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Affiche du film "Dracula" de Radu Jude

Critique / “Dracula” (2025) de Radu Jude

Retour sur la version inclassable et déroutante de Radu Jude du mythe de Dracula, sorti dans les salles le mois dernier. L’avis et la critique de Bulles de Culture.

Synopsis :

Un acteur incarnant Dracula (Gabriel Spahiu) dans un restaurant de Transylvanie s’enfuit de la représentation, poursuivi par les clients et les propriétaires désireux de tuer le “vampire”. Parallèlement, un jeune cinéaste (Adonis Tanta) met sa créativité à l’épreuve des possibilités illimitées d’une fausse IA, créant un mélange surprenant d’histoires diverses, d’hier et d’aujourd’hui, sur le mythe originel de Dracula.

Dracula : un patchwork narratif et formel

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Gabriel Spahiu dans le film “Dracula” de Radu Jude © Météore Films

C’est après le succès de Kontinental 25 (Ours du meilleur scénario à la Berlinale 2025) et à l’issue d’une vaste plaisanterie (comme il en a souvent l’habitude selon ses propres dires) que Radu Jude a réalisé ce Dracula. L’idée d’un énième film sur le plus charismatique des vampires a suffi à convaincre les producteurs, qui ont surtout misé sur le talent du réalisateur pour livrer sa version d’un de ses plus célèbres compatriotes. Reste à découvrir ce qu’il en a fait.

Dès la scène d’ouverture, une phrase grivoise répétée en écho annonce le ton du film : le Dracula de Radu Jude n’aura peut-être de commun avec celui de l’écrivain Bram Stoker que le nom. Exit la romance gothique de Francis Ford Coppola, place à une série de scènes de vie où le vampirisme est décliné sous des angles variés. Le résultat ? Un patchwork narratif et formel, où le réalisateur d’Aferim déploie toute son inventivité pour transformer un budget (modeste ?) en un film-collage.

Entre la mauvaise IA, les images volontairement cheap et le kitsch assumé, ce long métrage oscille entre le projet de fin d’année d’élèves de 5e — dans un monde où les pubs se tournent à l’iPhone — et une œuvre postmoderne, selon le P.O.V. Radu Jude surfe clairement sur la vague de sa vaste blague, avec cette joie évidente de réaliser un film à contre-courant. On y sent le bonheur presque enfantin de bricoler un nouveau jouet avec trois bouts de ficelle, comme des gamins désargentés mais inspirés.

Le plaisir, il en est souvent question dans cette œuvre, à grands renforts de râles et de bruitages volontairement outranciers, souvent accompagnés d’images tout aussi décomplexées. Pas de quoi s’en plaindre, on en trouve tout autant dans des séries culte comme Game of Thrones, sauf qu’ici, on se passe d’esthétique léchée et que personne n’a la gueule d’amour des Targaryen ou de Jon Snow. Le plaisir, toujours, passe aussi par des histoires qui flirtent avec l’absurde et déclenchent chez nous des sourires, voire des fous rires.

Notre avis ?

Œuvre décalée et déjantée pour les uns, pamphlet politique (trop ?) subtil pour les autres, ce film laisse chacun y voir ce qu’il veut. Radu Jude, lui, comme le souligne le narrateur à la fin du film, a livré sa version de Dracula et invite désormais le spectateur à inventer, à son tour, des histoires de son goût.

En savoir plus :

Fanny N.

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