Au Festival Off Avignon 2025, la Compagnie La Baronnerie ravive notre mémoire avec ses Enfants du diable. Cette pièce, forte et bouleversante, dénonce le drame des orphelins roumains sous la dictature de Ceausescu. La mise en scène précise de Patrick Zard’ provoque larmes, sourires et surtout colère. Une pièce poignante qui interroge sur la résilience. Avis et critique de Bulles de culture.
Synopsis :
Bucarest, 20 ans après la chute de Ceausescu. Niki (Antoine Cafaro) et Veronica (Clémence Baron), frère et sœur, se retrouvent enfin. Elle, a été adoptée, lui est resté dans l’enfer des orphelinats mouroirs. Une nuit de retrouvailles entre rancœur et amour. S’inspirant de l’histoire sordide de sa sœur adoptive, Clémence Baron, dénonce avec fureur ses destins brisés par l’Histoire.
Les enfants du diable au Festival Off Avignon 2025 : petite et grande histoire

Alors que l’équilibre démocratique de notre monde est de plus en plus fragile, la pièce de Clémence Baron résonne dans nos consciences. En 1974, Nicolae Ceausescu arrive au pouvoir en Roumanie. Vont s’en suivre 15 années de totalitarisme. Surnommé Dracula et épaulé par son épouse Elena, ils vont mener une politique nataliste extrême.
Avortement et contraception sont interdits. Cinq enfants sont imposés dans les foyers sous peine d’amende. Et une loi d’abandon est votée afin de placer les enfants dans les “Casas de Copii”, orphelinats sordides et violents, où le lavage de cerveaux est quotidien.
C’est sur cet univers carcéral, et des chants de femmes, que s’ouvre Les enfants du diable. Patrick Zard’, metteur en scène, projette les images traumatisantes, que nous avons encore en mémoire, de ces petits corps maigres et sales qui se balancent. C’est dans ces conditions que vont grandir Niki, maltraité, et Veronica, déracinée.
Deux destins déchirés

La mère des protagonistes meurt en couche. Qui sont ces enfants du diable ? Ils sont 3 à être confiés aux orphelinats. Niki (Antoine Cafaro), Veronica (Clémence Baron) dans une Casa de Copii, mais aussi Mirela, leur petite sœur autiste enfermée dans un “Camin Spital”, mouroir pour enfants handicapés. Un couple de français se bat pour adopter les deux grands, mais Niki choisit de rester avec Mirela, atteinte du Sida. Veronica, choyée en France, devient une chanteuse célèbre.
A la mort de Mirela, 20 années se sont écoulées. Veronica, enceinte, revient en Roumanie, et durant toute une nuit, ce frère et cette sœur, devenus des étrangers, vont retracer leurs destins. Entre rancœur, colère, déchirement et tristesse, ils vont finir par se comprendre et se rapprocher, et s’aimer. Les enfants du diable, c’est parler pour se réparer.
Une écriture à vif…

… ou quand la grande histoire rencontre la petite. Clémence Baron écrit pour effacer l’horreur. Rien de pédagogique pour autant. Si ce spectacle est aussi touchant, c’est parce que ces évènements parlent au cœur.
En effet, les parents de Clémence Baron ont adopté sa petite sœur en Roumanie. Voilà pourquoi tout au long de ce spectacle, l’émotion est à fleur de planches. Patrick Zard’, co-dirige depuis 2021 le Théâtre de L’Oriflamme à Avignon avec Antoine Cafaro. Pour sa mise en scène des Enfants du diable, il a choisi d’incarner l’absence de Mirela par une ampoule électrique surplombant un rocking chair. « Se balancer, c’est rester en mouvement. Rester en mouvement c’est vivre. Donc se balancer c’est vivre. »
Ce spectacle est donc résilience et émotion. Les larmes de Clémence Baron, lors du salut final, en sont d’ailleurs la preuve. Même si l’on tient son passé loin de soi, il ne disparaît pas. Certes, « il y a des blessures qu’on ne peut pas guérir », mais l’enfant que porte Veronica en est la preuve, la vie peut l’emporter.
Notre avis ?
A quoi tient un destin ? Et peut-on oublier les traumatismes de l’enfance ? Une nuit pour effacer les blessures, voilà le propos des Enfants du diable. Clémence Baron est aussi convaincante dans son écriture que poignante dans son interprétation. Cette pièce est nécessaire. Certes, elle nous plonge dans les souffrances du passé, mais elle nous rend aussi vigilants quant aux épines de l’avenir. Un seul mot d’ordre : il faut garder foi en la race humaine.
L'émotion de Clémence Baron, au côté d'Antoine Cafaro, est palpable au Festival Off Avignon 2025, pour sa pièce Les enfants du diable au Théâtre de L'Oriflamme#off2025 #loriflamme pic.twitter.com/dyj8uf60u1
— Bulles de Culture (@bullesdeculture) July 9, 2025
En savoir plus :
- Les enfants du diable au Festival Off Avignon 2025, au Théâtre de L’Oriflamme du 4 au 26 juillet à 14h25. Relâche les 9, 16 et 23 juillet
- Mise en scène : Patrick Zard’
- Interprètes : Clémence Baron, Antoine Cafaro
- Production : Marie-France Pernin
- Durée : 1h10
- Uniquement à partir de 12 ans
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