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Élodie Bouchez dans le rôle d'Alice, mère d'Ulysse, dans le film de Laetitia Masson
Élodie Bouchez incarne Alice dans Ulysse, de Laetitia Masson. © ARP Sélection, 2026

Critique / “Ulysse” (2026) de Laetitia Masson

Avec Ulysse, présenté en clôture d’Un Certain Regard et en salle le 17 juin, Laetitia Masson filme le combat d’une mère pour son fils handicapé. Une œuvre sincère et émouvante, qui finit pourtant par perdre de vue celui dont elle porte le nom. La critique et l’avis de Bulles de culture. 

Synopsis :

Alice, chercheuse en sociologie découvre qu’elle est enceinte. Vladimir, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe : syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère. Commence alors la très particulière odyssée d’Ulysse : marcher, parler, apprendre, comprendre, s’épanouir. Alice se lance dans l’aventure, déterminée à ce qu’Ulysse trouve sa place dans le monde.

Ulysse: la mère courage avant l’enfant

Laetitia Masson revient après plusieurs années de silence avec un film qu’elle a puisé au plus près d’elle-même. Ulysse retrace, sur près de deux décennies, le combat d’Alice (Elodie Bouchez), chercheuse en sociologie, pour offrir un avenir à son fils atteint d’un syndrome génétique. Le matériau est intime jusqu’au vertige, puisque la cinéaste a confié le rôle de l’adolescent à son propre enfant. De cette matière brûlante, on attendait un regard neuf sur la différence. On reçoit surtout un mélodrame solidement charpenté, qui finit par regarder ailleurs que là où il prétend conduire.

Car le titre est trompeur. Ulysse annonce une odyssée, celle d’un garçon qui apprend à marcher, à parler, à exister dans un monde mal taillé pour lui. Le film, lui, raconte autre chose. Sa véritable héroïne est Alice, et c’est elle que la caméra ne quitte jamais. Élodie Bouchez porte le rôle avec une intensité qui force l’adhésion, partagée entre la ténacité et l’effondrement contenu. Mais à mesure que le récit avance, le déséquilibre devient une question de fond. L’enfant disparaît derrière la figure maternelle, réduit à l’objet d’un dévouement dont il ne reste finalement que l’éclat. La trajectoire du handicap cède la place au portrait d’une mère qui se sacrifie, et le glissement n’est jamais tout à fait assumé.

Élodie Bouchez dans le rôle d'Alice, mère d'Ulysse, dans le film de Laetitia Masson
Élodie Bouchez incarne Alice dans Ulysse, de Laetitia Masson. © ARP Sélection, 2026

On ne reprochera pas au film son émotion. Elle est réelle, parfois saisissante, et la mise en scène sait ménager ses montées sans verser dans le larmoyant facile. La réalisatrice revendique d’ailleurs le romanesque et la lumière contre la tentation naturaliste. C’est à son honneur d’avoir refusé le misérabilisme. Reste que cette émotion travaille en terrain connu. Le cinéma français a fait des oubliés et des injustices sociales un répertoire familier, et Ulysse en reprend les gestes attendus sans toujours les renouveler. Le parcours du combattant face aux institutions, l’épuisement administratif, la société qui se proclame inclusive tout en fermant ses portes : tout cela est juste, mais déjà vu. Le film s’y installe plus qu’il ne l’interroge.

La facture le confirme. Sous ses couleurs chaleureuses et ses ellipses, la réalisation demeure d’une sagesse formelle qui n’épouse jamais vraiment le point de vue de son personnage-titre. Les rares trouvailles, comme ces zooms qui tentent d’approcher la perception d’Ulysse, restent à l’état d’esquisse, vite recouvertes par le flot du récit maternel. On songe à ce que d’autres ont su tirer d’un sujet voisin en bousculant la forme. Ici, l’audace reste du côté de l’intime, jamais du côté du cinéma.

Notre avis ?

Il y a dans Ulysse la sincérité d’une cinéaste qui filme sa propre vie, et la générosité d’une actrice qui s’y donne entière. Ce n’est pas rien. Mais l’œuvre se contente de bien faire ce que le cinéma social français fait depuis longtemps, et son plus beau sujet, l’enfant, finit par lui échapper. On sort ému, et un peu frustré d’avoir déjà tant pleuré ailleurs.

En savoir plus :

    • Date de sortie France : 17/06/2026
    • Distribution France : ARP
Antoine Corte

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