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Vincent Dedienne et Ana Blagojević, assis sur des matelas, se font face dans Le Mariage de Figaro.
Vincent Dedienne et Ana Blagojević dans La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro, mise en scène d’Alain Françon. © Jean-Louis Fernandez.

Critique / « La Folle Journée ou le Mariage de Figaro » avec Vincent Dedienne : le désordre en partage

Dernière mise à jour : octobre 25th, 2026 à 01:09 pm

Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, Alain Françon confie à Vincent Dedienne le Figaro de Beaumarchais et transforme sa course au bonheur en affaire collective. Une Folle Journée vive et limpide, où le rire fait chanceler l’ordre établi sans jamais se changer en leçon. La critique théâtre de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Figaro (Vincent Dedienne) s’apprête à épouser Suzanne (Ana Blagojević). Mais le comte Almaviva (Micha Lescot), leur maître, convoite la jeune femme. Avec l’aide de la comtesse (Alix Poisson), les futurs époux lancent une succession de ruses, de déguisements et de quiproquos pour déjouer ses projets.

La Folle Journée ou le Mariage de Figaro : une mécanique sans poussière

Il faut d’abord entendre le titre : une journée, et déjà tout un monde qui perd l’équilibre. Alain Françon ne plaque aucune modernité tapageuse sur Beaumarchais. Il laisse la langue accomplir elle-même le travail de sape. Les répliques circulent, les alliances se font et se défont, les maîtres courent après une autorité que leurs domestiques ont déjà mise en pièces. Sous l’élégance, le sol bouge.

La scénographie de Jacques Gabel accompagne cette instabilité avec une belle économie. Une porte monumentale, une fenêtre, quelques meubles et de grands panneaux peints suffisent à faire glisser le plateau de la chambre au tribunal, puis vers l’obscurité du jardin. Les costumes de Pétronille Salomé brouillent discrètement les époques. Rien n’est souligné, tout demeure disponible pour le jeu.

Ce choix de la clarté est d’autant plus précieux que l’intrigue tient de l’horlogerie affolée. Alain Françon et son dramaturge Nicolas Doutey en préservent les bifurcations sans laisser le spectateur au bord du chemin. Le violon et l’accordéon ponctuent les changements de lieu. Les corps prolongent la musique. La comédie avance ainsi par impulsions, toujours sur le point de déborder son cadre.

Vincent Dedienne et Micha Lescot, un duel de mobilités

Micha Lescot, en costume blanc, et Vincent Dedienne, en gilet et pantalon clair, assis côte à côte sur une banquette.
Micha Lescot et Vincent Dedienne, le maître et son valet. © Jean-Louis Fernandez.

Vincent Dedienne ne fait pas de Figaro un héros assuré de son triomphe. Sa malice garde quelque chose de fébrile. Le valet improvise, parade, encaisse, reprend l’avantage. Puis son grand monologue fend l’agilité comique d’une inquiétude plus profonde. Qui est cet homme condamné à déployer tant d’intelligence pour obtenir ce que le rang accorde aux autres sans effort ? Vincent Dedienne fait entendre la blessure sans alourdir le mouvement.

Face à lui, Micha Lescot compose un comte Almaviva remarquable de souplesse hautaine. Sa silhouette donne au privilège un corps à la fois ridicule et dangereux. Leur affrontement n’oppose donc pas seulement le maître au valet, mais deux manières d’occuper l’espace : l’un croit le posséder, l’autre apprend à le retourner.

Une révolution menée à plusieurs voix

Alix Poisson en robe claire, assise près d’un lit, un livre ouvert dans les mains.
Alix Poisson interprète la comtesse Almaviva. © Jean-Louis Fernandez.

Le spectacle a surtout l’intelligence de ne pas réduire la pièce à son duo masculin. Ana Blagojević donne à Suzanne une vivacité qui ne se confond jamais avec la simple fraîcheur. Alix Poisson prête à la comtesse une gravité lumineuse, tandis que Noémie Lvovsky fait basculer Marceline de la gourmandise comique à la colère, lorsque la condition des femmes surgit au cœur de l’intrigue. Chacun existe, jusque dans les rôles plus brefs, et la nombreuse troupe respire d’un même souffle.

La dernière partie, nocturne, ralentit légèrement cette folle course. Le chant final peut paraître plus appliqué que le reste. Cette petite baisse de tension n’efface pourtant pas la réussite d’un spectacle qui sait tenir ensemble le plaisir, le trouble et la pensée. Le rire ne sert pas ici à rendre Beaumarchais aimable. Il demeure ce qu’il a toujours été chez Figaro : une façon de refuser la place assignée.

Notre avis ?

Une comédie réjouissante où Alain Françon fait entendre toute l’insolence de Beaumarchais. Autour de Vincent Dedienne et Micha Lescot, la troupe donne aux désirs et aux révoltes une belle force collective.

En savoir plus

  • La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, mise en scène d’Alain Françon
  • Avec Vincent Dedienne, Micha Lescot, Noémie Lvovsky, Alix Poisson, Ana Blagojević, Éric Berger, Guillaume Lévêque, Tommy Luminet, Rodolphe Congé, et Axel Auriant ou Nemo Schiffman en alternance
  • Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18 boulevard Saint-Martin, Paris 10e, jusqu’au 31 décembre 2026
  • Durée : 2 h 15
  • Du mercredi au vendredi à 20 h, le samedi à 16 h et 20 h 30, le dimanche à 16 h ; horaires exceptionnels à vérifier sur le site du théâtre
  • Informations et réservations sur le site officiel

 

Antoine Corte

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