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Interview / « Lads » – Julien Menanteau plonge dans la réalité brutale des jockeys

Julien Menanteau signe avec « Lads » son premier long-métrage, une immersion sensible et réaliste dans l’univers exigeant des courses hippiques. À travers l’histoire d’Ethan, jeune apprenti jockey incarné par Marco Luraschi, le réalisateur explore avec finesse les coulisses d’un milieu où ambition, argent et compétition exacerbée s’entremêlent. En lice au festival du film d’Angoulême où il permet à son jeune comédien de remporter le Valois du Meilleur Acteur, ce film révèle également un regard aiguisé sur la société contemporaine, ses inégalités sociales et la question cruciale du bien-être animal.

Bulles de Culture : Vous venez d’une famille très liée au milieu hippique ; pouvez-vous nous raconter votre rapport personnel à cet univers ?

Julien Menanteau : Effectivement, je suis issu d’une famille de cavaliers. Mes parents se sont rencontrés grâce aux chevaux, dans un club hippique. Mon père a longtemps géré un club, tandis que ma mère, infirmière, n’était liée aux chevaux que par loisir. Moi, paradoxalement, je me suis rapidement éloigné de l’équitation, devenant ainsi le « vilain petit canard » de la famille. Cependant, j’ai toujours observé ce milieu, fréquentant régulièrement les hippodromes, notamment celui de Vincennes. Finalement, cette proximité a alimenté mon désir de raconter l’histoire méconnue des jockeys et des ouvriers du monde des courses, dont le quotidien est bien loin du glamour souvent présenté au cinéma.

Bulles de Culture : Qu’est-ce qui vous a poussé vers le cinéma alors que vous veniez d’un milieu sans aucune connexion particulière avec cet art ?

Julien Menanteau : J’ai toujours été attiré par le cinéma, bien que ma famille n’ait pas particulièrement cultivé cet intérêt. Au cours de mes études universitaires, j’ai principalement exploré le documentaire. Pendant un temps, j’ai même envisagé de suivre un jockey en documentaire, mais finalement, la fiction s’est imposée. C’est ainsi qu’est né “Lads”, mon premier long-métrage, nourri de mes souvenirs et d’anecdotes authentiques notées dans mes carnets, notamment pour les dialogues de Jeanne Balibar.

Bulles de Culture : Vous avez co-écrit ce film avec Nour Ben Salem. Quel était son rapport avec ce milieu ?

Julien Menanteau : Nour ne connaissait absolument pas l’univers des courses. Sa présence a permis un regard neuf et extérieur sur le sujet, garantissant que le récit reste accessible à tous. Grâce à son expertise en narration issue de son expérience dans les séries télé, nous avons pu aborder efficacement des thèmes complexes comme la maltraitance animale, les paris truqués et l’espoir d’ascension sociale des jeunes jockeys.

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D.R.

Bulles de Culture : Le film présente la formation des jockeys de manière presque militaire. Était-ce votre intention dès le début ?

Julien Menanteau : Oui, je voulais absolument retranscrire l’extrême dureté de ce milieu. Je trouvais que les rares films existants étaient souvent trop romancés, presque édulcorés. Or, la réalité est bien plus rude. Beaucoup d’apprentis jockeys vivent dans des conditions difficiles, certains dorment au-dessus des box, et il y a même une crise des vocations. Ce réalisme cru était pour moi indispensable, même s’il a pu heurter certaines sensibilités au sein des instances officielles des courses.

Bulles de Culture : Justement, autre question délicate dans le milieu, votre film aborde la problématique du bien-être animal dans les courses hippiques…

Julien Menanteau : Absolument. Le monde des courses est intrinsèquement lié aux paris d’argent ; sans eux, ce milieu disparaîtrait immédiatement. Les chevaux sont considérés avant tout comme des outils de performance. Chaque année, sur environ 30 000 naissances de chevaux destinés aux courses, beaucoup ne réussissent jamais à entrer dans la compétition. Une grande majorité d’entre eux finit malheureusement à la boucherie, malgré les efforts admirables de certaines associations.

Bulles de Culture : Vous avez choisi Marco Luraschi pour incarner votre personnage principal. Pouvez-vous nous raconter cette rencontre déterminante ?

Julien Menanteau : Marco Luraschi vient d’une famille très célèbre dans le milieu équestre. Son père, Mario, est un des plus grands dresseurs pour le cinéma en France. Marco, cascadeur et voltigeur, avait initialement été envisagé comme doublure équestre. Lorsqu’il s’est présenté à moi, tout est devenu évident : il pouvait à la fois jouer et réaliser lui-même les scènes à cheval, apportant une authenticité rare. Ce choix m’a permis de réaliser un film à la fois proche des acteurs et réaliste dans les scènes de courses.

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Bulles de Culture : Quel type de travail avez-vous effectué avec Marco sur le tournage ?

Julien Menanteau : Nous avons beaucoup répété pour affiner les aspects émotionnels du jeu d’acteur, aux côtés de Jeanne Balibar et du reste du casting. Ironiquement, Marco, qui était naturellement trop doué à cheval, a dû apprendre à simuler une forme d’inexpérience pour incarner les débuts de son personnage. Ce fut un exercice assez amusant pour lui comme pour moi.

Bulles de Culture : Comment avez-vous géré la présence des chevaux sur le tournage ?

Julien Menanteau : Nous avons travaillé avec la famille Luraschi, les meilleurs dans ce domaine. Ils ont entraîné des chevaux réformés pendant deux mois pour les habituer aux caméras et aux conditions d’un plateau. Étant donné nos contraintes budgétaires, nous avions seulement sept chevaux, ce qui nous obligeait à tourner très efficacement les scènes de courses. Cette limitation nous a toutefois permis une grande précision dans notre travail.

Bulles de Culture : Les scènes tournées en hippodromes, notamment avec le public, sont particulièrement impressionnantes. Comment avez-vous procédé ?

Julien Menanteau : Grâce à mon expérience documentaire, j’ai pu intégrer au tournage des scènes réelles captées lors de véritables courses en Belgique, avec près de 45 000 spectateurs. Cela nous a évité des coûts importants en effets spéciaux ou en figurants. Le résultat est un mélange efficace et crédible entre la fiction et la réalité.

En savoir plus :

  • Lads
  • 2 avril 2025 en salle
  • De Julien Menanteau
  • Avec Marco Luraschi, Jeanne Balibar, Marc Barbé
  • ARP Selection
Antoine Corte

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