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drone critique avis film photo 2024
Copyright Haut et Court

Angoulême 2024 / Interview avec Simon Bouisson, réalisateur de “Drone”

Dernière mise à jour : décembre 8th, 2024 à 12:39 pm

Présenté au dernier Festival du Film Francophone d’Angoulême, « Drone » est sorti dans les salles françaises ce mercredi 2 octobre. Pour son premier film, Simon Bouisson signe un thriller, où une jeune femme se retrouve suivie par un drone qui se montre de plus en plus menaçant. Le réalisateur revient sur la genèse de son projet.

Synopsis :

Une nuit, Émilie, une jeune étudiante, remarque qu’un drone silencieux l’observe à la fenêtre de son appartement. Les jours suivants, il la suit et scrute chacun de ses mouvements. D’abord protecteur, le drone devient inquiétant. Émilie se sent de plus en plus menacée.

Bulles de Culture : « Drone » est votre premier long métrage. Auparavant, vous avez signé des séries comme « 3615 Monique » mais aussi des fictions interactives comme « Wei or Die ». Cela implique une narration complètement différente n’est-ce-pas ?

En effet car la fiction interactive nécessite la mise en place de lignes narratives parallèles. Cela s’apparente à réaliser trois ou quatre courts métrages et à les agencer de façon à passer de l’un à l’autre. Le spectateur devient le monteur. Alors qu’avec un film, il faut que le public soit captif, en suivant l’histoire du début à la fin sans sortir de la salle. Néanmoins, j’ai le sentiment d’avoir rajouter ici de l’interactivité par l’intermédiaire du drone lui-même. Avec, là aussi, deux lignes narratives parallèles. En l’occurrence, celle où l’on suit le parcours du personnage d’Émilie à sa hauteur, et celle du drone où l’on adopte vraiment le point de vue de la machine.

Bulles de Culture : Aviez-vous l’intention, par le biais du thriller, d’aborder la question de l’intelligence artificielle et de ses dérives ?

Disons que le drone possède un aspect très intrusif et déstabilisant dès lors que l’on ignore qui se trouve derrière. On se sent démuni face à lui. Il est comme un œil qui se déplace, et parfois, il peut même devenir une arme. Je cherchais un objet qui résume la technologie et l’intrusion dans notre intimité. Le drone matérialise toutes les angoisses que l’on peut avoir sur la technologie. On pense que c’est le remède et on finit par comprendre que c’est le poison. Au début, la technologie te connecte aux autres, mais quand tu veux arrêter, il est déjà trop tard car elle t’a rendu accro et tu ne peux plus t’en passer. Je voulais aussi aborder frontalement la question des violences sexistes et sexuelles car le personnage d’Emilie est entouré de figures masculines fortes qui profitent d’elle ou la dominent. Pour ma part, ce drone représente le male gaze. C’est de cela qu’Émilie cherche à s’affranchir.

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Bulles de Culture : Pour la mise en scène, des plans drones étaient évidemment inévitables ?

Lorsque je me suis lancé dans l’écriture du scénario, j’imaginais tourner le film entièrement avec un drone. Puis j’ai découpé tous les points de vues et le drone est devenu un personnage à part entière, une sorte de bête sauvage. Dès lors, il fallait trouver des cadres qui puissent exprimer son humeur. On devait sentir s’il est calme ou furieux. L’image devait permettre aux spectateurs de comprendre l’état d’esprit de la machine.

Bulles de Culture : Aviez-vous des références qui vous ont inspiré ?

Alfred Hitchcock évidemment avec « Fenêtre sur Cour » que je souhaitais revisiter. Tout comme « Les Oiseaux » d’ailleurs, avec une menace qui tombe du ciel. Je citerai aussi « Le Voyeur », de Michael Powell, avec la caméra qui tue. Sans oublier des films dotés d’une forte tension comme « It Follows », de David Robert Mitchell, ou « Les Dents de la mer » et « Duel », de Steven Spielberg. Le moindre mouvement de caméra peut y amener un suspens inattendu.

Bulles de Culture : Des références américaines donc. Ce n’est pas trop complexe de réaliser un premier film de genre en France ?

Avec leur exigence d’écriture, mes productrices m’ont amené au bout de ma vision et de mon écriture car une fois passé le fantasme d’un film avec une fille harcelée par un drone, il faut redoubler d’efforts pour s’inscrire dans un genre divertissant mais avec des sous texte sur la technologie, sur le regard des hommes. Il ne faut pas être trop intello au risque de perdre en efficacité, ni être trop efficace au risque de perdre du fond. Et cela n’a rien d’évident que de construire une relation forte entre une actrice et un drone.

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Bulles de Culture : Justement, comment avez-vous pensé à Marion Barbeau, très remarquée dans « En Corps » de Cédric Klapisch ?

Après un long processus de casting où j’ai rencontré de nombreuses comédiennes, Marion parvenait à faire vivre la caméra juste pas son regard. Elle possède un côté un peu hors sol, illuminé, mystérieux, étrange, énigmatique, tout en ayant une dimension athlétique par sa formation de danseuse.

Bulles de Culture : Et enfin, la musique participe beaucoup à la tension du récit. Comment avez-vous collaboré avec votre compositeur, Paul Sabin ?

Nous avons déjà collaboré par le passé sur « Stalk » et « 3615 Monique ». Nous avons opté pour une approche électro qui participe à l’angoisse, tout en insérant des notes de piano pour évoquer les états mélancoliques du personnage.

Propos recueillis par Nicolas Colle 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 02/10/2024
  • Distribution France : Haut et Court
Nicolas Colle

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