aussi dans le réel. « Nino est un personnage sans grand imaginaire. Le fantastique vient lui souffler qu’on peut inventer sa vie, choisir où poser son regard », explique Pauline Loquès.

Avec Nino, Pauline Loquès signe un premier long métrage sensible et singulier, où l’intime rejoint l’universel. Théodore Pellerin y confirme son talent d’acteur rare, capable de donner corps à l’indicible, tout en livrant une lecture personnelle et vibrante de ce personnage traversé par l’inquiétude et la poésie.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 17/09/2025
  • Distribution France : Jour2Fêtes
Antoine Corte

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