Deux ans après le poignant Revoir Paris, Alice Winocour déplace sa caméra des lieux de mémoire vers les sanctuaires de la haute couture. Dans Coutures, la cinéaste poursuit son auscultation des corps meurtris, confrontant la vulnérabilité organique d’une Angelina Jolie spectrale à la rigueur millimétrée des ateliers Chanel. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
Synopsis :
A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.
Coutures : l’étoffe des corps et les déchirures du soir
Depuis Augustine (2012) jusqu’à Revoir Paris (2022), Alice Winocour s’est imposée comme la cinéaste des corps en état de choc, des cicatrices que l’on ne voit pas et des peaux qui hurlent. Avec Coutures, projet ambitieux soutenu par la maison Chanel — ouvrant pour la première fois ses ateliers au regard d’une fiction —, la réalisatrice poursuit son exploration de la vulnérabilité organique. Le film ne se veut pas un simple documentaire sur le luxe, mais une métaphore du soin : recoudre les tissus, c’est aussi, pour Alice Winocour, tenter de recoudre les vies. En s’offrant Angelina Jolie, elle place une icône mondiale au centre d’un dispositif presque clinique, confrontant le glamour absolu à la trivialité de la maladie.
La grande force de Coutures réside dans cette capacité à filmer la mode non pas comme une futilité, mais comme une industrie du geste et de la sueur. La mise en scène est précise, sensorielle, presque hypnotique lors d’une séquence de défilé sous un orage apocalyptique qui transforme le podium en théâtre d’une révolte silencieuse.
Angelina Jolie, étonnante de retenue et s’essayant au français avec une vulnérabilité désarmante, habite ce rôle de femme “habitée” par un mal invisible. Le parallèle entre le contrôle excessif exigé par la haute couture et la perte de contrôle imposée par le cancer est traité avec une élégance certaine, évitant le pathos des mélodrames hospitaliers habituels.
Pourtant, à force de vouloir multiplier les fils narratifs, le récit finit par paraître, paradoxalement, un peu “décousu”. Si le personnage de Maxine occupe l’espace avec une autorité naturelle, les destins d’Ada et d’Angèle semblent parfois réduits à des esquisses de thématiques contemporaines (l’exil, l’émancipation sociale) qui manquent de la chair nécessaire pour exister pleinement face à la star.
Le film souffre également d’une certaine froideur académique. À force de scruter la surface pour en déceler les fêlures, Alice Winocour installe une distance qui empêche parfois l’émotion de percer totalement. On admire la facture, la lumière d’André Chemetoff, la musique lancinante d’Anna von Hausswolff, mais on reste parfois sur le seuil de cet atelier, spectateur d’une esthétique qui, à force d’être “inutile et nécessaire” (pour reprendre les mots de Maxine dans le film), finit par s’enfermer dans sa propre abstraction.
Notre avis ?
Coutures est une œuvre plastique superbe, portée par une Angelina Jolie impériale, qui parvient à transformer la Fashion Week en un champ de bataille intime. Si le scénario manque parfois de densité pour lier ses trois héroïnes, le geste de cinéma reste d’une grande noblesse.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 18/02/2026
- Distribution France : Pathé Films
