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Close Emilie Dequenne photo 1
©Menuet_Diaphana Films_Topkapi Films_Versus Production

Interview / Emilie Dequenne : mère exceptionnelle dans le film « Close »

A l’occasion de la sortie du film Close de Lukas Dhont, dans les salles depuis le 1er novembre dernier, Emilie Dequenne revient sur son retour en compétition au Festival de Cannes et sur ce nouveau film, grand prix du Festival. La comédienne interprète la mère d’un jeune de 13 ans, ce dernier étant très lié à son meilleur ami jusqu’à ce qu’un évènement tragique les sépare. Bulles de Culture a rencontré l’actrice. 

Emilie Dequenne : « une enfant du Festival de Cannes »

Bulles de Culture (Bdc) : Quel sentiment cela vous a fait de revenir à Cannes en compétition pour le film Close, vous qui êtes une enfant du Festival avec votre consécration pour le film Rosetta dans lequel vous jouez une adolescente en proie à une extrême précarité ?

ED : Avec Eden Dambrine et Gustav De Waele, les deux enfants qui jouent dans Close, il y avait un effet miroir très fort. Je pressentais qu’après la caméra d’or de Lukas Dhont, le film avait de grande chance cette année de se retrouver en sélection officielle. De voir Eden Dambrine pendant le tournage me ramenait énormément à ma première expérience sur Rosetta. Eden Dambrine est de tous les plans. Forcément, je me revoyais quelques années plutôt en train de présenter Rosetta. Quand j’ai appris la sélection de Close, j’étais très contente. Déjà, je n’avais pas été en compétition officielle depuis Rosetta. Et puis, j’étais très heureuse car j’allais pouvoir voir le Festival de Cannes sous un autre jour. Je sentais que ça allait être un moment privilégié pour Lukas Dhont et les deux enfants comédiens. Je voulais avoir envers ces derniers un côté très maternel pour les accompagner dans ce moment. Cela clôturait une expérience de tournage merveilleuse. Cannes n’a jamais été que généreux pour moi.

BDC : Quelle était ta relation avec Eden Dambrine et Gustav De Waele. Est-ce que tu as fait figure de marraine pour ces jeunes acteurs ?

ED : Oui, j’ai eu tendance à essayer de les apaiser pour éviter qu’ils s’emballent trop. Je leur ai tenu un discours simple : « le plus important est d’être à l’écoute de soi-même ». La réalisation de soi est primordiale dans ce métier, surtout pour des jeunes comédiens. Ce n’est pas le feu de la rampe qui compte. C’est en tous cas comme ça que j’ai toujours perçu mon métier. Je n’ai néanmoins jamais eu très peur pour eux. Que ce soit Gustav ou Eden, cela se voyait qu’ils étaient à leur place. Ils viennent d’une famille très stable. Ils sont très entourés par leurs parents. De commencer avec un metteur en scène comme Lukas, c’est extrêmement sain, même si parfois c’était dur pour eux. Il a envers tout le monde, et en particulier avec ses deux jeunes acteurs, cette générosité et cet amour. Après, Eden et Gustav ne sont pas certains de vouloir devenir comédiens. Ils ont d’autres passions. Ils ont encore le temps de la réflexion. C’est ça qui est bien ! Ils ont vécu ce qu’ils avaient à vivre avec Close et ils ne se ferment aucune porte.

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« Lukas a un regard fort sur les personnages qu’il construit« 

BDC : Aviez-vous vu Girl, premier film de Lukas Dhont, avant que le réalisateur vienne vous voir pour Close ?  

ED : Bien sûr que je l’avais vu. Lukas sait immerger le spectateur dans cette famille, dont la trans-identité n’est absolument pas un problème. Il y a une universalité dans les propos du réalisateur. La violence que subit cette jeune fille pourrait très bien être vécue par quelqu’un qui souffre par exemple d’anorexie. On lutte avec cette fille. C’est ce qui est très fort. Lukas a un regard fort sur les personnages qu’il construit.

BDC : Est-ce que le scénario de Close a fait écho à votre propre expérience ?

ED : Je n’ai eu que des amitiés passionnelles dans ma jeunesse. La relation des deux jeunes protagonistes est d’ailleurs beaucoup plus saine que celles que j’ai pu moi-même vivre dans mon adolescence. Je peux vous le confier : j’ai été le souffre-douleur de mes camarades en primaire. J’étais tellement fragilisée lors de mon entrée au collège que j’ai dû changer d’établissement. Je comprenais donc parfaitement la douleur de ces jeunes dans Close. Lukas Dhont m’a également tellement nourri pour construire mon rôle en me faisant lire des livres ou des lettres de mamans. Il souhaitait que nous créions avec Léa Drucker (qui interprète l’autre maman dans le film) une relation forte dans la vraie vie avec Gustav et Eden. Il fallait que nous ne soyons pas seulement dans un métier de comédiennes avec eux mais avec une réelle complicité dans la vraie vie.

CLOSE photo film 2022
©Menuet_Diaphana Films_Topkapi Films_Versus Production

« Je n’ai eu que des amitiés passionnelles dans ma jeunesse« 

BDC : Parlez-nous justement de votre collaboration avec Léa Drucker sur le film ?

ED : Pendant la préparation du film, on ne s’est pas vu tant que cela avec Léa car on était chacune en train de développer des liens avec « nos enfants » respectifs. Comme on se connaissait déjà un peu, le feeling entre nous est venu très simplement. C’était très fluide. Notre relation est restée sur le film comme dans la vie, très naturelle !

BDC : Est-ce que votre personnage reflète la mère que vous êtes avec vos enfants ?

ED : Il y a forcément un peu de moi dans ce rôle. Je ne m’en rendais d’ailleurs pas forcément compte. Mais c’est mon mari que ça a frappé quand il a vu le film. Il m’a dit en sortant de la projection : « tiens, on dirait toi sur certains points. Vous agissez de la même façon ». Forte heureusement, je n’ai pas eu à vivre la douleur de mon personnage.

BDC : Racontez-nous votre sentiment quand vous avez appris que le film recevait le Grand Prix du jury présidé par Vincent Lindon.

ED : Avec le tournage, il y avait eu une relation de vie entre nous. Le Festival de Cannes est en quelque sorte une fête exceptionnelle de fin de tournage. On a eu des moments de force et de joie quand on a vu l’incroyable buzz autour du film après la projection. Le film a été le plus applaudi de la compétition officielle avec plus de 20 minutes d’applaudissement. C’était notre grande fierté. Le Grand Prix a été un gros bonus. Il y avait tellement d’émotion. J’étais tellement contente pour Lukas, pour le film.

BDC : Comprenez-vous le rapprochement fait par certains entre Lukas Dhont et Xavier Dolan ?

ED : Pour moi, ce ne sont pas du tout les mêmes. On a deux univers complètement différents avec des thématiques qui divergent. Par contre, aucun doute que ce sont tous les deux des génies.

Interview réalisé le 9 septembre à Paris

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Antoine Corte

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