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Orchidéiste Vidya Narine livre critique
Les Avrils

Critique / “Orchidéiste” (2023) de Vidya Narine

Dernière mise à jour : septembre 20th, 2023 at 09:00 pm

Pour son premier roman, Orchidéiste, Vidya Narine, chez Les Avrils en aout 2023, signe un livre original, plein de charme, nouant habilement la vie de Sylvain, celui qui raconte et confie ses incertitudes, à la folle Histoire des orchidées tropicales, riche de plus de 25000 espèces dont les plus anciennes remontent à plus de quatre-vingts millions d’années. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

Le renouveau Orchidéiste : La recherche d’un nouveau chemin

Par le plus grand des hasards Sylvain est devenu orchidéiste. Il élève, soigne, aide à la reproduction ou à la création de ces fleurs fascinantes que sont les orchidées. Quand débute le livre il est en pleine réflexion. Totalement investi son métier durant quinze ans, sans interruption, quand son ostéopathe lui annonce « Vous avez les symptômes d’accidenté de la route », le couperet tombe ; il lui faut arrêter ce travail épuisant. C’est fini, « Pas de nouvelle espèce plus rare, plus belle à dénicher, pas de nouveaux clients, pas de meilleur chiffre d’affaires, ni d’augmentation de salaire. »

Une seule perspective ; trouver un repreneur comme  le fît Yannick, son unique employeur, qui lui apprit tout ce qu’il savait de son métier et  lui céda sa boutique, « dissimulée entre le jardin du palais-Royal, la Comédie-Française, et la Place des Victoires. »

Réussir sa succession est désormais sa seule préoccupation. Lui, le fils d’un aristocrate issu d’une famille lorraine au riche passé industriel, aux multiples responsabilités gouvernementales, doit subir la décision de son père qui a rejeté le mode de vie inculqué par ses aïeux, refusant « obstinément d’apprendre la langue de la croissance et des fusions-acquisitions. » La porte du château familial est désormais définitivement fermée à ce fils renégat ainsi qu’à ses descendants.

La véritable déflagration dans la vie de Sylvain se produit lors de ses treize ans avec la disparition de son père dont il se  sent responsable. Brutalement amputé de ses racines paternelles, il fera disparaître de son nom les rutilantes particules de ses ancêtres. Avec l’amour de sa mère et la rencontre inopinée des orchidées, il renaît.

Orchidées : entre tradition et mondialisation

Avides de profits, des mastodontes financiers américains, néerlandais tel le géant Ter Laak, ou chinois, déploient de gigantesques serres déshumanisées, sans aucun amour des plantes ni des salariés. Ainsi au Guatemala, sans aucun employé guatémaltèque, des espaces totalement automatisés sont gérés depuis les Pays-Bas, pour produire des Phalaenopsis qui depuis plusieurs décennies inondent le monde au prix les plus bas. Il est loin le métier d’orchidéiste, celui des « ateliers de clonage et de fécondation in vitro » tel que pratiqué jusqu’en 1995 par les familles Vacherot et Lecoufle, entreprise plus que centenaire mondialement connue installée à Boissy-Saint-Léger, surnommée « capitale des orchidées ».

Il leur reste aujourd’hui « la création de nouvelles variétés », perpétuant la transmission de valeurs familiales alors que la mondialisation continue une dévastation éhontée des richesses naturelles ainsi que celle d’êtres humains au nom du progrès social. De Charles Darwin à William Catley, en passant par William Swainson, Pierre Poivre, ou plus récemment Guerlain avec son Orchidée impériale (qui n’existe que par le marketing), tous ont joué un rôle dans l’Histoire de ces plantes.

Pour le plus grand intérêt du livre, Vidya Narine glisse quelques paragraphes sur ces personnes, plus ou moins connues, qui ont sillonné le monde à la recherche de nouvelles espèces, aidant à leur promotion, en retirant souvent le plus grand profit.

Sylvain : L’orchidéiste passionné qui cultive l’amour et l’adaptation

Sylvain, orchidéiste enthousiaste, au service de ses clients les plus exigeants, s’adaptant à leurs caprices les plus fantasques, vit entouré de Paphiopedilum niveum, de Vandas, de Cymbidiums, de Cattleyas, de Dendrobiums, d’Oncidiums, de Cymbidiums et de tant d’autres, aux formes si particulières, aux couleurs chatoyantes ou sombres, odorantes pour certaines.

Élevées chez Ter Laak « sur de la techno polonaise » au motif que « les fleurs pousseraient plus vite en musique, car elles sont sensibles aux vibrations », rien de tel  chez lui dans son petit studio dédié à sa collection personnelle de quatre cents individus qui un jour formeront un magnifique cadeau pour sa mère, installée à La Réunion. Une décision en forme de rupture pour mieux évoluer, repartir vers de nouveaux horizons, avec Emmanuelle.

Avis ?

En peu de pages, le lecteur voyage dans le temps, dans l’Histoire des orchidées, accompagné par moult personnes indissociables de ces plantes. Un livre à priori plein de douceur qui dénonce calmement les méfaits de l’industrialisation et de la mondialisation. Ce livre différent, concis, subtil, sensible, critique, où deuil et transmission sont des sujets centraux, est porté par la plume délicate et poétique de Vidya Narine. Le lecteur ne peut qu’apprécier Orchidéiste.

En savoir plus :

  • Orchidéiste, Vidya Narine, Les Avrils, aout 2023, 144 pages, 18 euros
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