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Affiche du film "Cinque secondi"

Critique / “Cinque secondi” (2025) de Paolo Virzì

Cinque secondi, le nouveau film de Paolo Virzì, avec Valerio Mastrandrea et Valeria Bruni Tedeschi,  est à l’affiche au cinéma depuis mercredi. L’avis et la critique de Bulles de Culture.


Synopsis :

Adriano (Valerio Manstrandrea), un homme solitaire, vit dans les anciennes écuries de la Villa Guelfi, une demeure abandonnée. Lorsqu’une communauté de jeunes s’installe sur la propriété pour restaurer les terres et les vignes, il tente d’abord de les chasser. Parmi eux, Matilde (Galatea Bellugi), profondément liée à la villa où elle a grandi auprès de son grand-père, ravive la mémoire des lieux. Ils vont devoir apprendre à vivre ensemble…

Cinque secondi : l’archétype du loup solitaire

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Galatéa Bellugi, Valerio Mastandrea dans le film “Cinque secondi” © Indiana Production

Après Tutta la vita davanti  (2008) et La Prima Cosa Bella (2010) — le second leur avait bien réussi avec, à la clé, un  David di Donatello à chacun et une représentation de l’Italie aux Oscars —, Cinque secondi est la 3e collaboration de ìPaolo Virz et Valerio Mastrandrea. C’est aussi la troisième fois aussi que le réalisateur dirige Valeria Bruni Tedeschi après Les Opportunistes (2013) et Folles de joie (2016). Autant de promesses d’un cinéma italien comme on l’aime et qui donne tout de suite envie.

On connaît tous ce cliché de l’homme d’un certain âge, bougon, bourru, voire carrément réactionnaire. Des figures comme Clint Eastwood dans Gran Torino (2008), Carl dans Là-haut (2009), ou même le Bruno de La Prima Cosa Bella l’ont incarné. On sait donc que derrière ce rejet des autres se cache une douleur que la fine écriture des frères Virzì, et Francesco Bruni (un autre collaborateur récurrent !), va nous faire découvrir par paliers.

Au fil des interactions avec la communauté de jeunes, la chape de brume qui entoure Adriano (Valerio Manstrandrea) se dissipe avec une lenteur étudiée. Paolo Virzì aiguise notre curiosité à coups de flashback, à la faveur d’aller-retours que cet homme, dont on ignore l’origine de sa blessure, effectue entre son nouveau quotidien, la villa Guelfi, son ancienne vie, la ville.

Entre le début du film Cinque secondi et la révélation finale avec l’explication des fameuses “cinq secondes”, on explore avec humour et en toute subtilité les ravages de la toxicité familiale, le conflit intergénérationnel, l’amour qui ne suffit pas toujours, la parentalité face à un enfant différent ou encore la culpabilité. Le tout est ponctué par les punchlines rageuses d’Adriano, ses échanges savoureux avec son amie Guiliana (Valeria Bruni Tedeschi), qui ne s’en laisse pas compter, et Mathilde (Galatéa Bellugi), une jeune femme moderne, passionnée et pas du tout impressionnée par lui.

Autant dire que le nouveau film de Paolo Virzì est de ceux qui vous attrapent et résonnent en vous de façon singulière selon la période de votre vie où vous vous trouvez.

Le prisme des perceptions

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Valerio Mastandrea, Valeria Bruni Tedeschi dans le film “Cinque secondi” © Indiana Production

C’est à la découverte de l’opposition entre perception et réalité que nous entraîne Cinque secondi. Cela ramène à la question : nos différences ne sont-elles pas juste une question de perception ? Les jeunes, considérés comme inconscients et bruyants, au premier abord, pour Adriano, savent, en réalité, très bien ce qu’ils font. Guiliana, que Valeria Bruni Tedeschi incarne en femme italienne toute en courbes et en panache, est une amie loyale mais aussi amoureuse, jusque dans l’effacement. De même, des parents, qui se déchirent, partagent une même peur pour leur enfant, bien qu’ils la vivent différemment.

Le pic de ce biais est symbolisé par la différence entre le Adriano décrit par son ex-femme et celui qui nous est révélé par sa rencontre avec la boule d’énergie révolutionnaire qu’est Mathilde. Est-ce la rencontre qui conduit à ce changement ? Le scénario des frères Virzì et de leur complice Francesco Bruni nous titille jusqu’au bout car il réussit à faire ressentir qu’il nous manque toujours une pièce au puzzle. Oui, on le sait, il y a eu un drame, mais on le sent bien, cela ne peut pas être si simple que ça !

Dans le long métragre Cinque secondi, on découvre aussi le côté pile et face de chaque personnage, autre thème récurrent au cinéma. Chaque dévoilement est amené avec beaucoup d’adresse et enveloppé dans de la tendresse. Ce qui provoque à chaque fois un mini-choc. On se retrouve ainsi obligé de faire une relecture des événements précédents, sans que cela nous prépare pour autant au “plot twist” que ce sont les fameuses “cinq secondes” du titre et que l’on va compter avec Adriano : 1… 2… 3… 4… 5 et l’émotion nous envahit !

Notre avis ?

Adoptant la sobriété qui s’impose par rapport au sujet, Cinque secondi est porté par la puissance du jeu des tauliers du cinéma italien que sont ses acteurs principaux, notamment Valerio Mastrandrea dont l’interprétation des tourments habite tous les recoins du film. Quant au dénouement, il est si poignant qu’il nécessite un instant après la fin du film avant le retour à la réalité.

En savoir plus :

Fanny N.

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