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nôt, marlene monteiro freitas, 2025 image danse contemporaine
Image du spectacle "NÔT" de Marlene Monteiro Freitas au Festival d'Avignon 2025, dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Critique Avignon 2025 / “NÔT” de Marlène Monteiro Freitas

Dernière mise à jour : juillet 17th, 2025 à 09:12 pm

Les murs du Palais des Papes ont tremblé. Freitas a frappé. L’arabe étant la langue invitée de cette édition du Festival d’Avignon 2025, Marlène Monteiro Freitas a choisi de mettre en corps le chef d’œuvre de la littérature arabe : les contes des Mille et Une Nuits. Pour la première fois, la catégorie Danse a ouvert le festival, dans la Cour d’Honneur d’Avignon. Mais les fulgurances de la chorégraphe capverdienne se sont muées en chaos. Avis et critique de Bulles de Culture.

Synopsis :

Menacée de mort par le sultan Schahriar, qui a juré de tuer tous les matins, la femme qu’il a épousée la veille, Shéhérazade (Mariana Tembe) met au point un stratagème. Elle entame un conte tous les soirs dont elle interrompt l’histoire au matin. Tel devait être le propos de NÔT, qui signifie nuit en créole capverdien. Mais Marlène Monteiro Freitas en a décidé autrement. Cette nuit cauchemardesque mêle burlesque et radicalité.

NÔT : exposition-initiation

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Image du spectacle “NÔT” de Marlene Monteiro Freitas au Festival d’Avignon 2025, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Les marqueurs de Marlène Monteiro Freitas sont présents dans NÔT : une écriture froide et une mécanique qui s’emballe. Et comme pour MAL, la performeuse opte pour le noir de robes de velours. Sur scène, les mouvements démembrés rappellent aussi Canine jaunâtre 3. La danseuse fétiche de la chorégraphe, Mariana Tembe, amputée des deux jambes, frémit. Les poses sont volontairement absurdes, les visages se tordent, grimacent, l’œil gauche se ferme. Comme pour mettre en valeur les fragiles, les petits, ce sont des poupées masquées qui s’animent. Joãozinho da Costa, lui, étire sa bouche : il est l’homme qui parle et que l’on n’entend pas.

Bref tout est fou et rigide, comme pour garder en vie ceux qui traversent la nuit. Mais le propos se perd. Le public s’épuise, sauvé parfois par une bande son qui mêle Prince et Les Noces de Stravinski. Des noces sanguinolentes et clivantes.

Composition-provocation

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Image du spectacle “NÔT” de Marlene Monteiro Freitas au Festival d’Avignon 2025, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Marlène Monteiro de Freitas opte pour le vertige et la violence. La lumière du spectacle NÔT est très crue, à l’image des images triviales qu’elle impose. Masturbation, scatologie, elle n’épargne rien au public, mal à l’aise, voire agacés pour certains, qui se désolidarisent de la masse des 2000 consciences présentes, en huant et quittant la Cour d’Honneur.

Un danseur crache au public la soupe qu’on l’oblige à avaler. Tout s’emballe. Le plateau est un champ de bataille. Les corps des interprètes : Marie Albert, Joãozinho da Costa, Miguel Filipe, Ben Green, Henri “Cookie” Lesguillier, Tomás Moital et Rui Paixão sont disloqués, mutilés. Les couteaux se métamorphosent en instruments de musique, percussions lancinantes. Puis, dans leur armure de tablier blanc, des exécutants se percent avec les lames et boivent leur sang. Ce sang qui souille les draps blancs pour symboliser les viols et meurtres du Sultan.

Mais sommes-nous vraiment plongés dans la terreur des mises à morts du petit jour narrées dans les Contes ? Le « Théâtre de la cruauté » d’Antonin Artaud est bien loin. La créature qui éructe, pète et défèque dans les gradins agace plus qu’elle ne convainc.

Pollution-disparition

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Image du spectacle “NÔT” de Marlene Monteiro Freitas au Festival d’Avignon 2025, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Shéhérazade, où es-tu ? La violence du conte NÔT dégouline sur les planches. On épouse, on viole, on tue. Mais qui est le Sultan ? L’épopée des contes orientaux du Xe siècle est étouffée sous des polochons traînés sur scène par des fantômes. La dramaturgie est creuse. Entre les “Bonjour / Bonsoir” d’un intervenant au micro, tout est décousu. Le laid et le trash pour le trash tournent à l’hermétisme. Laissant dans les bouches bées des spectateurs comme un goût d’inachevé.

Notre avis ?

Certes, le monde de Marlène Monteiro de Freitas n’est jamais conventionnel. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a obtenu un Lion d’argent à la Biennale de Venise en 2018. Dans NÔT, les bruitages auraient pu, en les mettant à distance, dénoncer les travers de notre société. Tout marche à l’envers et les mains des artistes deviennent pieds de claquettes.

Certes, le combat inégal entre le sultan et la fille du vizir justifie certainement une forme de violence.

Certes, Marlène Monteiro Freitas voulait cracher sur scène toutes les horreurs du monde. Elle refuse, à juste titre, la passivité de ses spectateurs.

Mais l’écrin du Palais des Papes méritait plus que quelques effets stroboscopiques. Les contes originels sont un hommage au langage. C’est la parole qui sauve Shéhérazade de nuit en nuit.

Or NÔT nous laisse perplexes. Le public se sent comme pris au piège de ces cages blanches qui dessinent le décor. Plus consterné que bousculé, il ressent comme un goût d’inachevé. Cette version clinique ne sert pas les Contes des mille et une nuits. Cette dernière nuit est trop noire. Ne serait-elle pas plutôt la nuit de trop ?

En savoir plus :

  • NÔT au Festival d’Avignon 2025, à la Cour d’Honneur du Palais des Papes du 5 au 11 juillet à 22h
  • NÔT  a été diffusé sur France 5 le vendredi 11 juillet 2025 à 00h20
  • Le spectacle est proposé en streaming et en replay gratuit sur France.tv
  • Chorégraphe : Marlene Monteiro Freitas
  • Assistanat chorégraphique : Francisco Rolo
  • nterprètes : Marie Albert, Joãozinho da Costa, Miguel Filipe, Ben Green, Henri “Cookie” Lesguillier, Tomás Moital, Rui Paixão, Mariana Tembe
  • Scénographie : Yannick Fouassier, Marlene Monteiro Freitas
  • Lumières et direction technique : Yannick Fouassier
  • Costumes : Marlene Monteiro Freitas, Marisa Escaleira
  • Son : Rui Antunes
  • Durée : 1h45
Frédérique C.

Un commentaire

  1. Not un spectacle grossier, comment peut on sélectionner cela qui plus est dans la cour d’honneur du palais des papes a Avignon.

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