Dans un biopic qui refuse la linéarité académique, Pietro Marcello tente de saisir l’insaisissable « Divina » au soir de sa vie. Une œuvre à l’esthétique picturale fascinante, mais dont le souffle narratif peine parfois à s’élever à la hauteur de son interprète, l’incandescente Valeria Bruni Tedeschi. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
Synopsis :
A la fin de la Première Guerre mondiale, alors que l’Italie enterre son soldat inconnu, la grande Eleonora Duse arrive au terme d’une carrière légendaire. Mais malgré son âge et une santé fragile, celle que beaucoup considèrent comme la plus grande actrice de son époque, décide de remonter sur scène. Les récriminations de sa fille, la relation complexe avec le grand poète D’Annunzio, la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Mussolini, rien n’arrêtera Duse “la divine”.
« Eleonora Duse » : le crépuscule d’une étoile dans les brumes de l’Histoire
C’est le portrait d’une femme qui refuse de devenir un monument avant l’heure. L’action se noue au sortir de la Première Guerre mondiale, dans une Italie exsangue où le fascisme commence à projeter son ombre menaçante. Eleonora Duse (Valeria Bruni Tedeschi), légende vivante du théâtre mondial, vit retirée de la scène, ruinée mais toujours habitée par ce feu sacré qui a fait sa gloire. Contrainte par la nécessité financière, elle décide de remonter sur les planches, traînant avec elle une troupe fidèle dans un ultime tour de piste. Entre la maladie qui ronge ses poumons, les souvenirs de son amour tumultueux avec Gabriele D’Annunzio et les avances intéressées d’un certain Benito Mussolini, la « Duse » livre son dernier combat : celui de l’art contre la brutalité du temps.
Pour aborder cette figure tutélaire, Pietro Marcello, cinéaste napolitain que l’on sait allergique aux conventions du biopic hollywoodien, choisit la voie de la poésie plutôt que celle de la biographie scolaire. Le projet ne cherche pas à « expliquer » Duse, mais à la ressentir. Fidèle à sa méthode, le réalisateur travaille la pellicule comme un peintre sa toile, insérant des images d’archives colorisées et des fragments documentaires qui ancrent la fiction dans une réalité granuleuse, presque tactile.

Il s’agit de filmer non pas une carrière, mais un état d’âme, une vibration. Le cinéaste nimbe son film d’une lumière crépusculaire, transformant chaque plan en un tableau vivant où le passé et le présent dialoguent sans cesse. La mise en scène, élégante, privilégie les silences et les visages aux grands discours, cherchant à capter l’invisible — ce magnétisme qui permettait à Duse, dit-on, de faire pleurer une salle en tournant simplement le dos au public.
La performance habitée de Valeria Bruni Tedeschi est vraiment la réussite du film. Loin du mimétisme, elle offre à la tragédienne une modernité nerveuse, une fragilité au bord de la rupture. Son jeu, fait d’instants de grâce suspendus et d’une fatigue existentielle palpable, donne au film ses plus beaux moments de vérité, notamment dans les face-à-face tendus avec sa fille, incarnée avec justesse par Noémie Merlant.

Pourtant, malgré cette fulgurance interprétative et une beauté plastique indéniable, Eleonora Duse laisse un sentiment d’inachevé. Le film semble parfois errer, à l’image de son héroïne, sans trouver son véritable point d’ancrage. En voulant éviter l’écueil du spectaculaire, Pietro Marcello tombe dans une forme d’illustration sage, presque académique. Le contexte politique, pourtant crucial — la montée du fascisme et la tentative d’instrumentalisation de l’art par le pouvoir —, est traité avec une distance qui confine à la timidité. Là où l’on attendait une confrontation tragique entre la beauté et la barbarie, le récit préfère la mélancolie, effleurant les enjeux historiques sans jamais vraiment mordre.
Notre avis ?
On ressort de la projection avec l’impression paradoxale d’avoir assisté à une œuvre majeure par ses intentions, mais mineure par son impact émotionnel. Trop évanescent pour être la fresque historique promise, trop fragmenté pour être le portrait psychologique définitif.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 14/01/2026
- Distribution France : AdVitam
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