Présenté en compétition au Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026 et attendu au cinéma le 11 novembre 2026, Ce qui nous mène à toi, premier long métrage de Khalil Cherti, suit un couple engagé dans un parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Porté par Nina Meurisse et Sofian Khammes, le film trouve dans ce désir d’enfant contrarié une matière intime, touchante et parfois très poétique. La critique et l’avis sur le film de Bulles de Culture
Synopsis :
Charlie et Hicham s’aiment et souhaitent avoir un enfant. Face à l’infécondité, ils s’engagent dans un long parcours d’aide médicale à la procréation. Au fil des traitements, des espoirs et des échecs, leur désir commun met peu à peu leurs corps et leur couple à l’épreuve.
Pour son premier long métrage, Khalil Cherti ne fait pas de la PMA un simple sujet de société. Il l’observe depuis l’intérieur du couple, dans ce qu’elle impose d’attente, de renoncements et d’espoirs sans cesse reconstruits. Surtout, il montre combien une épreuve vécue à deux ne se traverse jamais de manière égale.
Quand le désir d’enfant passe par le corps médical
Le corps de Charlie, interprétée par Nina Meurisse, finit par ne plus tout à fait lui appartenir. Il faut l’examiner, le surveiller, le préparer. À mesure que le projet d’enfant envahit son existence, la jeune femme semble parfois ramenée à un corps médical qu’il faudrait parvenir à féconder.
Face à elle, Hicham éprouve une autre forme de violence. Sofian Khammes traduit avec justesse l’impuissance de celui qui partage l’épreuve mais ne peut prendre sur lui les traitements et les sacrifices physiques consentis par sa compagne. Le film saisit ici quelque chose de particulièrement juste : la souffrance est commune sans jamais être symétrique.
Nina Meurisse et Sofian Khammes forment un couple auquel on s’attache rapidement. Leur complicité donne au récit son ancrage et empêche Charlie et Hicham de devenir les simples représentants d’un sujet de société. Khalil Cherti insiste aussi sur ce qui les distingue, notamment leurs origines. Les tentatives de Charlie pour parler arabe disent à leur manière son désir d’entrer dans l’univers de celui qu’elle aime.
La mise en scène sait heureusement s’éloigner des cabinets médicaux. Quelques plans, d’une poésie discrète, suspendent le récit et lui donnent de l’air. Ces respirations comptent dans un film dont le sujet aurait facilement pu imposer une mécanique plus démonstrative.
Un deuil que la société peine encore à voir
Ce qui nous mène à toi devient surtout émouvant lorsqu’il s’attarde sur la répétition des échecs. Chaque tentative fait naître un avenir possible. Chaque nouvelle déception oblige Charlie et Hicham à faire le deuil de ce qu’ils avaient déjà commencé à imaginer.
Le film touche alors à une question qui dépasse la seule PMA : celle de la reconnaissance de la douleur provoquée par une fausse couche. Pour ceux qui la vivent, quelque chose a existé et disparaît. Pour l’entourage, cette perte demeure parfois abstraite, presque invisible. Khalil Cherti regarde avec beaucoup de délicatesse ce décalage entre une blessure intime profonde et la difficulté de la société à lui accorder une véritable place.
Le personnage de la psychologue, magnifiquement interprété par Jeanne Balibar, permet au film de donner des mots à ce qui peine précisément à être formulé. Sa parole ne vient pas expliquer artificiellement les sentiments des personnages. Elle élargit au contraire le récit et fait surgir une réflexion plus profonde sur le deuil, sa légitimité et la nécessité de le reconnaître.
Notre avis sur Ce qui nous mène à toi
Khalil Cherti signe avec Ce qui nous mène à toi un premier film touchant qui trouve sa force lorsqu’il reste au plus près de Charlie et Hicham. La PMA n’est finalement pas son véritable sujet. Elle devient le révélateur de ce que le désir d’enfant peut faire à un couple, de la manière dont il rapproche deux êtres avant de mettre à nu leurs fragilités.
Et c’est peut-être là que le film laisse sa trace après la projection : dans cette interrogation sur la façon de continuer à s’aimer lorsque le projet autour duquel on avait commencé à construire son avenir devient précisément ce qui menace de le défaire.
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