Avec L’Attachement, dans les salles le 19 février, Carine Tardieu signe une adaptation sensible et nuancée du roman L’Intimité d’Alice Ferney, explorant avec finesse la complexité des liens affectifs. Le film suit Sandra (Valérie Bruni Tedeschi), une femme indépendante et réfractaire à l’engagement, qui se retrouve, presque malgré elle, impliquée dans la vie de son voisin endeuillé (Pio Marmaï) et de ses enfants. À travers cette rencontre inattendue, la réalisatrice interroge la nature des sentiments qui nous lient les uns aux autres et la manière dont l’attachement se construit, parfois au-delà de notre volonté.
« J’ai adopté un enfant seule et j’ai découvert la force de l’attachement à travers cette expérience »
Bulles de Culture : Comment est né ce projet d’adaptation du roman d’Alice Ferney ?
Carine Tardieu : J’ai découvert le livre un peu par hasard et la première partie m’a immédiatement touchée. L’histoire de cette femme libre et indépendante qui rencontre un homme dont la vie est bouleversée par un deuil, et l’attachement qui se crée entre elle et les enfants, était très forte. Cependant, la deuxième partie du roman prenait une direction différente, perdant même le personnage de Sandra. J’ai donc contacté l’auteur pour lui faire part de mon intérêt uniquement pour la première partie, et avec l’idée de faire de Sandra le personnage principal, ce qui n’était pas le cas dans le roman.
BDC : Sandra est donc une femme libre qui se retrouve attachée presque malgré elle.
Carine Tardieu : Oui, c’est ça. Elle s’attache à cet enfant. Pas vraiment comme un coup de foudre mais plutôt comme quelque chose de sensuel, presque instinctif. J’ai repensé à mes études de psychologie et à la théorie de l’attachement de Bolwby, qui explique que l’attachement est d’abord lié à l’instinct de survie chez le nouveau-né. L’enfant s’attache à la personne qui lui prodigue les premiers soins. L’amour vient après. Pour moi, dans le film, Sandra est une femme qui se défend contre tout ce qui est émotionnel. Cet enfant s’attache à elle par nécessité, car il vient de perdre sa mère. Elle est là pour le soutenir.
BDC : La temporalité est très marquée dans votre film, affichant clairement le temps après le décès de la mère. Pourquoi était-ce important pour vous ?
Carine Tardieu : Je voulais montrer les étapes de l’attachement, du deuil, ainsi que de l’irréversibilité de ces processus. Une fois qu’on commence à s’attacher, il est très difficile de revenir en arrière. J’avais aussi envie de montrer les étapes liées à l’âge de la petite fille qui grandit pendant le film. Les enfants marquent le temps, ils sont comme des crans qui nous relient à la vie.
BDC : Vous avez fait le choix de ne pas changer d’acteur pour Eliott, malgré son évolution. Pourquoi ?
Carine Tardieu : C’était impossible de trouver deux enfants qui se ressemblent et qui puissent incarner un personnage aussi complexe. De plus, pour des questions de planning, nous avons tourné les scènes dans le désordre, ce qui rendait impossible de changer sa coupe de cheveux ou quoi que ce soit.
BDC : Comment s’est passé le casting pour trouver Eliott ?
Carine Tardieu : Ce fut une évidence dans le sens où nous avons vu beaucoup d’enfants. César Botti, qui joue Eliott, était le seul à avoir une capacité d’écoute incroyable. Il jouait avec l’autre. Il encaissait les silences. Il était curieux. Il n’avait pourtant jamais joué, juste un petit stage de clown auparavant. Il a gardé un enthousiasme incroyable pendant tout le tournage.
BDC : Le film commence par le décès de la mère lors de l’accouchement. Est-ce aussi une manière de rappeler que cet acte qui semble anodin peut, dans certains cas extrêmes, être mortel ?
Carine Tardieu : Oui, c’est quelque chose qui était très présent dans le roman. On a l’impression que l’accouchement est un acte banal, mais c’est une violence inouïe. Et oui, il y a encore des femmes qui meurent en couche, même si ce n’est pas fréquent.
BDC : Comment avez-vous géré les scènes difficiles avec César, notamment celles où sa mère est décédée ?
Carine Tardieu : On lui a raconté tout le scénario. On lui a expliqué les choses avec des mots choisis. Les enfants sont capables de comprendre beaucoup de choses si on leur parle avec vérité. César a posé beaucoup de questions sur la mort pendant le tournage. Il avait des petites angoisses. On y a répondu le plus possible.
BDC : Pourquoi avoir choisi dans votre film de vous concentrer sur le personnage de Sandra plutôt que celui d’Alex ?
Carine Tardieu : Peut-être parce que je suis une femme, cela a dû jouer. Et puis, mon expérience personnelle a sans doute influencé mon choix. J’ai adopté un enfant seule et j’ai découvert la force de l’attachement à travers cette expérience.
BDC : Comment s’est passée la connexion entre les acteurs ?
Carine Tardieu : J’ai eu la chance que Valéria [Bruni Tesdeschi] et Pio [Marmaï] aient déjà tourné ensemble. Ils se connaissaient très bien. Vimala Pons et Pio avaient été en couple. Il y a eu entre eux une reconnexion immédiate. Ils ont tous des tempéraments forts, mais ils sont très généreux et ont eu du plaisir à jouer ensemble.
BDC: Comment avez-vous dirigé les acteurs ?
Carine Tardieu : Chaque acteur a été dirigé différemment. Valéria a subi un tournage éprouvant car son instinct est à l’opposé du personnage de Sandra. Pio, plus à l’aise dans la comédie, a dû travailler pour trouver la fragilité de son personnage.
En savoir plus :
L’attachement
Le 19 février 2025 en salle
De Carine Tardieu
Avec Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Vimala Pons
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