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Dieu est-il macho Festival International du Film d'Histoire Pessac 2022
© FIFH 2022

Festival du Film d’Histoire 2022 / « Dieu est-il macho ? » en débat

Le Festival International du Film d’Histoire de Pessac, qui se tient jusqu’au 20 novembre 2022, aborde cette année la question des rapports hommes-femmes. L’évènement mêlant histoire et cinéma profite de cette thématique Masculins-Féminins pour ouvrir lancer le débat autour de la sous-thématique : « Dieu est-il macho ? ». Quatre experts en religions monothéistes se sont réunis lors du festival pour se questionner sur l’existence d’une réelle hégémonie de l’homme sur la femme dans le domaine religieux. Retour sur le débat public qui s’est tenu le 18 novembre 2022 au cinéma Jean Eustache. 

Dieu est-il un homme ?

Avant de se demander si Dieu est macho, Valérie Hannin, de la revue Histoire et animatrice de la table ronde, cherche d’abord à savoir si Dieu est un homme ? en ouverture des débats. Jean-Christophe Attias, historien et philisophe français spécialiste du judaïsme, relève des textes contradictoires dans la Torah. Le premier chapitre de la genèse précise que Adam et Eve ont été créés ensemble. Puis, l’historien cite un passage du second chapitre, plus misogyne, établissant qu’Eve est modelée à partir d’une côte d’Adam, s’affichant seulement en tant qu’adjointe du premier homme. Le spécialiste de la religion juive conclut : « la bible en tant que telle n’est donc pas la clé pour savoir si Dieu est macho puisque ce sont les hommes qui interprètent ces textes bibliques». Réplique qui fait directement intervenir Valérie Hannin : « Dieu n’est pas macho, ce sont les rabins qui le sont ! ».

Isabelle Heullant-Donat, professeure d’histoire du Moyen-Âge et de l’histoire religieuse, confirme l’aspect contradictoire également dans la religion catholique. Elle note cependant une valorisation de la femme dans les écrits avec l’existence de personnages féminins importants dans l’histoire de la chrétienté avec notamment Marie, mère de l’enfant Dieu, ou Madeleine, pécheresse qui peut se racheter.

Allah, un mot masculin

Dans la religion musulmane, Allah est distinctement un mot masculin, indique Julien Loiseau, directeur du centre de recherches de Jérusalem, spécialisé dans les textes coraniques. Sur le terrain de l’égalité hommes-femmes, l’historien relève là encore des ambiguïtés dans les écrits. D’un côté, les deux sexes sont égaux dans l’accession au Paradis à la fin des temps. De l’autre, les règles de l’héritage sont ambivalentes laissant au descendant masculin le droit au double des biens par rapport l’héritière féminine. Mais cette dernière est quand même protégée dans les règles successorales d’une part en tant qu’épouse et d’autre part en tant qu’ex-épouse puisqu’elles ont toutes les deux un droit inaliénable sur les biens de leur (ex)-mari. Pour Julien Loiseau, il faut éviter de conclure trop vite à la misogynie de Dieu dans les textes religieux. « Il faut se garder d’une lecture monolithique ». Tout est question d’interprétation. Certains passages du Coran ont été lus à la lumière d’une société misogyne, qui a probablement dénaturé les intentions initiales.

Florence Rochefort, historienne chargée de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire des féminismes en France, relève que les femmes ont su articuler l’engagement religieux avec leur féminisme dans une époque plus récente. C’est surtout dans les courants dissidents du protestantisme que la gente féminine a pu se révolter face au dictat imposé par les hommes en matière de religion. Les femmes ont ainsi pu rétablir une sorte d’égalité là où elles étaient majoritairement cantonnées à un rôle de « mère » qui ne participait pas à la vie de la cité. La représentante du CNRS invite par ailleurs à sortir du triptyque religieux judéo-musulman-chrétien considérant que le culte est constitué de multitude de théologies, dont certaines sont ouvertes au concept d’égalité : « l’exégèse des textes religieux permet d’adapter le culte aux sociétés d’aujourd’hui.  Certains dogmes dissidents arrivent ainsi à légitimer l’homosexualité, la famille monoparentale… L’égalité hommes-femmes fait partie de ces avancés sociétales adoubées par certaines religion ». L’occasion pour Valérie Hannin de conclure : « Dieu est-il finalement en train de changer de sexe ? ».

Des films sélectionné pour illustrer le débat

Pour accompagner le débat, le Festival International du Film d’Histoire de Pessac diffuse six films sous la thématique « Dieu est-il macho ? « . Dans cette sélection, on peut notamment retrouver I am not a witch de Rungano Nyoni sur une jeune fille accusée d’être frappée de sorcellerie dans son village en Zambie. Le Cercle de Jafar Panahi retrace le parcours d’une femme iranienne rejetée par sa famille pour avoir enfanté une fille à la place d’un garçon. Ce film montre notamment la malédiction sociétale qui pèse sur les femmes dans ce pays. Du côté de la France, le film Mauvaises filles de Emérance Dubas suit le parcours de filles placées dans une congrégation religieuse afin de les remettre sur le droit chemin.

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Antoine Corte

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