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Critique 4K Ultra HD / « Géant » (1956) de George Stevens

Géant, le film culte de George Stevens, nommé 10 fois aux Oscars, est disponible en 4K Ultra HD depuis le 22 juin. La critique et l’avis sur le film.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Cédric Lépine.

Synopsis :

Le Texan Jordan Benedict, venu dans le Maryland acheter un cheval de race, tombe sous le charme de Leslie, la fille du propriétaire des lieux. Ils finissent par partir ensemble la bague au doigt, Jordan emmenant sa femme sur ses terres texanes. Éprise de liberté, Leslie découvre au Texas un monde tourné sur le passé et la puissance terrienne. Elle n’est pas la bienvenue lorsqu’elle rencontre la sœur de Jordan, qui gérait jusque-là la propriété et l’élevage de vaches.

Géant : une histoire d’une famille texane sur deux générations

Cette fresque de plus de trois heures est ambitieuse : brassant l’histoire d’une famille texane sur deux générations, le film a également pour but de montrer le changement économique notable qu’a connu l’État du Texas avec la découverte du pétrole. À divers égards le film annonce la saga des années 1980 : Dallas. D’ailleurs, le personnage qui fait fortune avec le pétrole, interprété par James Dean, a pour initiales JR. Si James Dean signe ici la meilleure interprétation du film, c’est hélas un personnage secondaire dont le rôle consiste seulement à bouleverser le fragile équilibre familial des Benedict.

Vouloir traduire à l’écran le bouleversement économique de tout un État et le changement sur tout un pan de société américaine est louable et répond bien à l’heureuse ambition de George Stevens. Dommage que l’un des rôles principaux ait échu au falot Rock Hudson, qui joue un stéréotype Texan sans jamais le faire évoluer ni lui ajouter sa touche personnelle. Elizabeth Taylor est la figure qui invite le spectateur à la suivre, elle qui incarne le Nord américain éclairé face à un certain conservatisme rétrograde du Sud. Hélas, son personnage est peu à peu desservi par un scénario qui n’ose jamais dynamiter de l’intérieur cette famille aux mœurs patriarcales et machistes appartenant à un autre temps.

Nouvelle économie néolibérale ultra prédatrice

Les revendications pour l’égalité entre hommes et femmes ne sont jamais prises au sérieux dans le récit, même si elles servent à caractériser le personnage de Leslie. James Dean, par son comportement d’abord servile et naïf, est bien plus intéressant par sa transformation progressive en magnat du pétrole. Il est toutefois moins crédible lorsqu’il est grossièrement grimé en vieil alcoolique. On sent que le film pourrait cependant s’inscrire dans la veine d’un There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson (2007), mais le film a bien vieilli et sa morale au final conservatrice (la féministe a fini par rentrer dans le rang) rend encore plus suranné son enjeu. Il reste que c’est le dernier film tourné avec James Dean et que celui-ci livre encore une fois une excellente interprétation.

Le film est également important dans l’histoire du cinéma par sa représentation des enjeux contemporains d’une société (à travers la transformation du Texas on peut également voir la transformation de toute la société américaine à la suite de la Seconde Guerre mondiale). On aperçoit également dans ce film une claire conscience de la nouvelle économie néolibérale ultra prédatrice qui était en train de se développer sur le dos du mythe fondateur américain du self made man. À cet égard, George Stevens comme Paul Thomas Anderson, à travers leur film respectif, ne se font guère d’illusion sur l’avenir de cette économie.

En savoir plus :

Géant

Giant

de George Stevens

Avec : Elizabeth Taylor (Leslie), Rock Hudson (Jordan Benedict), James Dean (Jett Rinck), Carroll Baker (Luz Benedict II), Jane Withers (Luz Benedict), Chill Wills (l’oncle Bawley), Dennis Hopper (Jordan Benedict III)

États-Unis, 1956.

Durée : 193 min

Sortie cinéma (France) : 9 janvier 1957

Sortie France de l’édition 4K Ultra HD : 22 juin 2022

Format : 1,78 – Couleur – Son : Dolby Digital 2.0. et 1.0.

Langues : allemand, anglais, français, italien, espagnol – Sous-titres : allemand, anglais, français, italien, espagnol.

Éditeur : Warner Bros

Bonus :
Commentaire audio du critique cinéma Stephen Farber, Ivan Moffat et George

Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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