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Rue des pâquerettes livre critique avis 2020

Critique / « Rue des Pâquerettes » (2018) de Medhi Charef

Mehdi Charef, cinéaste reconnu et écrivain confirmé, vient de terminer le second volet, Vivants, de sa trilogie aux éditions Hors d’atteinte. Avant de le lire, il faut découvrir Rue des Pâquerettes, magnifique livre qui a obtenu le Prix Littéraire de la Porte Dorée en 2019 et est disponible en collection Pocket. La critique livre et l’avis de ce roman. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Débarquer à 10 ans en France en 1962, pour retrouver son père, travailleur immigré algérien, est avant tout une joie pour Mehdi. Il n’y a aucun pathos, aucune critique acerbe, aucune rancœur, seulement des constats, durs pour certains. D’Ouled Charef en Algérie, dans les montagnes, à Nanterre, les changements sont violents.

Rue des Pâquerettes : découvrir son père

La perte de la langue natale est brutale et irrémédiable. « Tout petits nous sommes déjà anéantis par l’exil, notre enfance derrière nous, une enfance qu’il faut renier, oublier, à commencer par notre langue ». En effet, « il me devient plus facile, plus naturel de penser en français». Son père a dû s’expatrier dans les années cinquante pour trouver du travail. Il espère toujours faire fortune avant de revenir sur la terre de ses ancêtres.

Pour Mehdi, il s’agit de découvrir enfin ce père, qui lui a tant manqué durant dix ans de séparation, au travail harassant dans le bâtiment comme terrassier, un homme fier de ses racines. Le regroupement familial dans un bidonville de Nanterre, est loin des espoirs de sa mère.

Il faut s’habituer à la grisaille, au froid, aux pluies qui détrempent les chemins en terre où seuls des cartons font office de bitume. La nuit les rats sont aux aguets. La nourriture n’est pas toujours beaucoup plus abondante qu’au bled.

Et la baraque, qui héberge la famille, est brinquebalante, avec les commodités à l’extérieur tout comme l’eau courante, avec pour seule richesse un poêle Godin. L’espoir d’être relogé les anime, ils l’ont entendu dire à la radio.

Un quotidien rude

La mère, repliée sur elle même, hésite à sortir sans son haïk (voile blanc). Excellente cuisinière, elle utilise ses talents pour réunir régulièrement autour de la table dominicale une à deux familles. Pour faire les commissions, Mehdi est délégué à la tâche, après les cours à l’école des Pâquerettes.

Débrouillard, curieux, rêveur, il interpelle par ses qualités son instituteur. Il est le seul élève à s’imposer dans cette classe de rattrapage. Il comprend vite, il réfléchit, il aime lire tout ce qui lui tombe sous la main quelque soit l’état du livre ou de la revue, parfois sauvés de la poubelle ou du caniveau. Le cinéma est son autre centre d’intérêt et moyen d’évasion.

Le quotidien est rude. Il faut faire avec les quelques aides sociales qui existent, et avec les dons de vêtements. Heureusement les souvenirs apportent des embellies. Malgré la rudesse du climat à Ouled Charef, et la pauvreté existante, il y avait d’innombrables instants de bonheur avec sa mère, ses frères et sœur, sa grand-mère.

Une écriture précise, délicate et vive

Rue des Pâquerettes offre aussi des instants de joie comme les retrouvailles avec Simone, connue à l’école à Maghnia, les rendez-vous avec Janique aimée à la télé au Café du sept où Halima l’a pris en affection. Sinon « Aux Pâquerettes, à l’école, je me sens épié, regardé. Parce que je ne suis pas d’ici, je me sens dégingandé, tout le temps bancal».

Le choc culturel est terrible, le retour au pays est vite devenu une chimère. Les espoirs, les doutes, les peines, sont parfaitement restitués dans Rue des Pâquerettes grâce à l’écriture précise, délicate, vive de Mehdi Charef. Pudeur, délicatesse, espoirs, portent ce livre, avec des personnes inoubliables, fières et attachantes, et l’amour d’un fils pour son père.

En savoir plus :

  • Rue des Pâquerettes , Mehdi Charef, Éditions hors d’atteinte, janvier 2019, 252 pages, 17 euros,
  • A lire aussi : Vivants, Mehdi Charef, Editions hors d’atteinte, août 2020, 230 pages 
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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